Dépistage du cancer du sein : Terroriser peut-il informer.

Libération[1], la dépêche[2], le figaro….Chacun commente dans ses pages numériques le communiqué du 21 juin 2017 du CNGOF (collège national des gynécologues et obstétriciens français).

Celui-ci engage une campagne de réhabilitation du dépistage organisé du cancer du sein.

Il en ressort pour l’essentiel que les membres du CNGOF observent un net recul du DO (dépistage organisé) et s’en désolent.

Il est question de photos impressionnantes de cancers rongeant les seins non soignés, de patientes abusées par le discours anti-dépistage croyant en la disparition spontanée de tumeurs.

La grande responsable de cette horreur serait la polémique anti-dépistage qui s’apparente selon Israël Nisand à de la « désinformation ». Je cherche en vain le communiqué original préférant lire Dieu plutôt que ses saints, espérant encore que ce sont les médias qui ont transformé le message initial afin de le rendre plus impressionnant, espérant encore que ce ne sont pas ces médecins connus et respectés qui ont cédé à la facilité d’une communication spectaculaire et anxiogène.

D’autres chercheurs et curieux m’envoient la dépêche de l’APM.

Mais ce n’est toujours pas le communiqué d’origine.

Sans doute que le webmaster du CNGOF est en vacances ou en arrêt de travail car dans la rubrique « communiqué » aujourd’hui 4 juillet il n’y a toujours rien concernant le sujet.

En revanche dans la rubrique « actualité » [4]du site, chaque médecin ayant contribué à ce communiqué a publié son article.

Puis, coup de grâce, un article paru dans l’Alsace et dans les DNA [5]au titre percutant : « des femmes qui se condamnent à mort » !

Le Professeur Israël Nisand et la professeure Carole Mathelin du CHUR de Strasbourg parlent d’un recul « historique » du dépistage, de choses que « l’on ne voyait plus chez nous » comme si en France nous étions un pays sous développé, bref une régression et cela pour des fantaisies « écolo ».

Quel mépris pour les confrères épidémiologistes, pour des organes de presse sérieux comme Prescrire, pour le NEJM (the new england journal of medecine), pour la revue Cochrane, le site « cancer-rose [6]» etc….  Et accessoirement pour l’écologie.

Quelle dérive paternaliste où la « société savante ne doute pas » et veut convaincre les femmes quand le propre même du scientifique est de douter.

Si l’on en croit les divers médias, la professeure Carole Mathelin voit toutes les semaines des femmes aux seins nécrosés, rongés par le cancer. Trois photos sont présentées, photos terribles et insoutenables selon Geneviève Daune (DNA, Alsace). Les patientes auraient renoncé aux soins en spéculant sur une régression spontanée du cancer et en craignant le sur diagnostic et le sur traitement.

Pourtant à la lecture de l’article de Carole Mathelin [7]sur le site du CNGOF, elle a vu une patiente dans ce cas : 1.

La même dérive s’observe avec les propos du Professeur Israël Nisand [8]. Dans les DNA, 1200 à 2400 vies seraient sauvées par le DO, dans son article du CNGOF il évoque 240 vies sauvées par an.

Il y aurait donc une information pour les pairs, et une autre pour le grand public ?

Une information dont l’objectif est de choquer et de faire peur pour la patiente lambda et une autre information mesurée cette fois pour les membres et lecteurs du CNGOF.

Dans les DNA un texte en encart sur la page des « femmes qui se condamnent à mort » a pour titre :

-UNE PRÉVENTION TRÈS EFFICACE

Et pour première phrase : « on peut prévenir deux cancers chez les femmes, celui du sein et celui du col de l’utérus. »

Le dépistage ne prévient pas du cancer du sein…

Mais de quel côté se trouve cette désinformation dont Israël Nisand et Carole Mathelin parlent tant ?

Ce qui motive ce communiqué est certes le recul du DO mais surtout la désinformation des anti-dépistage dont le propos par extension influencerait les femmes y compris celles qui ne sont pas concernées par le DO.

En grossissant le trait, en « ne doutant pas », en jouant sur la peur du public la communication du CNGOF dans la continuité de celle d’octobre rose désinforme et ne fait que ça.

Mais qui dit désinformation supposerait qu’il y ait eu « information » au départ.

L’information concernant ce sujet n’a jamais vraiment existé. Longtemps la critique du DO a été maintenue sous le boisseau. Les médecins qui en parlaient étaient ostracisés et le sont encore. À présent que tous les jours d’autres études vont dans le sens de cette critique, le public et les médecins finissent par en prendre connaissance. Il n’est plus possible de cacher les études sous le tapis. Encore ces jours-ci le NEJM [9] a publié une étude  concernant le sur diagnostic.

Quand donnera t’on enfin une information complète et honnête aux femmes ?

Cette information qui dit que chaque femme peut se faire dépister ou non sans pour autant courir plus de risque dans l’un ou l’autre cas.

Un vent de panique soufflerait-il au cœur de la sénologie ?

La critique du dépistage n’est pas sans conséquences. Critiquer le DO c’est remettre en question en profondeur le mode de pensée et par conséquent le mode d’action face au cancer du sein.

Pour l’instant, dans le premier temps de la prise en compte de cette maladie l’effort médical focalise sur la recherche de quelque chose dans le sein. L’image n’étant pas toujours clairement identifiable, une batterie d’examens complémentaires est proposée. Le swiss médical board a publié un texte édifiant du Dr Dominique Gros [10], ancien dépisteur, qui illustre parfaitement bien ce propos.

Toute l’expertise médicale s’est spécialisée dans cette recherche du tout petit et son identification.

L’échec du DO démontre que le cancer tout petit, voire in situ peut être mortel et d’autres déjà bien visibles peuvent être soignés. Ce qui rend le DO bien imparfait.

Mais la sénologie est toujours crispée sur cette image dans le sein qui ne semble pas être la bonne façon d’approcher la maladie. En tous les cas elle semble bien insuffisante. La maladie cancer du sein mériterait d’être repensée et redéfinie.

Ce n’est donc pas d’une régression qu’il s’agit quand certains médecins font remarquer que le DO est bien insuffisant, c’est au contraire une avancée.

Malheureusement supprimer le DO en constatant son échec signifie pour beaucoup baisser les bras et renoncer face à la maladie, laisser un vide.

La croyance au DO apporte des éléments essentiels dans le domaine de la cancérologie du sein :- l’espoir et le désir de pouvoir agir.

Les médecins à l’égal des patients espèrent et désirent pouvoir agir.

Il ne s’agit pas de baisser les bras. Consacrer l’énergie et l’argent donnés au DO à la recherche et à la réflexion du cancer du sein évolutif c’est permettre à la sénologie d’évoluer et de réfléchir selon un autre prisme. Il faut sans doute « lâcher prise » pour laisser la place à d’autres hypothèses de réflexion et enfin « sauver plus de vies ».

 

 

 

 

[1] http://www.liberation.fr/societe/2017/06/21/cancer-du-sein-coup-de-gueule-des-gynecos-contre-la-baisse-du-depistage_1578526

 

 

[2] http://www.ladepeche.fr/article/2017/06/21/2598208-cancer-sein-coup-gueule-gynecos-contre-baisse-depistage.html

 

 

[4] http://www.cngof.fr/actualites

 

[5] http://www.lalsace.fr/actualite/2017/06/21/des-femmes-qui-se-condamnent-a-mort

[6] https://www.cancer-rose.fr/

 

[7] http://www.cngof.fr/actualites

 

[8] http://www.cngof.fr/actualites

[9] http://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMsr1613680

 

[10]  lien direct: –   http://www.apima.org/img_bronner/Reflexion_depisteur_JP_Gros.pdf

 

 

 

Démocratie en santé, ah bon !

Le Monde « science et médecine » du 23 novembre relate la décision de la HAS de faire évaluer les médicaments et les dispositifs médicaux par les patients avant que ceux ci soient mis sur le marché.

En soi la décision est respectable mais présente des limites qui n’ont pas ou peu été envisagées.

La HAS consultera et confiera l’évaluation à des associations de patients. Mais les associations de patients vivent en bonne partie du soutien de l’industrie pharmaceutique et du soutien institutionnel.

Le conflit d’intérêt saute immédiatement à la figure .

Mais voilà que l’on peut lire plus loin dans l’article que pour éviter ce souci du conflit d’intérêt le vote sera interdit au patient, leur avis ne sera que consultatif.

C’est toujours une démocratie à deux vitesses, qui « veut » et qui ne « peut » pas.

Traduction littérale d’un dicton alsacien : « wi well on kan net ».

 

Ma démocratie sanitaire choisirait au hasard, sur tout le territoire, auprès de spécialistes et de généralistes, des patients inconnus et anonymes tout juste représentatifs d’eux-mêmes qui pourraient ainsi donner un avis dénué de (presque) toute influence.

 

Les associations de patients, immensément utiles par ailleurs, sont aussi des usines à formater les cerveaux de leurs membres.

  • Choisir d’intégrer ce type d’association est déjà un premier tri.
  • Être membre, suivre les réunions et adhérer impliquera obligatoirement une adhésion de pensée. C’est normal, c’est le fonctionnement humain. On se réchauffe d’une pensée commune, nous en sommes tous là, certains plus que d’autres mais c’est ainsi.
  • Être une association reconnue, voire financée par l’industrie et souvent en plus petite part par l’institution suppose la présence de ceux-ci au moment des assemblées générales ou de réunions publiques de ces mêmes associations.

C’est une forme de reconnaissance du ventre. Elle est souvent inconsciente de la part du membre lambda de l’association mais elle n’est pas inconsciente du tout de la part du financeur.

Les conférences ou les autres réunions associatives où seront invités les « financeurs penseurs » en santé opéreront forcément une direction de pensée, des suggestions de pensée, un brassage de mots et d’expressions idiomatiques représentatifs d’une pensée du moment et conduisant un comportement, une attitude désormais en voie de généralisation.

Les associations de patients défendent certes le patient, c’est vrai, mais elles le construisent aussi selon le prisme de fonctionnement d’un patient modèle que l’on imaginera à partir de représentations de ce que doit être notre société et non pas de ce qu’elle est.

Demander l’avis à un patient sans influence d’une machine à respirer ou d’un médicament, c’est obtenir simplement un avis. Demander un avis à une association ou à ses représentants c’est obtenir un avis certes, mais influencé par les implications de ce nouveau dispositif selon son impact « sociétal » et selon la pensée générée par l’institution et l’industrie.

La question de cette merveilleuse démocratie sanitaire continuera à rester posée si on continue à vouloir construire le patient au lieu de l’accepter tel qu’il est.

Est-ce vraiment une démocratie que l’on cherche ou un moyen terme. Une sorte d’illusion de démocratie ? Un simulacre.

 

Beaucoup de personnes ont loué la concertation citoyenne concernant le dépistage du cancer du sein. Ils se sont laissés embarquer par l’envergure du projet, grande machinerie (sans doute très onéreuse par ailleurs) ayant la volonté de recueillir l’avis à la fois du peuple, des experts, et des technocrates.

Pourtant la concertation citoyenne semblait inappropriée dans ce contexte de controverse scientifique qui devait se résoudre en confrontant les scientifiques avec leurs travaux et leurs conflits d’intérêts.

Sérieusement que peut l’avis de madame Dupont ou le mien pour définir de la justification d’un acte médical quand je n’ai pas la formation scientifique pour en juger ?

Est ce que cette concertation devait appeler le peuple à la rescousse devant une poignée de médecins critiquant une attitude médicale parce que le dépistage semble largement plébiscité par les femmes ?

Et après ? À présent que le dépistage a été critiqué plus que jamais, saura t’on après ce « choix » du peuple prendre les dispositions dans le sens de ce qui a été exprimé ?

Même si, et pour cela il suffit d’écouter Frédéric de Bels de l’INCa  congrès 2016 F de Bels, même si les conclusions de cette concertation vont à l’encontre de ce que ses organisateurs en attendaient.

Si l’institution n’est pas capable d’autocritique, si elle ne respecte pas ce peuple consulté par ailleurs, si elle fait de la démocratie un simulacre…

Elle court à la fois le risque de la décrédibilisation et le risque d’un retournement aléatoire contre son « maître ».

Au nom du soutien de toutes les attitudes institutionnelles en santé (H1N1, dépistage du cancer du sein, Alzheimer etc) l’institution provoque le rejet de la vaccination, du dépistage, des traitements en général.

Bref comment continuer à faire confiance ? Ce défaut de confiance plonge la population dans la paranoïa.

Après, le peuple ira voter, et là tout est possible, car il en va de la démocratie en général comme de la démocratie sanitaire en particulier.

Octobre Rose, grande foire d’automne 1

La kermesse va commencer. Octobre Rose s’annonce en fanfare. Mais

D’où nous vient « Octobre Rose » ?  

Tout droit des Etats-Unis. L’  « american cancer society » et « Imperial chemical industries » (Astra-Zeneca donc nolvadex, arimidex et faslodex), sous forme de partenariat ont créé ce mouvement de lutte contre le cancer du sein. Par la suite Estée Lauder, Avon, Komen etc ont sauté dans le train en marche…

Pour le « ruban », c’est autre chose. Charlotte Hayley qui avait créé un ruban pêche contre le cancer du sein a refusé de céder son idée à Evelyn Lauder voyant par avance tout l’intérêt commercial pouvant s’associer à ce petit objet. Mme Lauder a transformé le pêche en rose. L’idée semblait géniale, le rose s’associant au féminin ou du moins à un certain « féminin », celui très caricatural de la poupée « barbie » et de la robe de princesse.

Il n’est pas évitable de resituer « Octobre Rose » dans son contexte, sa culture d’origine :- les Etats-Unis.

Le pays est dans un explicite d’une santé marchandisée où l’on envisage le progrès comme se faisant forcément à l’aide de capitaux privés. À côté de cela, en corollaire, on accepte d’une certaine manière comme un juste retour sur investissement le fait que ces mêmes sociétés privées se régalent au passage. Continuer ce raisonnement de façon paroxystique et imaginer que ces mêmes sociétés privées ont intérêt à augmenter le nombre de patients afin d’augmenter leurs revenus est moins évident, et pourtant absolument logique.

Mais Octobre rose se situe dans un cadre plus large encore, celui de la volonté de Richard Nixon d’éradiquer le cancer en l’espace de 25 ans grâce aux progrès de la science.

Avoir marché sur la lune avait fédéré toute une nation derrière soi glorifiant ainsi la puissance de ce qui se disait alors être le monde libre et surtout le progrès scientifique. Il fallait maintenant un autre grand projet…Ce serait la disparition du cancer.

Nous sommes au croisement de deux volontés. L’une est celle de la science mise au service du commerce et vice-versa. L’autre est ce projet bienveillant et moderne qui réunira tous les citoyens dans un même élan. Ce mélange de registres fait partie des Etats-Unis. Les citoyens américains sont coutumiers de ce fonctionnement.

Dans l’ensemble la critique d’Octobre Rose aux Etats-Unis se tourne plus vers le « pinkwashing », démarche commerciale qui profite du cancer du sein pour se faire de l’argent sans restituer les gains à la cause. Estée Lauder explose ses cours en bourse pour rendre à la cause deux francs six sous etc.

On peut d’ailleurs trouver des sites Internet qui indiquent à quel organisme le consommateur américain peut se fier sans que la cause qu’il croit aider se voie flouée. Car cette réflexion se fait dans l’esprit d’une consommation consentie et entretenue. Il faut consommer, mais consommer « bien ».

Et, quitte à me répéter mais cet élément me semble important, le citoyen nord-américain sait que sa santé fait l’objet d’un commerce. Il en est d’accord ou non, mais cet arrière-plan financier existe dans sa conscience.

 Laissons là les Etats-Unis pour venir en France. Le contexte n’est pas identique. Cet arrière-plan nous est inconnu encore. Nous sommes dans un accès aux soins pour tous où l’on ne perçoit pas encore, ou peu, la santé comme un marché. Pour les Français en général la recherche médicale est d’abord imaginée pour le bien du patient, comme si celle-ci ne dépendait pas de financements privés. De même que l’on garde encore, même si en ce moment des idées neuves surgissent, l’illusion d’une médecine pour tous à la pointe du progrès qui agirait dans l’intérêt d’une population plus que pour le bien du portefeuille. Avoir commandé des montagnes de vaccins n’était pas jugé en fonction d’un gain commercial mais bien plus comme une faute de jugement ou un excès de principe de précaution.

Donc ce bulldozer commercial d’Octobre Rose vient, à l’aide de sa communication, s’imposer dans notre paysage en tentant d’exporter son système sous couvert de bonnes intentions.

D’où d’ailleurs ce flou délibéré dans l’énoncé des objectifs. Il ne s’agirait pas de promouvoir l’industrie ou la pharmacie; Octobre Rose dit vouloir « sensibiliser », et comment critiquer ce projet qui ne dit rien. Qui serait contre une sensibilisation ? Que veut dire « sensibilisation » ?

Plus malin encore, Octobre Rose milite pour lever des fonds pour la recherche –Très bien, que dire contre ce projet ?

Mais le contenu principal d’Octobre Rose est de pousser à la mammographie de dépistage dans le cadre du dépistage organisé. Certains auront observé les parutions des deux derniers mois suggérant un dépistage dès quarante ans et cela à l’aide bien sûr de résultats de « recherches », la caution pseudo scientifique n’étant jamais très loin. Histoire de faire d’une pierre deux coups, Octobre Rose désire mobiliser les rebelles qui ne viennent pas encore, et mobiliser celles qui ne sont pas encore « invitées » d’où cette démarche vers les femmes de quarante ans. C’est tout simplement une logique économique de croissance. L’objectif réel est de trouver de nouveaux clients. Le reste n’est qu’un alibi.

Mais sommes nous d’une incommensurable naïveté ou bêtise ?

Trouver en France qui est vraiment aux manettes d’Octobre Rose est un vain travail. Mais dans l’ensemble le financeur des campagnes est le citoyen français par le biais de ses impôts et celui qui en profitera restera le laboratoire pharmaceutique, le fabricant de mammographes, les organismes qui vivent du cancer etc.

Oui, mais les femmes en profiteront aussi si la science progresse ! Nous ne sommes pas dans une maladie orpheline. Il est dans l’intérêt des laboratoires de découvrir des choses à vendre, ils investissent de toute façon dans ce domaine de recherche. Ce n’est pas moi qui suis cynique, c’est Octobre Rose.

 

Lettre à nos institutions, sortons d’ octobre rose. Suite

En juillet 2015 apparaissait sur twitter une lettre ouverte à nos institutions concernant l’engagement et le financement pour octobre rose. https://martinebronner.wordpress.com/2015/07/09/lettre-a-nos-institutions-sortons-doctobre-rose/ La lettre a été lue et relayée mais n’a trouvé aucune réponse institutionnelle.

En début d’année 2016, cette même lettre a été envoyée par la poste au Ministère de la Santé, à l’INPES, à l’INCa (institut national du cancer), à la HAS, à la Ligue contre le cancer, à Unicancer, et aux Agences régionales de santé.

Afin de rendre nos grandes villes attentives au devenir de leurs subventions et donc de notre argent, j’ai envoyé cette même lettre à Strasbourg, Paris, Montpellier, Marseille, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Nancy, Metz, Belfort, Besançon, Lyon, Toulouse, Lille, Nantes.

La HAS a répondu rapidement pour dire qu’octobre rose ne relevait pas de leurs attributions.

Marseille dit ne pas intervenir, Toulouse me félicite pour mon engagement et dit ne soutenir que ce qui relève de l’information scientifique et médicale et Lyon a retransmis la lettre à la conseillère déléguée à la prévention santé….

Ces communes ont eu au moins la délicatesse de répondre. Même si j’attends toujours que la déléguée à la prévention santé de Lyon me fasse part de ses pensées. À Lyon le sujet est d’une actualité d’autant plus forte qu’il y a eu « courir pour elles » et le billet de Manuela http://fuckmycancer.fr/seriously/enervee/les-courses-roses-encore/ et tout ce questionnement concernant l’argent récolté pour la « cause » du cancer du sein.

Ma jolie ville de Strasbourg est muette. Dimanche il y a des élections… Comment un citoyen ignoré par ceux qu’il n’a cessé d’élire peut il réagir devant si peu d’intérêt ? Il est vrai que si ma petite voix manque, ça ne changera pas grand-chose.

Mais le plus important est que le ministère de la santé, l’INCa et les ARS n’ont rien à dire. Rien, rien de rien…

Au passage j’ai une petite pensée pour la crabahuteuse dont la jolie lettre au Pr Vernant est toujours sans réponse. http://lacrabahuteuse.fr/2016/05/lettre-ouverte-au-professeur-j-p-vernant/ C’est certes un autre sujet mais qui d’une certaine façon rejoint le premier.

Il s’agit d’un discours institutionnel au sujet du cancer du sein qui tente de créer une réalité par son discours et qui, incapable d’écouter les (vrais) malades reste dans le déni de la (vraie) réalité.

Est ce beaucoup de bruit pour rien ? Au sujet de 2e avis

 

 

Il existe désormais un site français « 2e avis ».

https://www.deuxiemeavis.fr/

Un truc de fou où en échange de 295 euros, soit le montant d’une douzaine de consultations en secteur 1, le patient a l’immense privilège d’obtenir un avis médical non remboursé sans avoir vu de médecin.

 

Serait-ce une critique facile et de mauvaise foi ?

Le site n’est pas fait dans un esprit de lucre.

C’est fait pour rendre service, pour combler un vide, pour trouver l’expert qu’il nous faut.

Serais-je de mauvaise foi en disant qu’il ne m’est pas utile de savoir que le premier membre du « conseil scientifique » (sans doute le chef) est titulaire de la légion d’honneur et de l’ordre national du mérite ?

Serais-je de mauvaise foi si je me demandais comment on fait pour « lutter » contre la perte de chance, objectif déclaré de ce site, en demandant 295 euros non remboursés ?

 

J’ai trouvé d’autres sites, dont un site suisse.

http://fr.leading-medicine-guide.ch/Deuxieme-avis-medical

Il propose gratuitement des noms de médecins « experts » pour des patients en quête d’autres avis pour la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche.

Le nom de ces médecins est gratuit, et le deuxième avis est éventuellement remboursé par leur sécurité sociale ou des assurances.

Les médecins sont cooptés par d’autres qui les jugent experts en leurs domaines respectifs.

Aucune mention de titres honorifiques. On ne fait pas l’étalage de multiples fonctions dans des instances officielles.

Seules les compétences médicales compteraient.

 

Que ces sites soient commerciaux ne fait aucun doute.

Mais ils n’éprouvent pas le besoin de se justifier. Justifier à partir d’une histoire personnelle pourquoi ce site fut créé…Tenter de persuader que malgré les apparences « deuxième avis » n’est pas cher.

Et du coup se retrouver avec les ricanements de certains, dont les miens.

Car « deuxième avis » est dans cet irréductible écart de la reproduction d’une posture institutionnelle d’une « santé pour tous »  sans « pertes de chances » blablabla et d’une démarche commerciale qui ne s’assume pas.

En plein dans le mille du paradoxe institutionnel qui réussit à commercialiser une médecine qu’elle dit vouloir gratuite, de « pointe » et pour tout le monde.

 

Bon, personne ne m’oblige à donner mon numéro de carte bleue et à passer du statut dit « passif » de patient à celui dit « actif » de client, n’est-ce pas.

Il me suffit de consulter le confrère indiqué par mon généraliste et celui-ci est remboursé par la sécurité sociale.

 

Mais est-ce aussi simple ?

 

J’ai lu Grange Blanche avec délices et celui-ci relève le problème essentiel.

À partir de grange blanche     (et les billets suivants)

doc du 16    en parlait déjà. C’est l’adressage.

 

C’est un problème d’adressage, bien plus que de deuxième avis.

Trouver le confrère compétent pour répondre aux problèmes des patients est une gageure. Patients et médecins sont dans des impasses.

 

Or tous ces sites visent pour l’essentiel les patients alors que ce qui fait réellement défaut est une plateforme interactive pour médecins.

 

Ce site n’est qu’un site parmi d’autres. Ils se créeront inévitablement et le feront dans une logique d’opportunisme marchand. Ils ne se posent pas de questions d’éthique ou de meilleur soin. Ils proposent moins encore d’agir selon le principe médical de « d’abord ne pas nuire ».

Et c’est bien pour cela que ces sites s’adressent avant tout aux patients.

Le patient cherche une solution à son problème et désire « agir » et cesser de subir. C’est un réflexe de survie psychique. Il ira forcément vers le conseil actif.

Ces conseils seront toujours des conseils d’action dans la mesure où cette attitude nourrit l’objectif commercial du site.

La réponse donnée sera en deçà de ce que l’on peut en attendre, mais jettera de la poudre aux yeux du patient.

 

Les sites commerciaux renverront le patient vers des médecins qui auront payé pour faire partie des « experts ». D’autres médecins qui sont experts (et le sont peut-être plus) ne seront pas cités parce qu’ils ne se seront pas abonnés au site. Parce que cela ne les intéresse pas ou parce qu’ils sont en plein exercice de leur expertise et qu’ils n’éprouvent pas le besoin d’augmenter leur nombre de patients.

 

Grange Blanche le dit très bien, même si le problème de l’adressage ne peut se réduire à cette solution, globalement il suffit d’envoyer le cas qui nécessite une expertise à un assistant des hôpitaux au CHU le plus proche pour toucher « l’expert » du moment.

De plus le deuxième avis sera remboursé.

 

Ces sites mangeront les petits sites moins commerciaux et plus artisanaux grâce à leur réactivité, leur pragmatisme, leur compétence (organisationnelle plus que médicale) en répondant à cet imaginaire en construction d’un « nouveau patient », le patient moderne.

Il s’agit donc de sortir de la figure archaïque du patient docile, celui qui « abandonne » son corps au médecin (parce que le patient n’y comprend rien) pour aller vers un patient éclairé qui choisit selon une offre comme je choisis mon café au supermarché (et cela en toute connaissance de cause !).

 

Il est entendu implicitement que plus c’est cher, plus c’est de qualité.

Il est entendu implicitement que le dernier qui parle a raison, surtout s’il est plus cher.

Quel client serait prêt à imaginer que le  produit  qu’il vient de payer 12 fois plus cher sera de moins bonne qualité et qu’il se sera donc fait avoir en beauté ?

Il est entendu implicitement que le choix se fera un jour en fonction des mutuelles qui auront signé des accords avec les médecins, les groupes hospitaliers, les laboratoires pharmaceutiques et le choix du patient sera illusoire et sérieusement téléguidé par la couleur de la carte bancaire.

 

Au-delà du deuxième avis certains de ces sites proposent d’autres services comme le recueil du dossier médical.

http://www.activdoctors.fr/propos/qui-sommes-nous/

Les mêmes proposent des services aux entreprises de « prévention médicale » visant à réduire l’absentéisme.

Voilà que le patient qui transmet ses données de santé les transmet en quelque sorte à son entreprise. Ce patient est devenu client puis  agent de production  et en tant que tel se retrouve sous surveillance.

À quand le tableau dans le restaurant d’entreprise où seront notés poids, tension, et kilomètres parcourus pour chaque employé ?

Voilà ce que sont ces sites commerciaux et cela « deuxième avis » ne l’est pas. Pas encore.

Il n’est donc que le premier des sites français avec les défauts de sa « francitude ».

Il arbore en drapeau l’émergence de ce nouveau patient responsable et avisé qui veut et sait choisir pour lui-même. Mais ce patient-là est terriblement seul. Existe-t’il d’ailleurs ?

 

Quelle merveilleuse et horrible illusion de vouloir du patient qu’il devienne client.

Ce serait certes plus simple mais totalement contreproductif à l’aune de sa santé.

Peut-on sincèrement imaginer que les patients dans leur ensemble puissent choisir de façon optimale quand on sait que le domaine médical est compliqué.

Quand on sait qu’être impliqué soi-même brouille totalement la compréhension de la situation quel que soit le niveau intellectuel du patient.

 

Le médecin traitant est un médiateur idéal entre ce monde technique et compliqué de l’expertise et l’univers du patient dont il connaît le contexte et la vision du monde.

Avant de pouvoir demander un deuxième avis, il faut pouvoir, le cerner, l’élaborer, le définir.

Ce deuxième avis, quand il est utile, est forcément lié à une situation complexe et un patient lambda dans une situation complexe est bien seul si son médecin traitant ne l’aide pas.

Après il faut trouver !

 

Vivement la plateforme interactive où des médecins échangent leurs avis, leurs questionnements, leur carnet d’adresses…

Dominique Dupagne nourrit un tel projet en Île-de-France.

La mise en place d’un tel site est un travail immense pour que celui-ci soit efficace. Il faut faire le recueil de données et les réactualiser régulièrement. Il faut surtout faire une modération intelligente afin que le site apporte à la fois du contenu et soit bien géré.

 

Un travail pour les nouvelles Unions ?

Pour que les sites commerciaux ne continuent pas à s’engouffrer dans ce vide ?

Idéalement ce serait à l’état de penser le fonctionnement de la médecine. Mais l’état ne comprend pas les enjeux.

L’état perçoit la médecine à partir d’un univers de gens sains qui imaginent la maladie. Et quand un décideur peut enfin se mettre dans la peau du patient, c’est-à-dire quand il est malade, il use de ses privilèges en imaginant que ces privilèges sont accessibles à tous, bercé par le discours institutionnel qu’il fabrique lui-même. Souvenons nous du cancer de Mme Bertinotti.

Ce patient, moderne- citoyen- responsable- sachant, tel que le décideur l’imagine est rarissime. C’est le fruit de l’idéologie d’une pensée dominante qui vise à supprimer le rapport de dissymétrie entre médecin et patient afin de supprimer le pouvoir de l’un sur l’autre.

À la place, il n’y aurait certes plus de dissymétrie, mais il n’y aurait plus rien du tout et le patient reste seul devant son deuxième avis, comme il est seul quand il range son caddie au supermarché.

Le problème n’est pas tant dans la dissymétrie que dans l’état d’esprit du médecin et du patient.

Ce type de plateforme doit à travers son sérieux et son indépendance dépasser de loin l’avantage du recours à une plateforme commerciale afin d’être considéré comme un incontournable.

Cela n’empêchera pas les plateformes commerciales de se créer et d’exister, mais en réduira forcément l’usage.

Si un patient n’a pas de médecin médiateur ces plateformes commerciales ne peuvent que prospérer en donnant l’illusion au patient d’avoir trouvé la meilleure réponse à son problème.

Mais les médecins seraient-ils capables d’accepter ce type de plateforme sans se cacher derrière leur déontologie ?

Comment faire pour citer des experts sans en vexer d’autres, sans un jour pouvoir rayer leur nom de la liste ?

Comment faire pour dépasser cette attitude typiquement française de la génuflexion face à la hiérarchie et aux titres honorifiques. Toutes ces circonvolutions embrouillent la réalité et exigent de tous ces médecins de tenir un discours convenu et institutionnel par loyauté envers ceux qui les flattent.

J’entends déjà toutes les réticences et frilosités que l’on justifiera par l’exception française pendant que des sites américains qui ne se posent pas de questions inondent la toile de leur opportunisme marchand.

 

En tant que patiente je peux me débrouiller toute seule pour trouver un dentiste qui maîtrise la pose des implants. Je peux en cherchant bien et en faisant fonctionner un réseau de relations trouver un bon chirurgien pour mon genou mais c’est déjà difficile.

Je ne peux pas toute seule, sans un bon médiateur, comprendre si tel essai thérapeutique qui m’est proposé est utile pour moi ou pour d’autres patients.

Je serai toujours devant l’indigence d’un discours convenu et répété à l’envi.

Ce discours vers lequel chacun, au moment où il est reconnu par les institutions, se précipite.

Discours qui réduit la médecine à ces quelques propositions à la mode où mon esprit suspicieux n’entend que le projet commercial et idéologique sous-jacent.

Gloire à l’innovation, l’interdisciplinarité, l’essai clinique, la recherche, la technologie de pointe etc…Et haro sur la distance critique qui nuit au rêve commercial et à l’illusion de faire perdurer la grandeur supposée de la « médecine française ».

Mais attention à ne pas renverser le sens, les Français ne doivent pas être conçus comme un cheptel au service de l’industrie médicale et se trouver malades bien malgré eux.

Certes oui, il faut innover, ne pas hésiter à travailler en équipe et faire de la recherche mais ce sont des moyens, des outils, ce ne sont pas des fins en soi.

Surtout ne pas oublier ce qui fait le sens de la médecine : la santé du patient.

 

L’expert souvent hospitalier sera toujours dans la promotion de l’essai thérapeutique ou d’un traitement qui est le sien parce que sa vie professionnelle en dépend et parce qu’il y croit puisqu’il ne fait que ça.

Les propositions de soins seront comme dans les  recommandations. Elles seront faites pour un corps unique de patient médian. Celui que je ne suis pas. C’est d’ailleurs pour cela qu’il me faut un deuxième avis.

Je ne vois qu’un médecin traitant pour m’aider à être lucide et à faire mon choix et ne pas méconnaître le réel, mon réel.

Il peut m’écouter sans ironie et mépris quand je lui demande si réellement la maladie cesse d’évoluer avec un traitement alternatif glané sur Internet. Il peut même me conseiller d’y avoir recours hors « recos » car sa vision du soin est différente.

Sa vision du soin dépasse le seul avis d’expert du moment. Il y ajoute son expérience professionnelle d’ « équilibreur », sa curiosité de non-sachant, sa capacité à penser et soupeser une information scientifique et sa considération de mon cas personnel avec ma vision du monde et ma situation dans mon environnement.

Son seul intérêt va vers le meilleur soin de son patient.

Il n’est pas impliqué ou intéressé dans une histoire de recherches, de publications, ou dans le fonctionnement de son service.

Il m’aide à faire mon choix et à l’intérioriser.

 

 

 

bien-pensance radiophonique

J’écoute la radio.

Des bonnes et des moins bonnes.

Des bien-pensantes avec peu de publicité.

Des moins pensantes avec beaucoup de publicité, surtout quand les bien-pensantes sont en grève.

Mais n’opposons pas les bien-pensantes aux moins pensantes; les bien-pensantes sont parfois bien moins pensantes mais on ne le sait pas…La bien-pensance donne l’illusion de penser et cette illusion me chiffonne.

Parmi les bien-pensantes, la plus puissamment bien pensante est France inter.

France culture pense beaucoup, mais heureusement pas toujours le « bien ».

Sur France-inter, un téléphone sonne se consacre aux vaccins.

http://www.franceinter.fr/emission-le-telephone-sonne-faut-il-avoir-des-doutes-sur-les-vaccins

Consacrer : dédier à Dieu, vouer.

Oui, c’est bien de « consacrer » les vaccins qu’il s’agit.

Les deux invités sont le professeur François Bricaire médecin chef du service des maladies infectieuses de la Pitié Salpêtrière et Michèle Rivasi, députée européenne écologiste (agrégée en sciences naturelles). Plus, bien sûr, Danielle Messager journaliste de Fr inter en charge des questions de santé et Pierre Weill.

J’ai lâché en route.

En gros Michelle Rivasi était la farfelue extrémiste et adepte de la théorie du complot des méchants laboratoires pharmaceutiques qui veulent vendre leur potion et le Pr Bricaire lui, c’était le gentil Schweitzer sauvant l’humanité devant tous ces irresponsables qui ne respectent pas la médecine dans ses œuvres.

L’émission est organisée en dépit du bon sens mais magnifiquement dans les clous de la bien-pensance.

Il faut dire que le petit cheveu sur la langue du Pr Bricaire angélise ses propos alors que l’ « obsession » de Michelle Rivasi concernant les confits d’intérêts nuit à celle-ci.

Y avait-il de la part de Danielle Messager et de Pierre Weill un parti pris ?

Pierre Weill a fini par faire remarquer à Michelle Rivasi que le Pr Bricaire est médecin, lui…

Pourtant c’est bien Pierre Weill, entre autres, qui a invité les orateurs. Cela n’a pas de sens d’inviter des orateurs dont on ne peut accepter une équivalence dans la valeur des propos.

De même qu’inviter le Pr Bricaire dans une émission qui mettrait en doute toute une vie de travail est psychologiquement très maladroit.

Je ne vois pas un journaliste de Fr inter critiquer longuement sa propre émission.

Entendez que ce n’est pas le Pr Bricaire qui est critiqué mais le rôle qu’on veut lui faire tenir et qui ne doit pas être le sien.

Il ne s’agit même pas d’évoquer le conflit d’intérêts. Il me semble logique qu’un chef de service en infectiologie travaille avec des laboratoires, construise des relations de partenariat avec eux et le nez dans le guidon, crispé sur des chiffres, des études, des logiques de pensée, il n’est simplement pas capable d’observer une distance critique car il est à l’intérieur du système.

Pour peu que la pérennité de certains travaux dépende en grande partie de l’argent industriel, la messe est dite. Il ne peut être que reconnaissant !

Comme le patient sauvé par son médecin. Il ne va pas regarder dans le détail. Il ne va pas cracher dans la soupe.

Cette émission fut déséquilibrée. Fr inter aurait du inviter un médecin-« expert » en vaccins qui sache parler d’une balance bénéfices-risques, de ce qui se fait ailleurs, du prix des vaccins, de la pénurie de certains vaccins au bénéfice d’autres, de science et d’épidémiologie. Un « expert » réel et non pas un savant. Un épidémiologiste digne de ce nom. L’expert est celui qui sait tout à un moment donné et le met en perspective avec le reste.

Je m’adresse ici personnellement à Danielle Messager qui à mon sens définit bien le problème.

Critiquer des vaccins revient à critiquer la vaccination en général. Et c’est dommage. Michelle Rivasi le dit aussi.

Mais ce n’est pas la promotion de tous les vaccins qui saura sauver la vaccination.

Il a été dit que dans certains pays ils n’existe pas de vaccination obligatoire et pourtant le taux de vaccination est identique à la France. Il peut exister des citoyens responsables même en France si toutefois ceux-ci bénéficient d’une information honnête et non pas de propagande.

La France en est là. Le citoyen ne fait pas confiance en un état qui lui impose des actes sans toutefois s’assurer de la possibilité de leur exécution. Les vaccins obligatoires sont indisponibles et c’est un scandale tel que le dit Mme Rivasi.

Les journalistes se sont agacés de ce que Michelle Rivasi demande au Pr Bricaire quels sont ses conflits d’intérêts comme si cette question était inappropriée, voire insultante.

Or la question est là. Ce sont les laboratoires pharmaceutiques qui font notre politique de vaccination. La députée européenne peut sans aucun doute observer le lobbying permanent des labos dans les institutions européennes comme dans les institutions gouvernementales.

Il n’est pas possible de parler de médecine en ignorant délibérément la puissance du conflit d’intérêts.

Les laboratoires pharmaceutiques, c’est comme la nature. La nature n’est pas bonne ou mauvaise, elle croît et de se perpétue.

C’est à l’état, le défenseur du citoyen et de ses intérêts de veiller à construire les pare-feux. Et là nous pouvons revenir au sujet de départ : la bien-pensance.

Fr inter, radio d’« état » ou radio publique tient le même discours que le ministère de la santé et se trouve dans le déni de réalité comme au ministère.

Même si on peut ressentir chez Danielle Messager un léger frémissement, un début de doute pour ce qui concerne la réalité du commerce de la santé.

De là à pouvoir regarder avec distance critique nos institutions, il y a un pas.

Une certaine « utopie » ringarde est à l’œuvre.

La science, la recherche sont au service de la santé du citoyen.

Citoyen, met un genou à terre et baisse la tête.

Le Pr Bricaire dira bien que ce n’est pas aux parents de décider pour leurs enfants, c’est au médecin-expert (grâce aux sous des labos) et donc à l’état, conseillé par ce même médecin, de décider. Il dit aussi que le lien d’intérêt n’est pas le problème et que, au contraire, ne pas en avoir empêcherait d’être expert !

L’état sait ce qui est bon pour toi et veut tout prévenir pour supprimer la maladie.

Citoyen, met un genou à terre et baisse la tête.

L’état décide de tes vaccins, de tes traitements, de ta prévention parce que l’état veut la pureté !

La maladie doit être éradiquée ou mieux doit ne pas se développer, être empêchée d’apparaître comme si le corps était « pur » et qu’il était possible de le préserver de toute corruption.

Ce sont de vieux relents de scientisme mâtiné de rêve socialiste d’uniformisation.

Mais ce n’est pas de la médecine et surtout pas de la santé publique.

Quand le Pr Bricaire dit qu’il n’appartient pas aux parents de décider pour les enfants, serait ce donc à l’état de décider ?

L’état, ce parent maladroit avec ses leçons de morale et son regard bienveillant qui masque par ailleurs une faillite de la pensée et une servilité de l’esprit face au commerce et à l’industrie.

Car il s’agit bien pour moi d’une faillite de la pensée. La bien-pensance en soi ne se suffit pas.

Revenons à la radio mais à Fr culture cette fois ci et écoutons. http://www.franceculture.fr/emission-l-economie-en-questions-france-projet-de-loi-santeles-conditions

Brigitte Dormont, économiste de la santé finira son interview par quelques propos vaccinologues qui sont une synthèse de sa pensée. Mme Dormont déplore la mort d’un enfant de la rougeole parce qu’il n’était pas vacciné.

Parler pour un non-médecin de médecine implique d’avoir entendu et écouté des paroles nuancées, scientifiques et critiques.

1 –la médecine se pense autrement qu’en dogmes et en idéologie. Parler d’un sujet médical nécessite que l’on dépasse le stade du réflexe émotionnel.

2- On ne doit ignorer ce qu’implique la collaboration nécessaire entre médecins et industrie. En particulier la collaboration entre les « experts » et l’industrie.

Pour finir l’allusion à l’attitude australienne de suppression des allocations familiales aux familles refusant les vaccins préfigurerait elle de propositions à notre sympathique ministère de la santé ?

Petit aparté, J-Y Nau .

http://jeanyvesnau.com/2015/04/13/vous-refusez-les-obligations-vaccinales-vous-ne-toucherez-plus-les-allocations-familiales/.

signalait qu’il ne serait possible d’échapper à l’obligation vaccinale en Australie que pour des raisons de santé ou des motifs religieux. Bref uniquement pour ceux qui ne peuvent pas, soit choisir, soit penser pour leur corps !

Je crois que je vais courir acheter des actions vaccinologues, car quand tous les libéraux seront salariés et aux ordres des caisses et des mutuelles et non au service de leur patient, le corps des citoyens appartiendra à l’état partenaire des assurances privées.

Car voilà Brigitte Dormont dit aussi que c’est la mort annoncée de la médecine libérale.

Je dis depuis longtemps sur le ton de la plaisanterie à mon généraliste préféré qu’il est en fait fonctionnaire ou assimilé puisque majoritairement il est payé en tiers payant. Mais c’est une plaisanterie qui le crispe et le sujet mérite une vraie réflexion.

La médecine et son exercice présentent une polymorphie immense qui ne peut pas se réduire à cette seule opposition binaire du libéral et du non libéral, de l’hospitalier et du non hospitalier, du généraliste et du spécialiste, de l’allopathe et de l’autro-pathe.

Elle doit se réfléchir à partir du patient en prise avec son corps et aidé par son médecin. Pour cela la relation médecin-patient exige du médecin d’être avant tout au service du meilleur soin de son patient et non aux ordres d’une CPAM ou autre.

En revanche le meilleur soin du patient ne consiste pas en un maximum de soins. Le meilleur soin (pour moi) est le plus discret.

Or c’est tout le contraire qui est proposé. L’emprise mentale de la préoccupation de santé devient de plus en plus prégnante.

Je vous engage à être attentifs aux messages publicitaires de Fr inter qui sont majoritairement des publicités de mutuelles de santé ou d’institutions dédiées à la santé qui vantent des dépistages etc

D’évidence si les institutions gouvernementales réfléchissent la santé à partir d’expertises fausses, de travaux très savants mais monomaniaques qui ne savent se mettre en perspective avec le réel et sont le fruit d’un partenariat avec l’industrie, il sera impossible de réaliser un meilleur soin plus économe car ce n’est pas dans l’intérêt de l’industrie.

Il est urgent d’inventer un corps de médecins experts totalement libres de conflits d’intérêts, totalement; et d’imaginer en particulier pour les généralistes un observatoire à très long terme de la population. L’épidémiologie doit leur être confiée ils sont scientifiques mais leur diversité d’exercice, leur proximité de tout type de patient et leur éloignement des labos leur donne une vue synthétique, nuancée et moins partiale bref la meilleure façon de réfléchir une santé publique.

Sinon pécialement pour Pierre Weill. Ils sont médecins,eux… Il suffit de lire Hippocrate et Pindare, doc du 16, Ask, Luc périno et d’autres…

La crise de la médecine 2.

La médecine coûte cher. D’où le désir de contrôle de nos institutions. Pour beaucoup la polymorphie de l’offre de soin ainsi que le statut de « libéral » signifie entre autre la liberté du médecin. Liberté de prescrire et donc de se régaler au passage. Car être libre signifierait automatiquement en abuser !

Tenter le contrôle se fait par le biais de mise en œuvre de politiques de « management ». Appliquer des recettes apprises dans de grandes écoles, suivre des protocoles d’action…Pour le choix de ce qui doit être mis en oeuvre, l’état a créé des organismes où des experts et des manageurs définissent les besoins, les grandes lignes et les « manageurs » qui connaissent certes le management, mais pas du tout la médecine mettent en œuvre.

Le raisonnement peut paraître juste, grossièrement mais…Le résultat est désastreux.

Les experts sont généralement de grands professeurs qui le nez dans le guidon défendent leur schéma d’une médecine de pointe.

Pour les économies, il faudra repasser ! Et du fait de la crise déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Se greffe là-dessus une idée qui postule que la France a et doit garder le meilleur système de soin au monde.

Mais quel est ce meilleur système ? C’est un système fasciné par ses CHUs, par les machines, par l’hyperspécialisation.

Bref on dira globalement que « le plus = le mieux ». Il est donc difficile de faire coïncider l’idéal d’une médecine pour tous où « le plus = le mieux » si un homme sur deux aura un cancer, ainsi qu’une femme sur trois !

Vu le prix global en oncologie…Faites vos calculs.

Cette idée qui persiste répond à la fois à un idéal socialiste, à un idéal national (la France se définissant en grande part par son « meilleur système de soin ») et à l’obsession du schéma organisationnel des écoles de management.

Cette grande idée directrice devient idéologie. C’est d’autant plus puissant que cette idéologie ne veut que « notre bien ».

Et, comme toute idéologie, elle se manifeste par des postures.

Une pensée unique et une idéologie ne s’accordent pas avec la notion de liberté ou de réflexion. Il n’est pas demandé de réfléchir, il est demandé d’obéir.

Les laissés pour compte, peut-être à dessein, sont les libéraux qui :

-1 ne sont pas des experts du moins selon l’état d’esprit institutionnel,

-2 sont libéraux donc forcément cupides et incontrôlables.

Ce sont surtout les généralistes qui en pâtissent pour lesquels l’outil de travail est principalement le cerveau, chez lesquels définir la nature exacte du travail est immensément variable et compliqué, donc difficilement quantifiable et normalisable par des manageurs.

Le C n’augmente pas, en revanche on veut bien revaloriser certains actes précis et exiger du médecin qu’il scrute longuement son écran en épluchant la nomenclature en réduisant et en éparpillant symboliquement son patient en petites parties de lui-même. Certains actes précis et revalorisés sont ceux que les institutions veulent soutenir selon des critères qui ne sont pas toujours partagés avec les médecins. Bref une façon machiavélique de forcer la main du médecin et de le pousser à ne pas réfléchir.

Comment se fait-il que les institutions et le ministère persistent dans un tel déni ? Un vaccin antigrippal inadapté que l’on persiste à conseiller, des dépistages inutiles présentés comme de la prévention, une tarification à l’acte qui pousse à la consommation, une poussée permanente vers de l’innovation sans base de recherches suffisantes. Tout va trop vite, rien n’est réfléchi.

Le « primum non nocere » est oublié.

Nous sommes dans le déni de voir les changements sociaux, les petites gens qui ne peuvent pas payer de mutuelles, une population migrante qui est en grand besoin, un chômage qui perdure et prépare des retraités désargentés.

Nous sommes dans le déni de voir que faute d’argent nous confions certaines tâches en santé à l’industrie pharmaceutique et médicale et que celles-ci en profitent pour assurer leur continuité. Octobre Rose en est un exemple. Les institutions pour ne pas être en reste ont embrayé à sa suite sans prudence, sans questionnement.

Tout cela relève pour moi d’une posture mémorielle où nos gouvernants excellent. Ah ! C’était si bien avant !

Nos institutions ne sont plus crédibles.

Elles n’arrivent pas à produire de cohérence entre le discours et l’action.

La mise en œuvre de projets institutionnels échoue faute de compétence. Pensons au DMP, à tout ce qui est informatique et institutionnel et qui ne fonctionne pas. Ailleurs l’informatique fonctionne, donc c’est possible !

Elles manipulent et triturent de grands mots tels que « transparence », et « concertation » faisant croire ainsi qu’elles sont à l’écoute. Ce qui est transparent est destiné à éblouir et à masquer ce que l’on ne veut pas dire. Et la concertation est soit la validation d’un travail déjà bouclé en amont soit la reformulation et reprise d’un travail initial mais de façon incomplète et biaisée. Le résultat est un sentiment de trahison.

Les recommandations scientifiques institutionnelles ne sont pas fiables.

Beaucoup sont discutables et posent la question des conflits d’intérêts.

Certaines ne sont que de la gestion d’émotion, de l’affichage et ne reposent pas sur une base scientifique. D’autres visent à ménager une industrie locale ou des intérêts commerciaux… Et parfois le tout à la fois.

Alors !

1-On peut continuer en dépensant beaucoup d’argent. Il faut juste trouver de l’argent donc créer un impôt de plus ou ponctionner ailleurs. Bref trouver des sous car rien n’est trop cher pour notre santé !

C’est ce que j’appelle le « jusqu’auboutisme ».

Mais comme l’argent est difficile à trouver, on peut aussi continuer le déni et laisser la dette aux autres pourvu que pour nous tout aille bien. Mais ce ne sera que partie remise.

2-On peut aussi se poser des questions et se demander si l’état de santé de la population est en adéquation avec l’argent dépensé et ce que l’on veut exactement.

Car le fonds du problème n’est pas tant l’argent mais l’objectif du système de soin. Est ce que l’objectif du système est de travailler un maximum afin de continuer à prospérer, à croître dans la logique économique de ce qui est nommé « croissance ». Dans ce cas comme je l’entendais hier au forum de bioéthique de Strasbourg, il faut juste attendre que la croissance reparte !

Ou est-ce que l’objectif est d’obtenir le « meilleur soin du patient » ?

Les deux peuvent parfois se superposer mais pas toujours !

Exemple : une connaissance raconte une petite fracture de cheville à Cuba. Soins à la Havane. La radio est un vieux modèle (de comme quand elle était petite) mais le médecin lui montre la petite fracture qui apparaît nettement. Elle rentre au pays « du meilleur système de soin au monde » où on ne daigne pas regarder la radio cubaine bien que la patiente insiste, on refait une radio où la fracture n’apparaît pas. S’en suivent donc une IRM, puis un scanneur…Et consécutivement à l’observation d’une fracture, on lui pose un plâtre que le généraliste troque à la demande de la patiente pour une botte à scratch qu’elle peut ôter pour se doucher.

1-Il y a un évident mépris envers les autres (l’autre étant l’autre pays, l’autre étant le privé pour le public, l’autre étant le libéral pour l’hospitalier, l’autre étant le patient pour le médecin et l’on peut décliner à l’infini).

2-Il y a une fascination de la machine, du moderne pour le médecin et en revanche on perdure dans l’archaïque quand il s’agit du confort du patient.

La dépense inutile dans cet exemple est importante et assez systématique, mais ce n’est pas ça le plus important. Le plus important est l’état d’esprit.

Autre exemple : une amie secrétaire médicale dans un service de chirurgie devait assister aux staffs et après quelques réunions a refusé d’y participer.

Pourquoi ?

1-Elle avait du travail par ailleurs, on lui demandait juste d’être présente.

2-Mais son argument principal était de ne plus vouloir assister à l’humiliation et à l’éreintage systématique des internes. Ceux-ci questionnés par ailleurs trouvaient normal d’être humiliés.

Autre exemple : un manageur m’explique que, lors de leurs réunions, ils se désolent de ne trouver les mots pour fabriquer des documents qui expliquent au malade sa maladie et les soins qui vont avec. Je lui dis que le généraliste est sans doute la personne la plus à même d’expliquer au patient. Le manageur me répond que non, car le généraliste n’y comprend rien.

Voilà que l’on tente d’expliquer au patient ce que le spécialiste a appris en x’ années, tout en postulant que le généraliste ne peut pas l’expliquer du fait de ne pas être spécialiste !

C’est clairement une question d’état d’esprit.

Faute d’imagination, d’ouverture d’esprit et de réflexion, le « jusqu’auboutisme » qui est à l’œuvre s’imposera encore. Sauf si…