« éthiquer » le dépistage du cancer du sein…un rapport de l’INCa

Agréable surprise teintée  de perplexité à la lecture du document de l’INCa nommé « éthique et dépistage organisé du cancer du sein en France », tout y est…tout et pourtant !

Ces 100 pages semblent utiles tant le sujet est délicat.  Mais une « éthique » dont on parlerait si longuement est elle encore de l’ « éthique » si le sujet de la réflexion est de savoir quel discours tenir aux femmes pour « in fine » les faire adhérer à un choix de santé publique que semble t-il on exclue de remettre en question. Le souci principal restant toujours une plus grande adhésion.

On a cette triste impression que l’on tente de tordre « l’ éthique », de la comprimer pour la faire entrer dans le moule de la proposition de dépistage qui reste toujours incitative.

Entre autres réflexions page 7, la nécessité de spécifier parmi les éléments à délivrer aux personnes invitées : « le droit de refuser le dépistage ». Ce qui montre bien qu’ a priori, il paraît anormal de le refuser s’il faut en spécifier le droit !

Il est énoncé très clairement page 40 : A l’heure où l’une des mesures phares du plan cancer vise à augmenter la participation….il apparaît essentiel de s’assurer de l’efficacité du programme…si la balance bénéfice/risque peut devenir défavorable ; il est important de poursuivre les évaluations et le suivi du dépistage…puisque les résultats à terme peuvent faire modifier les recommandations.

Euh ! Oui, espérons le…En même temps il semble plus utile de continuer le programme si la balance bénéfice/risque est favorable. C’est un étrange raisonnement que d’opérer à l’envers : je fais pour pouvoir prouver que j’ai tort de faire ! Bizarre, non !

Dans les histoires de santé, qu’elle soit publique ou non il y a des patients, pour le bien-être desquels ces structures existent. Mais là, étrangement ce serait comme si l’objectif principal était de surtout respecter la mesure du « plan » cancer. Cette mesure a pour seule raison d’être le meilleur équilibre de santé pour le patient et non pas le respect du « plan » en soi.

Il apparaît aussitôt que l’INCa insiste sur la problématique des conflits d’intérêts. Normal, c’était le problème essentiel de certaines études  sur lesquelles reposaient des arguments en faveur du DO. Les laboratoires sont absents, c’est vrai et c’est bien.

Mais il y aussi conflit d’intérêts quand les experts vivent du sujet abordé. C’est difficile de faire sans, il est vrai, il reste que les auteurs doivent être au clair avec ce biais et avoir la décence de le reconnaître.

Dommage, car nous sommes dans la maladie « du rapport » très en vogue où on se demande si les mesures visent plus à pérenniser des situations existantes  permettant ainsi de justifier de leur propre existence.

Et puis que penser de cette réflexion énigmatique qui dit page 41 que certes au vu du problème éthique majeur, un choix éclairé s’impose quoiqu’ on aurait observé que donner une information « plus complète » aurait peu d’impact sur le taux de participation.

Alors que les 20 premières pages de l’étude questionnent justement le rôle du citoyen, sa responsabilité, sa liberté, l’appropriation du savoir, la codécision…son éducation.

On dirait là que l’information « plus complète » serait vaine comme si les femmes n’éprouvaient pas le besoin d’être informées mais livraient toujours leurs corps au choix « éclairé » du médecin…

Bien sûr qu’elles ne peuvent pas choisir dans un tel contexte de désinformation…nous n’y sommes pas encore. Justement puisque tout reste à faire.

Maintenant regardons les chiffres. Ces fameux chiffres sur lesquels s’adossent les pro et les anti.

1er mouvement :- page 39 : on évoque une réduction de 14% entre 50 et 59 ans et 32% entre 60 et 69 ans.

2ème mouvement : – mais d’autres disent que la réduction serait de 3% à 10 %, ces chiffres alimentant la controverse, puis

3ème mouvement :- zapping des chiffres, on n’en parle plus, on ne les cite pas, on se contente de dire que les derniers résultats d’études européennes ont conclu à des bénéfices du DO dans cette fameuse balance bénéfice/risque. Mais de quelles études parle t-on et quels sont les chiffres de cette étude qui me permettraient de les comparer aux premiers ?

Autre chiffre qui pose problème. Prenons le pire : -les estimations du surdiagnostic variaient de 4% à 7,1%…de 1,7% à 54%…et de 7% à 21%…

Ces chiffres sont choquants. Un écart entre 1,7 et 54% !

On avance des chiffres avec cette aura de précision mathématique…on se veut dans l’esprit de la science, précis, et puis boum…un tel écart !

Alors faut il croire aux chiffres ? Et lesquels ? Pourquoi de tels écarts ? Faut il encore se servir de chiffres ?

Se sert on des chiffres pour nourrir un choix déjà fait ou prend on les chiffres afin de faire un choix ?

Oui, tout est dit dans cette étude. Page 40 :  « On se retrouve donc de facto concernant le débat bénéfice/risque avec des zones d’incertitudes persistantes renvoyant à une question éthique fondamentale sur la nature de l’information à délivrer aux participantes sur l’efficacité d’une campagne de dépistage.

Vraiment tout est dit et surtout dans la troisième partie de l’étude qui détaille avec soin et qualité l’impact psychique, social etc de l’entrée en maladie.

Les effets néfastes et les limites sont très bien évoqués ainsi que le risque d’amalgame entre prévention primaire et dépistage.

Très intéressante également la citation de Nicole Alby d’Europa Donna définissant la place des patientes dans la promotion du DO.

Puis, Il semble primordial également d’ agir face à la mammographie de détection hors contexte du DO qui pose un vrai problème.

Autre souci évoqué : le coût du parcours de soin suite à un dépistage positif. C’est vrai qu’ avoir le cancer coûte très cher à la société et au patient. Financer perruques, prothèses, reconstructions, consultations d’anesthésistes, dépassements d’honoraires…tout cela a un prix mais attention à l’effet pervers de certains choix. Si on remboursait mieux ou totalement à partir d’un dépistage… dans un futur « fauché » il viendrait un moment où cet argument pourrait être l’incitation majeure pour se faire dépister. Et que pourraient décider certaines complémentaires ?

Mme Robert, je serais vous j’irais me faire dépister car si jamais on trouve un truc hors dépistage, ça va vous coûter un bras !

Mais pour finir que représente vraiment cette balance bénéfice/risque.

Pourquoi tendre à tout prix vers une meilleure adhésion au DO?

Il y a d’un côté les bénéfices et de l’autre les risques et ceux-ci ne s’adressent pas aux mêmes personnes.

Ce serait là comme s’il y avait un grand corps citoyen devant choisir massivement pour un état de « santé » publique globalement meilleur (et ce n’est même pas certain).

Mais ce corps citoyen, qui est il ? c’est une idée, une abstraction.

Et le texte réfléchit à comment trouver l’adhésion de cette entité abstraite   dont on ne sait pas ni qui elle est ni de quoi elle est faite.

A l’heure où nous demandons tous à être considérés dans notre unicité, à l’heure où on nous dit que chacun, chacune a un cancer différent de celui du voisin…

Ce serait comme si on proposait un choix pour « la France ». Un peu comme celle de De Gaulle, « la Naaation », celle dont le pouls bat à l’unisson quant elle entend l’infime vibrato de sa voix dire – LA FRANCE – et les larmes nous viennent aux yeux …et moi qui ne suis pas le général de Gaulle je n’ai qu’une envie, c’est dire petitement :- les Françaises…c’est tout, pas plus.

Je veux choisir pour moi, non pas avoir le droit de refuser. Je veux avoir le droit de choisir.

Bon en même temps on avance car tout est dit.

Ce n’est pas ironique. Tout est dit clairement dans ce rapport. Le dépistage n’a pas tenu ses promesses. Avec le recul de quelques décennies, les bilans sont très mitigés. Il y a des vies sauvées mais de loin pas autant que ce que l’on espérait. Il y a des surdiagnostics. Il y a une méconnaissance de l’histoire naturelle de la maladie.

Donc pour finir. Ce rapport dit tout. Le seul écart se trouve dans la démarche de départ.

Pour l’INCa, il faut continuer à promouvoir l’adhésion au DO en parlant des  zones d’ombre .

Mais comment va t-on en parler ? Avec ce rapport qui se doit d’ « éthiquer » l’ensemble dans l’objectif d’une plus grande adhésion. Pas facile !

Ne serait il pas plus éthique de simplement parler aux femmes de cette réalité. Simplement.

Publicités

ma ministre veille pour moi

TUTELLE. N.f. ( 1437 ; empr.lat. tutela, de tutus, p.p. de tueri,

« regarder, surveiller »)

Il a fallu que je vérifie dans mon Robert ( robert !!!!) le sens du mot : tutelle.

Deux pages nommées « Grand Angle » du Monde, non pas un article, mais deux pages de communiqué ( promotion ou publicité selon la vision du monde de chacun) m’interrogent.

J’y vois la photo de notre ministre de la santé. Elle propose avec ferveur le dépistage du cancer du sein alors que nous sommes au cœur d’une grande discussion remettant en question l’efficacité de cette démarche.

Or conscient de la problématique, au fait de cette discussion, l’INCA (institut du cancer) promet une étude concernant ce sujet.

Malgré cela, notre ministre, sans attendre les conclusions de l’enquête officielle de l’INCA, et négligeant ainsi les consignes élémentaires de précaution choisit la promotion active du dépistage.

Pourtant que ce soit dans « regarder » comme dans « surveiller » (voir déf.) les deux mots impliquent selon un angle sémantique une notion d’attente.

Il me semblait plus à propos dans ce contexte troublé de remise en question du dépistage d’observer, d’ attendre les conclusions et d’ agir en conséquence.

Nos organismes de tutelle sont décevants.

Au centre d’un système de soin, il y a : – le patient.

Le premier précepte appris en médecine: primum non nocere, c’est d’  « abord ne pas nuire ».

Selon Wikipédia : le principe de malfaisance dérive de cette sentence. Une autre façon de l’exprimer est que dans un problème particulier, il peut être préférable de ne pas faire quelque chose ou même de ne rien faire que de risquer de faire plus de mal que de bien.

En imposant sa présence officielle si fortement la ministre témoigne d’ une incapacité de mise à distance.

Mais c’est surtout le refus de la discussion concernant le bien-fondé du dépistage qui apparaît.

On se met là dans l’hypothèse que la discussion n’a pas lieu d’être et que le doute ne peut pas exister. Cette attitude là n’est pas une attitude scientifique, le doute existe toujours.

Quand des organismes scientifiques réputés pour leur sérieux remettent en question la pratique du dépistage du cancer du sein,  il est difficile de comprendre pourquoi on refuse de les entendre.

Pourtant un ministère, c’est plus qu’un ministre. Ce sont des conseillers, une équipe…des politiques et LA POLITIQUE, c’est prévoir, penser l’avenir, se projeter.

Ici le moins que l’on puisse dire est que l’on est figé dans une posture inexplicable.

Est ce uniquement un choix de « com » ? Ne pas fâcher l’opinion ?

Caresser dans le sens du poil. Facile !

Est ce un choix que l’on peut argumenter ? Vraiment ? Je veux entendre les arguments scientifiques à présent. Fini le protocole compassionnel, je veux les chiffres, les vrais.

Je me dis : – Oui, c’est une femme, c’est peut-être ça. Elle aussi est  dans les représentations associées au cancer du sein.

Elle aussi se dit :-on ne peut quand même pas ne rien faire…on retournerait en arrière…

C’est certes une femme, mais elle est ministre.

Et un ministre se doit de prendre un peu de hauteur et de réfléchir ce qui pose problème autrement qu’avec ses émotions.

Une fois de plus lâchons les postures orgueilleuses.

Au centre il y a des patientes et un principe de précaution qui s’impose.

Je m’étais dit comme ça, qu’il suffirait de faire la même chose. Se payer une double page de pub dans le Monde pour exposer les chiffres, les données critiques de ce dépistage.

Mais ce n’est sûrement pas donné. Et les scientifiques auxquels je fais référence ( sans accointance avec des labos) n’ont pas les moyens de payer…je ne vous fais pas l’affront d’une lecture approfondie de la double page sus nommée !

Que fait un ministre dans une promotion ?

N’y a t’il pas un devoir de réserve ?

Pour finir, mais cette analyse est très personnelle : on continue, une fois de plus à entretenir le trouble et le flou autour de ce sujet. « Octobre rose » arnaque son monde en créant une confusion entre dépistage et prévention et ici le choix du Monde n’est pas anodin.

Il faut bien lire la petite phrase en bas de page : la rédaction du quotidien « le Monde » n’a pas participé à la rédaction de ce publi-rédactionnel.

Encore, je demande encore. Que fait un ministre dans une promotion ?

santé et décroissance

Quel étonnement justement aujourd’hui de lire sur http://www.atoute.org/ ce post consacré à l’inertie thérapeutique. Enfin l’idée de ne rien faire n’est pas un renoncement mais un choix.

Hors de la problématique des implications commerciales dans le domaine de la santé que je sais essentielles, il ne faut pas oublier la tendance tant humaine à vouloir tout maîtriser et si possible en amont de ce qui pourrait arriver à notre corps.

C’est un virage qui s’opère doucement d’une médicalisation à tout prix vers une médicalisation à bon escient.

Mais gardons nous de jeter le bébé avec l’eau du bain. Des gestes, attitudes préventives, médicalisations sont nécessaires parfois et d’autres fois ne le sont pas.

Le « trop » appelle le « rien » comme ces ados qui rejettent leurs parents après les avoir tant aimés. Il ne faudrait pas rejeter le progrès médical en bloc au prétexte d’abus passés. Ce n’est pas parce que telle campagne de vaccination a été démontrée comme inutile qu’il faudra supprimer toute campagne de vaccination. C’est le travail de l’épidémiologiste de resituer chaque geste, chaque acte dans son contexte de chiffres et de société et ses implications…

C’est ainsi que l’inertie thérapeutique n’est pas « rien », elle devrait être définie comme un choix thérapeutique selon la même logique que l’acte et cela autrement que dans l’idée du renoncement.

Il ne s’agit pas de ne rien faire parce qu’il n’y a rien à faire. Il s’agit de choisir « l’acte de ne rien faire » car ce choix là est meilleur pour le patient.

Il reste que souvent le patient éduqué dans la culture de « l’agir » aura une tendance forte à pousser à l’acte. Si le choix est possible, il est bien que le patient le fasse et que son médecin ne l’aide pas à choisir en fonction de ses propres représentations mais bien en fonction de données scientifiques du moment.

Oui je sais, c’est difficile et compliqué. Qui a les bons chiffres ? Et sont ils réellement réactualisés ?  Et quels sont les critères définissant un mieux être pour le patient ? Et comment un homme même médecin peut il se trouver hors de ses propres représentations ?

Mais si nous ne sommes pas dupes des implications commerciales…c’est déjà un grand pas. Si nous ne sommes pas dupes des choix économiques des caisses…c’est un pas de plus. Le cône se rétrécit, et tout se trouve dans le dialogue médecin-patient.

Tout. C’est ça le travail du médecin traitant. La médecine n’est pas une science exacte et il est même idiot de vouloir tendre vers cela.

Ce n’est pas un corps en parfaite santé qui devrait se rechercher mais un corps dans le meilleur équilibre. Le corps est un « truc » vivant en constante modification.

C’est peut-être là que se trouve en grande partie la « spécialité » de médecine générale.

émotion et dépistage du cancer du sein

Et si nous réfléchissions autrement !

Sommes nous vraiment dans une bataille de chiffres ?

Tous les scientifiques sont du même avis. Le dépistage n’apporte pas les bénéfices que nous en attendions. De loin pas.

Les données chiffrées, même les plus encourageantes évoquant une plus grande survie, ne justifieraient jamais la mise en place du dépistage organisé si celui-ci n’existait pas déjà.

C’est le rétropédalage qui est difficile. Et de fait que se passerait il si le dépistage organisé était supprimé ?

Ce choix semble impossible et serait sans doute à la source d’un transfert du dépistage organisé vers le dépistage individuel.

Or le dépistage individuel est sans doute plus nocif aux femmes que le dépistage organisé.

A t-on déjà pensé compter le nombre de mammographies ?

Une première mammo à 40 ans pour voir ! Puis une autre à 41 car c’est très agréable d’être rassurée. Une à 42 car la tante Huguette vient d’être opérée puis à 44 car on l’a oublié à 43, puis à 44, 5 parce qu’on sent une boule puis 6 mois après pour voir ce que donne la boule puis à 45 sur proposition du médecin dont la belle- sœur vient d’être opérée, puis, puis…et qui fait les comptes ?

L’avantage de ce dépistage organisé est qu’il s’énonce comme étant organisé. Le fait de débuter à 50 ans peut, du moins je l’espère, questionner des femmes plus jeunes au sujet des motivations de la limitation d’âge. De même que le nombre de clichés reste réduit en tentant de limiter la marge d’erreur grâce à une relecture.

Qui d’entre nous penserait spontanément que le dépistage pourrait nous nuire du fait d’un grand nombre d’irradiations ?

Qui d’entre nous penserait qu’il est plus aisé d’interpréter une mammographie après la ménopause plutôt qu’avant ?

Qui d’entre nous sait qu’il faut interpréter la mammographie et que cette interprétation est délicate, la marge d’erreur est d’autant plus élevée que la femme est jeune.

Mais est ce une raison pour autant de persister dans ce dépistage organisé si par ailleurs le surtraitement est trop important ?

Faudrait il que les femmes au delà de 50 ans « bénéficient » de cette mesure si par ailleurs elle peut leur nuire ?

Toutes ces données  qui relèvent simplement d’une information objective, ou mieux qu’objective, une information se situant dans les données actuelles de la science, ces données devraient être partagées avec les patientes. Elles auraient enfin la possibilité de soupeser la nécessité de recourir au  dépistage selon leur propre vision du monde.

Mais le présupposé d’informer la patiente et la laisser choisir impliquerait une information toujours identique provenant des médecins !

Or les médecins ressemblent singulièrement à leurs patientes. Certains entendent ce que disent les chiffres et leur réalité objective. D’autres restent scotchés dans leur émotion et dans la perception que cette émotion partagée avec la patiente est le signe de leur empathie.

Il faut impérativement que les médecins se questionnent. Ce n’est pas de l’empathie. Ils n’entendent pas notre peur, ils ont peur aussi, ce n’est pas pareil.

Que faire ? C’est aux pouvoirs publics de se prendre par la main. C’est le rôle de l’Institution de se situer dans la réalité et de soigner non pas l’émotion mais la population. Il ne s’agit pas d’ignorer cette émotion mais de lui parler, de la solliciter, de lui permettre de se questionner…

Il faut donc travailler avec intelligence et doigté.

Quelques hypothèses de travail ?

Recadrer et encadrer avec sérieux les campagnes de dépistage aux messages trompeurs et mensongers.

Mobiliser les cancérologues, radiologues, généralistes, gynécologues qui commencent à réaliser l’envergure du problème afin que ceux-ci expliquent que « ne rien faire n’est pas laisser faire ».

Proposer des informations sérieuses et intelligentes aux médecins qui douteraient encore.

Mettre en place un travail de recherche pour définir l’impact réel, et ceci à long et très long terme, de l’entrée dans cette pathologie.

Le problème est vaste, c’est un problème de société qui dépasse et de loin le domaine de la santé.

Quelque chose se passe avec cette émotion que l’on montre, que l’on exploite, que l’on manipule sans vergogne.

Une émotion qui excuserait tout pour la simple raison qu’elle serait là et qu’on ne pourrait pas la gérer au seul prétexte d’y laisser sa spontanéité ou une certaine idée de sa personnalité.

à propos de no mammo

Ce livre fait un état des lieux du dépistage du cancer du sein.

En bref des analyses et recherches sérieuses et documentées démontrent que le dépistage du cancer du sein est inutile  voire délétère.

Inutile parce que le taux de mortalité ne baisse pas (il n’augmente pas non plus).

Délétère parce qu’ il y a beaucoup de surdiagnostics.

Le surdiagnostic implique des traitements, des opérations avec par voie de conséquence des effets secondaires à court et à long terme, sans parler de la détresse psychique.

Tout ça pour un surdiagnostic ! C’est cher payé !

Alors tentons de comprendre pourquoi, malgré l’évidence de l’inutilité du dépistage… on continue à dépister.

On continue à dépister parce que malgré tous les progrès qui ont été faits,….l’imaginaire existant autour du cancer du sein nous empêche de réfléchir.

Discuter du bien fondé du dépistage nous met face à une attitude muette, stoïque, presque sidérée au sens psychologique du terme. C’est tuer son père, sa mère et selon Rachel Campergue c’est tuer la poule aux œufs d’or.

Pour l’histoire d’argent je vous laisse avec No Mammo, c’est très bien expliqué et absolument dégoûtant.

Mais c’est plus qu’une histoire d’argent.

Opter pour la critique de ce qui semble si évident :

–      débusquer la maladie à ses débuts et donc donner une chance de survie,  c’est remettre en question des fondamentaux auxquels nous ne sommes pas prêts.

L’un des fondamentaux est de remettre en question une idée bien installée (plus on soigne tôt plus on augmente la survie).

Un autre des fondamentaux est la façon de considérer l’examen médical. Un résultat d’examen est scientifique, donc indiscutable.

Ni le patient, ni le médecin n’est apte à entendre que la science évolue, qu’un résultat n’est qu’un indice devant être conforté par d’autres indices…en fait que l’on peut encore douter.

Le patient veut être sûr pour pouvoir faire confiance. Il veut pouvoir sortir de cette image du cancer toujours mortel mais…toujours mortel avant les progrès de la science. Qui est prêt à entendre que « ptêt ben que oui, ptêt ben que non » ! C’est comme à la loterie, un coup tu gagnes, un coup tu perds. Personne.

Voilà pour le patient.

Mais qu’en est il du médecin ?

Il sait lui que les résultats sont ce qu’ils sont. Juste des indicateurs.

Mais le médecin lui aussi a envie de croire en la science.

D’abord il a une formation scientifique. On lui a rebattu les oreilles de longues années avec ça, on l’a flatté avec ça, lui disant que la science est la vérité et donc lui la détient. Ouaouhhhh !

Il faut avoir un cerveau très curieux et iconoclaste pour  accepter de critiquer la bible.

Le médecin veut des éléments objectifs et indiscutables qui lui permettent par sa propre assurance de rassurer les patients. Car ce patient qui craint la maladie et demande, ou ne demande rien mais attend que le médecin par son assurance le rassure, contamine le médecin avec sa peur et son angoisse.

Et cette brèche là, pour ne pas la combler, il faut être très fort.

Ou se laisser berner par les mêmes illusions.

Donc remettre en question cette double certitude :

-Il y a quelque chose à la mammo donc on agit.

– il n’y a rien à la mammo donc on ne fait rien   semble impossible.

Or il peut y avoir quelque chose et ce quelque chose –eh, oui- peut encore disparaître ou attendre quelques années.

Il peut ne rien y avoir, du moins que l’on voit, et il y a quand même quelque chose qui mériterait qu’on agisse.

Pensons qu’un médecin, sans vouloir à tout prix lui chercher des excuses, a une tendance innée à faire le « plus ». Pourquoi ? Parce qu’il n’est entouré que de malades et qu’il est lui aussi un être humain, il a peur.

Il a beaucoup de peine à se distancier de cet absolu d’horreur qui est le cancer et il a appris à mettre en route la grosse Bertha de tout cet attirail curatif.

Et il ne faudrait pas que l’on puisse lui reprocher de ne pas avoir tout fait, quand bien même certaines choses sont d’évidence, totalement inutiles.

Imaginons la patiente de 48 ans dire : -dr j’aimerais faire une mammo. Et le dr dirait, c’est inutile on n’a pas réussi à prouver statistiquement l’efficacité du dépistage. Deux mois après, cette femme constate l’existence d’une tumeur. Avec le marteau piqueur du « cancer pris à temps » imaginez la réaction de la patiente.

Comment ce médecin là va t’il justifier auprès de la patiente et de sa famille son attitude pourtant légitime.

Je repense comme ça au discours autour de la peine de mort. Et à  la question perfide du petit malin qui dit :- Ah bon, tu ne veux pas toi que celui qui a massacré ta fille soit tué ! Tu n’aimes donc pas ta fille à ce point là ? Tu ne l’aimes pas au point de ne plus penser, mais tout juste d’agir.

Finalement, à bien réfléchir, le crime de tuer un innocent qui donne une forte présomption de culpabilité ne choque pas grand monde!

Normal, la mort d’un enfant justifie tout.

Mais nous avons abandonné la peine de mort. Et la plupart d’entre nous ne remettent pas cet abandon en question.

Si l’on rapporte le raisonnement au dépistage, ce serait accepter que toutes ces femmes soient soignées, mutilées,  au nom de la sauvegarde d’autres qui seraient réellement malades.

Ce n’est pas correct. Au nom de ce grand effroi que donne le cancer du sein? Ce n’est pas correct.

Mais là aussi ce serait comme s’il fallait agir au lieu de réfléchir et le sacrifice de ces femmes saines semblent se justifier par la sauvegarde des femmes malades.

Non seulement c’est parfaitement dégueulasse mais en plus le raisonnement est faux. Abîmer certaines femmes n’en sauve pas d’autres.

Tant que le cancer du sein portera en lui cette image forte de « peste et de choléra », tant qu’on verra là le Mal absolu sans capacité à dédramatiser la situation on en sera à brasser… vainement .

On a toujours le temps d’attendre et de réfléchir. On a toujours le temps de soupeser les « pour » et les « contre ».

Soigner à bon escient sans stress, c’est aussi laisser une chance à la science de faire les vraies recherches aux bons endroits.

D’abord ne pas nuire.

lectures

docteur Faustus     de Thomas Mann

le Turbot      de Günther Grass

seul dans Berlin        de Hans Fallada

la saga de Youza     de Youris Baltouchis

la beauté de Mérab    de Torgny Lindgren

je suis l’argile    de Chaïm Potok

l’élu     de Chaïm Potok

la Route    de Cormac Maccarthy

le convoi de l’eau    de Akira Yoshimura

Naufrages    de Akira Yoshimura

la guerre des jours lointains     de Akira Yoshimura

Délivrance     de james Dickey

la nuit du chasseur     Davis Grubb

un fou ordinaire      de Edward Abbey

Refuge     de Terry Tempest Williams

le chemin des âmes      de Joseph Boyden

Dans le grand cercle du monde       de Joseph Boyden

la revanche du rameur     de Dr Dominique Dupagne

No Mammo        de Rachel Campergue