Il n’est pas possible d’envoyer de « bons baisers d’Auschwitz ».

Nous n’avons pas visité les blocks des pays.

Je ne m’en suis même pas aperçue, occupée que je suis de mes pensées et pressée de finir cette visite difficile.

Nous retournons donc à l’entrée du camp 1 avec nos billets.

Le gardien nous reconnaît et étonné nous demande pourquoi nous sommes de retour.

 

La journée a été longue nous n’irons pas voir tous les blocks.

Chaque pays dont des ressortissants ont été à Auschwitz bénéficie d’un block dont il peut faire un lieu d’exposition selon son désir.

Le block français est bien fait. S’il nous plaît c’est qu’il répond sans doute à ce que nous Français en attendons, à la vision du monde qui est la nôtre.

D’un côté du block nous scrutons la galerie de photos, des photos de déportés dans la vie de tous les jours.

J’ai une pensée pour Manuela, son Cher Léon et tout son travail de mémoire reposant en grande partie sur les photos.

Les jeunes femmes en chapeau souriant au photographe, les enfants endimanchés cheveux sages, rangés et aplatis par la brillantine , les familles très sérieuses parents assis devant et enfants debout derrière savamment positionnés selon leurs tailles, une main sur l’épaule du grand-père.

D’autres photos moins protocolaires, hommes et femmes devant leurs voitures, à vélo, en pique-nique, dans la montagne, à la mer…Heureux, vivants, ensemble…Avant.

De l’autre côté des plaques verticales de marbre blanc pour chaque convoi avec les chiffres et les provenances.

 

Celui de la Russie est illustré de l’imagerie typiquement « soviétique » des libérateurs russes. La première chose que l’on voit en arrivant dans le block est un film qui tourne en boucle à la gloire de l’armée russe avec un fonds sonore de chants patriotiques et de coups de canons. Une œuvre de propagande !

Ailleurs des photos de médecins soviétiques examinant un enfant objet d’expériences pseudo-médicales. Regards souriants et fiers des cinq hommes en blouse blanche face à ce petit être qui, il faut bien le dire, est une fois de plus objet de « l’expérience médicale ».

 

J’étais curieuse de voir celui des roms ou des sintis en sachant que ces cultures ne sont pas dans le même travail de mémoire. La muséographie semble plus décousue et inorganisée, les lieux sont moins « travaillés » que les autres blocks qui ont dépensé des fortunes pour des matières nobles et des équipements techniques sophistiqués.

Dans le block hongrois il est surtout fait référence aux tortionnaires.

Le nom et les photos de généraux nazis organisant la déportation chapeautent chiffres et photos de ceux qui ont été déportés.

C’est une mémoire dont la pensée va vers les coupables.

Une part importante de l’exposition est consacrée au régime antisémite de Miklos Horthy.

Le mémorial organisé par Yad Vashem présente au rez de chaussée des films et des images de juifs d’Europe dans la vie d’avant guerre, pays après pays.

J’y vois la photo de Kafka, Freud et d’autres.

À l’étage, sur des écrans alignés au plafond, le mémorial a choisi de diffuser les extraits des discours nazis les plus explicites où il est question de solution finale.

Chaque écran propose le même extrait de film avec des traductions en langues différentes.

 

Nous ne croisons presque personne dans ces blocks.

 

C’est quand même dingue de penser que les villes allemandes (80%) et leurs populations ont été bombardées, quasiment rayées de la carte, comme Mannheim, Dresde, Hambourg, Cologne et d’autres et pas une bombe n’est tombée sur Auschwitz et ses voies de chemin de fer.

 

C’est fini. La visite est finie. Je ne voulais pas venir craignant un trop plein d’émotions et refusant une forme de voyeurisme, une certaine désinvolture liée à la condition de touriste.

Il ne se vend pas de carte postale ici, il n’est pas possible d’envoyer de « bons baisers d’Auschwitz ».

 

J’ai été agréablement surprise par le comportement du public. Toutes les personnes que nous croisions, quelle que soit leur tenue vestimentaire, leur âge, leur provenance ou leur confession étaient calmes, attentives et respectueuses.

Si j’étais professeur, je ferais ce voyage avec mes élèves. Plus le temps passe, plus les traces s’émoussent et disparaissent.

Quand les derniers témoins seront morts nous aurons encore les images et les voix. Heureusement. Mais l’histoire rangera ces événements dans un passé de plus en plus lointain. Ce sera un chapitre dans un livre, une partie du roman national, un événement qu’on pourra ranger dans un espace de temps et de lieu comme s’il était possible de le désolidariser de son contexte, comme s’il n’était qu’un accident de l’histoire.

Nous ne nous sentirons plus concernés, j’en ai peur.

.

 

Birkenau

Savez vous que « Buchenwald » veut dire forêt de hêtres ?

Buchenwald a été nommé ainsi pour ne pas le nommer de son vrai nom « Ettersberg » trop associé à la culture allemande.

Goethe aimait y méditer.

 

Ici c’est le bouleau : die Birke.

Une immense plaine marécageuse recouverte d’une forêt de bouleaux.

C’est donc dans cette grande étendue que nous déambulons en entrant par l’édifice que tout le monde connait. Une tour-mirador de brique rouge avec une ouverture arquée en son milieu où passent les rails du train, flanquée des deux côtés d’immeubles d’égale longueur.

L’endroit est immense.

Au camp 1 nous sommes comme dans le quartier d’une ville parce que les maisons sont rapprochées les unes des autres, parce que le regard bute sur des immeubles de deux étages.

Ici c’est l’étendue qui s’impose. Une plaine avec un ciel immense.

Les arbres ne sont plus là, ils sont repoussés à la limite du camp.

Uniquement des baraques, strictement parallèles les unes aux autres. Les rails fendent tout droit le camp, les quais sont larges en réservant une forme d’esplanade. Tout est construit en fonction des trains.

Grossièrement Auschwitz 1 serait plus un camp de concentration quand Birkenau serait dédié à l’extermination, même si en réalité les fonctions se sont mélangées.

Au bout du camp gisent les blocs de béton des fours crématoires sabordés par les nazis en déroute.

L’endroit est si vaste, si ample, comme rempli et avalé par l’espace qu’il en résulte une impression de petitesse, de fragilité où rien ne protège du vent, de la pluie, de la neige, ni même du soleil.

Les limites de l’espace sont les tours des fours crématoires et la forêt de bouleaux au loin.

Il ne reste plus beaucoup de baraques, mais il subsiste beaucoup de cheminées. L’ironie veut que ces cheminées n’aient pas servi. Pour cela les déportés auraient du couper du bois, avoir des outils et la force nécessaire pour s’en servir.

J’imagine une fois de plus le raisonnement des nazis. Si les déportés ont froid, qu’ils se réchauffent en cherchant du bois, les cheminées sont là.

De même que les déportés peuvent être propres. Il y a des porte- savons dans les sanitaires comme si l’existence du porte savon impliquait la présence et l’usage du savon.

Le porte-savon a été l’objet de beaucoup de commentaires dans le groupe.

Chacun a son explication et moi il me reste l’idée qu’un représentant de commerce habile a réussi à vendre ses céramiques porte-savons en graissant la patte du nazi qui a fait construire le camp. Idem pour la construction des cheminées.

Cela permettait en outre un sentiment de bonne conscience, une illusion de construire un endroit digne de loger des êtres humains.

Peut-être.

 

Nous nous arrêtons devant le mémorial et…

J’ai toujours un problème avec ces monuments. Jamais beaux, jamais suffisamment parlants, inscrits dans leur époque ils ne traversent pas le temps. Ils finissent par perdre leur sens si toutefois un jour ils l’avaient eu.

Le lieu parle en soi.

Je repense au choix compliqué d’un mémorial à la vue de la rampe d’accès de la chambre à gaz.

Les déportés descendent et entrent sous terre dans un long vestiaire, puis dans la chambre à gaz. Les corps sont montés juste au dessus pour être incinérés dans le four.

J’ai enfin compris le sens de ce monument proposé (et refusé) en mémoire de la shoah à Berlin : Une grande roue de fête foraine (la fête nazie) qui tourne et s’enfonce dans la terre.

 

Les camions qui passent…

 

Les camions qui passent, la foule nombreuse et bigarrée allègent le poids symbolique du camp.

C’est rassurant pour moi d’entendre les grincements des freins de camion. Bien plus que d’entendre le silence du vide.

Je crois même que je m’y accroche un peu.

Est ce que les chauffeurs des camions savent à côté de quel lieu ils passent ? Comment pensent-ils la présence de ce lieu et les habitants d’Oswiecim comment vivent-ils le voisinage du camp?

Nous déambulons entre les blocks en croisant de temps à autres de petits abris anti-aériens destinés à protéger les gardiens du camp.

Il n’a jamais été bombardé, les abris ont été inutiles.

Sur la place d’appel, une petite guérite en bois abritait le gardien du froid et de la pluie pendant les longues séances d’appel. Ces objets destinés au confort des gardiens me paraissent totalement incongrus.

Je ne cesse de me demander dans quel état d’esprit peut se trouver un soldat dans un petit édicule à l’abri du froid face à une foule de personnes affamées, grelottantes, quasi nues !

Je sais que la réflexion est bête…au vu du reste… à quelques mètres du mur d’exécution, et de la chambre à gaz.

Mais cette pensée ne lâche pas.

Les nazis seraient donc des personnes sensibles et fragiles !

Ils écrivent peut-être dans leurs lettres aux parents, à leurs épouses ou fiancées qu’il fait atrocement froid dans leurs guérites en bois et leurs familles se désolent de leur inconfort!

Leurs casquettes, leurs manteaux, leurs gants, leurs cravaches, leurs bottes… Leur attitude en général témoigne d’une sorte de raideur de robot qui les mécanise et les désincarne de sorte que mon imaginaire semble refuser qu’ils puissent avoir le souci de leur bien-être.

C’est à la fois ridicule et pitoyable.

 

Le monsieur à la kippa demande à la guide pour quelle raison ni Auschwitz, ni le chemin de fer menant à Auschwitz n’ont jamais été bombardé.

Je ressens dans son regard une rage désespérée.

La guide répond comme il est d’usage de répondre.

« On voulait sans doute ne pas bombarder les déportés. »

Face à l’inanité de sa propre réponse elle finit par hausser les épaules.

 

Nous allons dans la chambre à gaz.

J’ai marché dans ce cube de béton où des milliers de personnes ont vécu la terreur et sont mortes sans comprendre pourquoi.

Les lieux sont vides à présent et silencieux.

Nous allons sortir du camp et dans un instant de panique je crains de ne pas en trouver la sortie. Elle se cache derrière un tournant, comme si l’endroit pour sortir du camp n’avait pas été pensé.

Nous devons passer un portique métallique qui, ironique et cruel, refuse de céder à ma poussée.

 

La visite guidée comporte celle d’Auschwitz1 plus Auschwitz-Birkenau.

Le camp « primitif » d’Auschwitz existait déjà avant guerre en banlieue d’Auschwitz (Oswiecim en Polonais). Il fut considérablement agrandi avec Birkenau et Monowitz. Il ne reste rien de Monowitz.

En revanche Birkenau est resté un lieu de visite à deux kilomètres approximativement du camp1. Une navette nous emporte avec le reste de notre groupe vers Birkenau.

 

 

Nous ne sommes pas dans un monde parallèle…

Être à Auschwitz c’est confronter son imaginaire à d’autres imaginaires, rencontrer une vérité que l’on pense universelle mais savoir aussi que cette vérité restera toujours à géométrie variable.

Auschwitz représente pour moi avant toute chose la shoah.

Mais au moment de la visite des cellules dans le block du tribunal, il m’apparaît clairement que cette visite est autre chose pour beaucoup de Polonais.

L’une des cellules est celle de Maximilien Kolbe un prêtre polonais canonisé par Jean-Paul II.

Il représente le martyre de la Pologne sous l’occupation nazie. Faire de lui un résistant politique serait abusif.

Il ne s’agit pas de cela.

Kolbe prisonnier à Auschwitz parce qu’il refuse de renier le Christ s’est proposé pour mourir à la place d’un autre détenu père de famille nombreuse.

Ce père de famille nombreuse a été emprisonné pour avoir aidé des juifs.

Maximilien Kolbe endosse en sa qualité de martyr, la souffrance de la Pologne. Une Pologne venant au secours des juifs.

La lecture de cet événement peut se faire de plusieurs façons.

Le martyre de Kolbe peut être pris au premier degré. Il a choisi de mourir à la place d’un père de famille. Point barre.

Il peut aussi représenter une Pologne catholique et juive restant unie et solidaire sous l’occupation.

Mais son martyre peut être celui d’une Pologne qui a en quelque sorte « subi » le nazisme du fait de sa philosémie ou mieux du fait de la présence de juifs sur le sol polonais.

Et cette vision du monde ferait rejaillir sur les juifs la responsabilité du drame de la Pologne.

Le prêtre a une personnalité très forte, un engagement catholique pour le culte marial très volontaire et une réelle détermination à faire entrer tout non catholique dans le droit chemin par le biais de la conversion. On dit de lui qu’il est antisémite tant il hait les francs-maçons et les communistes qui seraient tous juifs selon lui.

Finalement c’est un antisémite par tradition catholique, dans une certaine mesure comme Martin Luther.

Non pas que le juif à l’instar de l’idéologie nazie doive disparaître. Mais en revanche, d’évidence, le juif n’est pas dans la vraie foi et est considéré d’autant plus sacrilège qu’il refuse la révélation du Christ vivant.

Il faut donc qu’il se convertisse afin de reconnaître ce qui étymologiquement s’impose dans le christianisme : la figure centrale du Christ.

Et cette conversion là est pour Kolbe la plus belle conversion, la plus aboutie, la plus complète, celle qui tend vers la réalisation de l’universalisme catholique.

Le sacrifice de Maximilien Kolbe est donc d’autant plus remarquable que la cause juive n’est vraiment pas la sienne !

 

Et pourtant dans les faits, Maximilien Kolbe aide et soutient en ces temps difficiles tous les hommes quelle que soit leur confession.

Il y a un immense écart entre le monde de la pensée de Maximilien Kolbe et sa vie.

L’Homme n’est jamais à court de paradoxes !

Il suffit de repenser à l’antisémitisme de Martin Heidegger et son amour pour Hannah Arendt. De même que Hannah Arendt a continué à soutenir Heidegger.

 

Que dire…Sinon que le pape est venu à Auschwitz commémorer devant 500.000 fidèles le souvenir de Maximilien Kolbe, figure emblématique de la Pologne.

Un autel était posé sur le quai d’Auschwitz-Birkenau et une grande croix avec une couronne d’épines christianisait les lieux.

Mais le pape a « oublié » de parler des juifs.

 

Rappelons quelques proportions qui n’ôtent rien à la tragédie polonaise : 90% des morts à Auschwitz sont juives.

 

Je déambule dans le block du tribunal toute entière à mes réflexions puis nous sortons voir le mur des exécutions. Quelques fleurs gisent au sol.

Derrière le mur sur une grande voie de circulation on voit le haut des camions qui défile et on les entend grincer et souffler quand ils freinent.

Nous ne sommes pas dans un monde parallèle, Auschwitz c’était ici , dans le monde.

 

Il est l’heure. Auschwitz 2

La foule de visiteurs se masse pour passer sous le portique.

Nous entrons dans l’entonnoir.

Les gardiens polonais impassibles gèrent le flux.

Il y a un quelque chose dans cette gestion de masse qui me rappelle inévitablement le fonctionnement de ce lieu.

Une fois passé le portique, le retour n’est plus possible.

Le groupe de visiteurs français est muni d’audio-guides bleus.

La guide polonaise se présente. Elle est professeur de collège en congé de maternité.

Nous sommes une bonne dizaine. Deux jeunes filles, un homme d’âge mûr muni d’un gros appareil photo, deux femmes dans la cinquantaine avec un homme, un couple plus âgé dont le monsieur se couvre d’une kippa en même temps qu’il s’équipe de l’audio-guide.

De petites étoiles de papier argenté forment une frise sur sa kippa. Elles brillent au soleil.

De jeunes retardataires nous rattraperont par la suite.

Le monsieur à la kippa se rapproche de la guide. Ou serait-ce l’inverse ?

Notre petit groupe est devant le camp et nous allons passer sous le fameux portail « Arbeit macht frei ».

Oserais je ? Ce portail en fer forgé avec une belle courbe en son milieu, la barrière avec le petit panneau un peu rouillé où il est écrit « HALT », les barbelés accrochés aux piliers de béton recourbés dans leur partie haute, les fixations électriques en porcelaine blanche et les alignements de lampadaires ronds en tôle ont maintenant un petit côté désuet, une allure de décor de cinéma, un style « usine » qui revient à la mode.

C’est une impression terrible que de percevoir ces lieux comme un décor.

Les immeubles, rectangles de brique rouge, alignés régulièrement les uns à côté des autres, rappellent les cités minières du nord. Chaque immeuble est numéroté et appelé « block » comme dans ma cité quand j’étais petite !

De jeunes arbres ont été plantés. Y avait il des arbres au camp d’ Auschwitz ? Y avait il ces trottoirs et ces pavés ? En scrutant les photos d’époque je vois quelques arbres mais le sol est nu. Les déportés devaient patauger dans la boue quand il pleuvait.

Trouvaient ils du réconfort sous les arbres, au contact d’un peu de nature ?

 

Un block est destiné à témoigner des conditions d’existence des détenus. Les sanitaires sont égayés de dessins tendres et naïfs peints par un déporté. Une goutte de douceur qui semble impossible dans un tel océan de brutalité.

Dans le couloir je regarde les alignements de photos des premiers déportés polonais ainsi que leurs dates : naissance, arrivée dans le camp et décès. La moyenne de vie dans le camp est de deux ou trois mois guère plus.

Dans un autre block derrière toute sa longueur vitrée le musée expose des cheveux. Ils sont désormais tous de la même couleur, semblent de la même texture.

L’une des jeunes filles est très tendue, le monsieur à la kippa s’éloigne du groupe de temps à autre.

Je passe au large de la vitrine de vêtements d’enfants.

 

Les vitrines.

Cheveux, lunettes, brosses et peignes, casseroles, valises, boîtes, chaussures…

J’imagine le travail de tri.

Rationalisation, tri, rangement, un travail mécanique et répétitif produisant une sorte d’absence à soi-même, d’hébétude où l’objet du tri est détaché de sa fonction première et surtout de son propriétaire.

Il ne sera plus qu’un objet identique à l’autre dont la seule fonction sera de contribuer à faire « un tas ».

Seulement faire « des tas » d’objets identiques et surtout ne penser à rien.

J’imagine le déporté hésitant devant les « tas », ne sachant pas où poser un objet non classé, non répertorié, affolé par la crainte d’être puni.

J’imagine le nazi imbu de sa fonction, apposant des tampons, faisant des circulaires administratives de ce que l’on met dans les tas.

Le tas des brosses :-brosses à cheveux, brosses à dents, brosses à vêtements, brosses à chaussures, brosses à récurer, blaireaux, brosses à ongles, brosse à reluire.

Va-t-il y mettre les peignes ? Le peigne est il une brosse ?

Je me surprends à penser que ces vitrines en d’autres lieux seraient des objets d’art.

Ici elles n’ont pas de noms. La façon de les nommer est toujours en deçà de la réalité qu’elles représentent.

Et après en pensée je vois encore des « tas ». Mais cette fois-ci des tas de corps.

Des tas de corps, décharnés, disloqués, enchevêtrés. Leurs noms sont perdus, disparus avec les cheveux, les barbes, les vêtements, l’odeur du parfum, la chair.

Dans une vitrine des prothèses en tous genres, des béquilles, des mains et des jambes de bois, des corsets.

On dit que ces objets étaient envoyés dans les villes et les campagnes allemandes pour dépanner les nécessiteux. Les cheveux servaient à fabriquer du tissu…Les châles de prière servaient comme draps.

Mais ces gens qui étaient bénéficiaires de ces objets…Se demandaient ils d’où ils provenaient ?

Nous entrons dans le block du tribunal.

 

Est ce beaucoup de bruit pour rien ? Au sujet de 2e avis

 

 

Il existe désormais un site français « 2e avis ».

https://www.deuxiemeavis.fr/

Un truc de fou où en échange de 295 euros, soit le montant d’une douzaine de consultations en secteur 1, le patient a l’immense privilège d’obtenir un avis médical non remboursé sans avoir vu de médecin.

 

Serait-ce une critique facile et de mauvaise foi ?

Le site n’est pas fait dans un esprit de lucre.

C’est fait pour rendre service, pour combler un vide, pour trouver l’expert qu’il nous faut.

Serais-je de mauvaise foi en disant qu’il ne m’est pas utile de savoir que le premier membre du « conseil scientifique » (sans doute le chef) est titulaire de la légion d’honneur et de l’ordre national du mérite ?

Serais-je de mauvaise foi si je me demandais comment on fait pour « lutter » contre la perte de chance, objectif déclaré de ce site, en demandant 295 euros non remboursés ?

 

J’ai trouvé d’autres sites, dont un site suisse.

http://fr.leading-medicine-guide.ch/Deuxieme-avis-medical

Il propose gratuitement des noms de médecins « experts » pour des patients en quête d’autres avis pour la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche.

Le nom de ces médecins est gratuit, et le deuxième avis est éventuellement remboursé par leur sécurité sociale ou des assurances.

Les médecins sont cooptés par d’autres qui les jugent experts en leurs domaines respectifs.

Aucune mention de titres honorifiques. On ne fait pas l’étalage de multiples fonctions dans des instances officielles.

Seules les compétences médicales compteraient.

 

Que ces sites soient commerciaux ne fait aucun doute.

Mais ils n’éprouvent pas le besoin de se justifier. Justifier à partir d’une histoire personnelle pourquoi ce site fut créé…Tenter de persuader que malgré les apparences « deuxième avis » n’est pas cher.

Et du coup se retrouver avec les ricanements de certains, dont les miens.

Car « deuxième avis » est dans cet irréductible écart de la reproduction d’une posture institutionnelle d’une « santé pour tous »  sans « pertes de chances » blablabla et d’une démarche commerciale qui ne s’assume pas.

En plein dans le mille du paradoxe institutionnel qui réussit à commercialiser une médecine qu’elle dit vouloir gratuite, de « pointe » et pour tout le monde.

 

Bon, personne ne m’oblige à donner mon numéro de carte bleue et à passer du statut dit « passif » de patient à celui dit « actif » de client, n’est-ce pas.

Il me suffit de consulter le confrère indiqué par mon généraliste et celui-ci est remboursé par la sécurité sociale.

 

Mais est-ce aussi simple ?

 

J’ai lu Grange Blanche avec délices et celui-ci relève le problème essentiel.

À partir de grange blanche     (et les billets suivants)

doc du 16    en parlait déjà. C’est l’adressage.

 

C’est un problème d’adressage, bien plus que de deuxième avis.

Trouver le confrère compétent pour répondre aux problèmes des patients est une gageure. Patients et médecins sont dans des impasses.

 

Or tous ces sites visent pour l’essentiel les patients alors que ce qui fait réellement défaut est une plateforme interactive pour médecins.

 

Ce site n’est qu’un site parmi d’autres. Ils se créeront inévitablement et le feront dans une logique d’opportunisme marchand. Ils ne se posent pas de questions d’éthique ou de meilleur soin. Ils proposent moins encore d’agir selon le principe médical de « d’abord ne pas nuire ».

Et c’est bien pour cela que ces sites s’adressent avant tout aux patients.

Le patient cherche une solution à son problème et désire « agir » et cesser de subir. C’est un réflexe de survie psychique. Il ira forcément vers le conseil actif.

Ces conseils seront toujours des conseils d’action dans la mesure où cette attitude nourrit l’objectif commercial du site.

La réponse donnée sera en deçà de ce que l’on peut en attendre, mais jettera de la poudre aux yeux du patient.

 

Les sites commerciaux renverront le patient vers des médecins qui auront payé pour faire partie des « experts ». D’autres médecins qui sont experts (et le sont peut-être plus) ne seront pas cités parce qu’ils ne se seront pas abonnés au site. Parce que cela ne les intéresse pas ou parce qu’ils sont en plein exercice de leur expertise et qu’ils n’éprouvent pas le besoin d’augmenter leur nombre de patients.

 

Grange Blanche le dit très bien, même si le problème de l’adressage ne peut se réduire à cette solution, globalement il suffit d’envoyer le cas qui nécessite une expertise à un assistant des hôpitaux au CHU le plus proche pour toucher « l’expert » du moment.

De plus le deuxième avis sera remboursé.

 

Ces sites mangeront les petits sites moins commerciaux et plus artisanaux grâce à leur réactivité, leur pragmatisme, leur compétence (organisationnelle plus que médicale) en répondant à cet imaginaire en construction d’un « nouveau patient », le patient moderne.

Il s’agit donc de sortir de la figure archaïque du patient docile, celui qui « abandonne » son corps au médecin (parce que le patient n’y comprend rien) pour aller vers un patient éclairé qui choisit selon une offre comme je choisis mon café au supermarché (et cela en toute connaissance de cause !).

 

Il est entendu implicitement que plus c’est cher, plus c’est de qualité.

Il est entendu implicitement que le dernier qui parle a raison, surtout s’il est plus cher.

Quel client serait prêt à imaginer que le  produit  qu’il vient de payer 12 fois plus cher sera de moins bonne qualité et qu’il se sera donc fait avoir en beauté ?

Il est entendu implicitement que le choix se fera un jour en fonction des mutuelles qui auront signé des accords avec les médecins, les groupes hospitaliers, les laboratoires pharmaceutiques et le choix du patient sera illusoire et sérieusement téléguidé par la couleur de la carte bancaire.

 

Au-delà du deuxième avis certains de ces sites proposent d’autres services comme le recueil du dossier médical.

http://www.activdoctors.fr/propos/qui-sommes-nous/

Les mêmes proposent des services aux entreprises de « prévention médicale » visant à réduire l’absentéisme.

Voilà que le patient qui transmet ses données de santé les transmet en quelque sorte à son entreprise. Ce patient est devenu client puis  agent de production  et en tant que tel se retrouve sous surveillance.

À quand le tableau dans le restaurant d’entreprise où seront notés poids, tension, et kilomètres parcourus pour chaque employé ?

Voilà ce que sont ces sites commerciaux et cela « deuxième avis » ne l’est pas. Pas encore.

Il n’est donc que le premier des sites français avec les défauts de sa « francitude ».

Il arbore en drapeau l’émergence de ce nouveau patient responsable et avisé qui veut et sait choisir pour lui-même. Mais ce patient-là est terriblement seul. Existe-t’il d’ailleurs ?

 

Quelle merveilleuse et horrible illusion de vouloir du patient qu’il devienne client.

Ce serait certes plus simple mais totalement contreproductif à l’aune de sa santé.

Peut-on sincèrement imaginer que les patients dans leur ensemble puissent choisir de façon optimale quand on sait que le domaine médical est compliqué.

Quand on sait qu’être impliqué soi-même brouille totalement la compréhension de la situation quel que soit le niveau intellectuel du patient.

 

Le médecin traitant est un médiateur idéal entre ce monde technique et compliqué de l’expertise et l’univers du patient dont il connaît le contexte et la vision du monde.

Avant de pouvoir demander un deuxième avis, il faut pouvoir, le cerner, l’élaborer, le définir.

Ce deuxième avis, quand il est utile, est forcément lié à une situation complexe et un patient lambda dans une situation complexe est bien seul si son médecin traitant ne l’aide pas.

Après il faut trouver !

 

Vivement la plateforme interactive où des médecins échangent leurs avis, leurs questionnements, leur carnet d’adresses…

Dominique Dupagne nourrit un tel projet en Île-de-France.

La mise en place d’un tel site est un travail immense pour que celui-ci soit efficace. Il faut faire le recueil de données et les réactualiser régulièrement. Il faut surtout faire une modération intelligente afin que le site apporte à la fois du contenu et soit bien géré.

 

Un travail pour les nouvelles Unions ?

Pour que les sites commerciaux ne continuent pas à s’engouffrer dans ce vide ?

Idéalement ce serait à l’état de penser le fonctionnement de la médecine. Mais l’état ne comprend pas les enjeux.

L’état perçoit la médecine à partir d’un univers de gens sains qui imaginent la maladie. Et quand un décideur peut enfin se mettre dans la peau du patient, c’est-à-dire quand il est malade, il use de ses privilèges en imaginant que ces privilèges sont accessibles à tous, bercé par le discours institutionnel qu’il fabrique lui-même. Souvenons nous du cancer de Mme Bertinotti.

Ce patient, moderne- citoyen- responsable- sachant, tel que le décideur l’imagine est rarissime. C’est le fruit de l’idéologie d’une pensée dominante qui vise à supprimer le rapport de dissymétrie entre médecin et patient afin de supprimer le pouvoir de l’un sur l’autre.

À la place, il n’y aurait certes plus de dissymétrie, mais il n’y aurait plus rien du tout et le patient reste seul devant son deuxième avis, comme il est seul quand il range son caddie au supermarché.

Le problème n’est pas tant dans la dissymétrie que dans l’état d’esprit du médecin et du patient.

Ce type de plateforme doit à travers son sérieux et son indépendance dépasser de loin l’avantage du recours à une plateforme commerciale afin d’être considéré comme un incontournable.

Cela n’empêchera pas les plateformes commerciales de se créer et d’exister, mais en réduira forcément l’usage.

Si un patient n’a pas de médecin médiateur ces plateformes commerciales ne peuvent que prospérer en donnant l’illusion au patient d’avoir trouvé la meilleure réponse à son problème.

Mais les médecins seraient-ils capables d’accepter ce type de plateforme sans se cacher derrière leur déontologie ?

Comment faire pour citer des experts sans en vexer d’autres, sans un jour pouvoir rayer leur nom de la liste ?

Comment faire pour dépasser cette attitude typiquement française de la génuflexion face à la hiérarchie et aux titres honorifiques. Toutes ces circonvolutions embrouillent la réalité et exigent de tous ces médecins de tenir un discours convenu et institutionnel par loyauté envers ceux qui les flattent.

J’entends déjà toutes les réticences et frilosités que l’on justifiera par l’exception française pendant que des sites américains qui ne se posent pas de questions inondent la toile de leur opportunisme marchand.

 

En tant que patiente je peux me débrouiller toute seule pour trouver un dentiste qui maîtrise la pose des implants. Je peux en cherchant bien et en faisant fonctionner un réseau de relations trouver un bon chirurgien pour mon genou mais c’est déjà difficile.

Je ne peux pas toute seule, sans un bon médiateur, comprendre si tel essai thérapeutique qui m’est proposé est utile pour moi ou pour d’autres patients.

Je serai toujours devant l’indigence d’un discours convenu et répété à l’envi.

Ce discours vers lequel chacun, au moment où il est reconnu par les institutions, se précipite.

Discours qui réduit la médecine à ces quelques propositions à la mode où mon esprit suspicieux n’entend que le projet commercial et idéologique sous-jacent.

Gloire à l’innovation, l’interdisciplinarité, l’essai clinique, la recherche, la technologie de pointe etc…Et haro sur la distance critique qui nuit au rêve commercial et à l’illusion de faire perdurer la grandeur supposée de la « médecine française ».

Mais attention à ne pas renverser le sens, les Français ne doivent pas être conçus comme un cheptel au service de l’industrie médicale et se trouver malades bien malgré eux.

Certes oui, il faut innover, ne pas hésiter à travailler en équipe et faire de la recherche mais ce sont des moyens, des outils, ce ne sont pas des fins en soi.

Surtout ne pas oublier ce qui fait le sens de la médecine : la santé du patient.

 

L’expert souvent hospitalier sera toujours dans la promotion de l’essai thérapeutique ou d’un traitement qui est le sien parce que sa vie professionnelle en dépend et parce qu’il y croit puisqu’il ne fait que ça.

Les propositions de soins seront comme dans les  recommandations. Elles seront faites pour un corps unique de patient médian. Celui que je ne suis pas. C’est d’ailleurs pour cela qu’il me faut un deuxième avis.

Je ne vois qu’un médecin traitant pour m’aider à être lucide et à faire mon choix et ne pas méconnaître le réel, mon réel.

Il peut m’écouter sans ironie et mépris quand je lui demande si réellement la maladie cesse d’évoluer avec un traitement alternatif glané sur Internet. Il peut même me conseiller d’y avoir recours hors « recos » car sa vision du soin est différente.

Sa vision du soin dépasse le seul avis d’expert du moment. Il y ajoute son expérience professionnelle d’ « équilibreur », sa curiosité de non-sachant, sa capacité à penser et soupeser une information scientifique et sa considération de mon cas personnel avec ma vision du monde et ma situation dans mon environnement.

Son seul intérêt va vers le meilleur soin de son patient.

Il n’est pas impliqué ou intéressé dans une histoire de recherches, de publications, ou dans le fonctionnement de son service.

Il m’aide à faire mon choix et à l’intérioriser.

 

 

 

Air France et les douze travaux de Martine…

La Grèce, ses temples, ses dieux, ses héros…

J’y suis en vacances avec mon mari.

Mon beauf moins bête que moi a pris un vol pour deux personnes Baden Thessalonique direct pour 343 euros en low cost.

Et moi, ben moi, j’ai pris Strasbourg Athènes pour deux via Roissy pour 963 euros.

Soyons honnêtes, la première nuit d’hôtel est comprise et tous les super services d’Air France avec.

En fait de services, c’était un repas disons une collation un peu étonnante avec une pâte chaude et fromagée dans une poche scellée en alu et des choses multicolores dans des boîtes en plastique.

Et, c’était surtout un délicat petit SMS envoyé direct sur le téléphone portable de mon mari devant le tapis tournant de l’aéroport d’Athènes qui lui signale que ma valise est introuvable.

On attend un peu, des fois que !

Dix minutes plus tard le tapis tourne toujours, désespérément vide. Ma valise est perdue. Il est inutile d’insister.

C’est écrit dans le SMS : on ne sait pas où se trouve ma valise avec mes slips, mon pyjama, mon maillot de bain, mes sandales toutes neuves.

Mais, je suis confiante Air France s’en occupe, il me suffit d’activer le lien transmis sur le téléphone de mon mari.

Au Pirée le soir.

Activons ce fuck… lien, spécifiquement créé pour ma valise à moi.

1-Taper le numéro de mon bagage.     je tape

2-Taper la ville de départ.     je tape

3-Taper la ville de destination.     je tape aussi,

Et le numéro du vol. Là rien ne va plus : -vol inexistant.

Heraklès n’a pas essayé aussi souvent que moi avec toutes les versions.

Sans espaces, avec majuscules, sans majuscules, sans mettre les lettres et tout cela plusieurs fois. L’hydre de lerne.

Je reste bloquée sur la page qui hiératique me signale que mon dossier sera pris en compte quand j’aurais mis mon numéro de vol !

Mais voilà, mon vol est inexistant.

Adieu, robes, culottes, bas et dentelles disparus dans le vide sidéral du numérique d’Air France.

Bon c’est pas tout ça mais, il est 20h30 et demain c’est le 1 er mai. Il faut rapidement acheter slips et chaussettes.

Moi je me dis qu’en Grèce il fait chaud. Il me faut un maillot de bains. Dans une ruelle près du métro un petit magasin de sous vêtements féminins est ouvert. Une gentille dame très empressée nous accueille et assiste perplexe à mes explications compliquées en franglais.

I need un maillot de bains qui monte very on the top, couvre a lot, n’a pas de coques bizarres vu que…, le geste accompagnant mon charabia, vu que voilà je n’ai qu’un sein et du tranchant d’une main je mime le geste du coupeur quand de l’autre je lève le pouce pour signifier : 1. Je n’en ai qu’un, pas deux, un.

La grand-mère vient à la rescousse. Elles ont compris les malignes qu’il me faut des bretelles réglables. Normal qu’elles comprennent, c’est le pays des amazones !

Mon mari est de bonne volonté et veut aider. Tout le monde s’y met. Je repars avec des slips, un maillot, un pyjama et à côté j’achète les ticheurtes et les chaussettes.

Au Pirée, le lendemain.

Je téléphone à Air France, en France, au service des bagages perdus. Une voix douce et féminine mais, avec un net accent étranger me répond que oui, ben oui, ma valise bleue avec mon nom et mon étiquette et donc mon numéro de portable sont à l’aéroport d’Athènes. Elle le sait, c’est écrit chez elle sur son ordinateur.

Génial, ma valise est là.

J’entends bien que l’essentiel pour elle est que j’active mon fuck…lien car sinon impossible d’ouvrir un dossier.

Bref j’explique, pour ceux qui ne comprennent pas, que ma valise signalée comme perdue par Air-France n’est pas reconnue comme perdue par Air France bien que signalée comme perdue par Air France tant que je n’ai pas ouvert de dossier avec mon numéro de vol inexistant !

Elle est gentille, elle comprend mon désarroi, je ne vais pas me fâcher avec elle, cela ne servirait à rien. Elle n’a pas de solution pour le lien et je m’en fous pour l’instant. Je veux récupérer ma valise. Là aussi, elle ne peut faire grand chose sinon me donner un numéro de téléphone et un numéro de dossier afin que j’appelle Athènes pour convenir d’une solution, elle ne peut rien faire de France !

Allez Martine, courage !

J’appelle.

-une boîte vocale grecque puis…Tut, tut, tut tut….

Vous avez compris que je n’ai rien compris. Je réessaie en France, elle me donne un deuxième numéro.

1fois -tuuut, tuuut, tuuut……….tut, tut, tut,

2 fois -tuuut, tuuut, tuuut……….tut, tut, tut,

3 fois -tuuut, tuuut, tuuut……….tut, tut, tut,

X fois – tuuut, tuuut, tuuut……….tut, tut, tut,

Nous sommes le 1er mai, c’est sans doute ça !

Car voyez-vous, là je peux encore chercher ma valise à l’aéroport mais après…Il va bien falloir que je commence mes vacances !

Mon cher et tendre commence à piétiner et il faut le dire, il me casse un peu les pieds.

En gros, que me faut-il de plus que deux, trois slips ? Il suffit que je rachète des trucs!

Nous partons.

Les Météores, le lendemain.

J’appelle Air France, en France, au service des bagages perdus. Une gente dame me dit ne rien pouvoir faire si je n’ouvre pas de dossier ! J’explique tout, elle explique tout, je raccroche et active le fuck…lien au cas où !

Mais non, mon vol n’existe toujours pas.

Je rappelle. Un monsieur me répond, me ré explique tout et suggère de tout refaire sans mettre de n° de vol. Et puis d’ailleurs dit-il, suis je sur une tablette car dans ce cas c’est normal que ça ne fonctionne pas. Non, c’est un ordinateur, un vrai avec des touches et tout.

Je raccroche, je réessaie…mais non.

Je rappelle le monsieur bien gentil et je lui dis que là, c’est fini, il se débrouille et ouvre lui-même mon dossier avec mon numéro de vol inexistant et me livre ma valise.

Nous partons.

Delphes, le lendemain.

Mon téléphone sonne. C’est un numéro grec.

En Anglais à la grecque une femme me demande pourquoi je ne m’occupe pas de ma valise !

Pourquoi ne l’ai je ni signalée perdue, ni cherchée le jour même à l’aéroport car voyez-vous le bureau est ouvert 24h sur 24.

Eh bien, lui dis-je, je n’ai rien signalé parce qu’Air France a envoyé un SMS sur le portable de mon mari pour dire que mon bagage est perdu et qu’il me suffisait d’activer leur fuck… lien.

On a donc compris enfin à quoi servait l’étiquette du bagage avec mon numéro de téléphone !

Mais qui est ce vraiment ? Est ce une bonne fée d’Air France qui a trouvé le bon numéro à Athènes ou est ce une employée aux bagages qui selon un réflexe logique a téléphoné au numéro indiqué sur la valise?

Je ne sais toujours pas si mon dossier a été ouvert.

Je sais que nous sommes devenus les esclaves de nos machines mal programmées ou configurées et que les êtres humains qui subissent ces machines perdent leur temps et leur énergie parce qu’ils sont tenus de suivre des procédures.

Il suffisait de me téléphoner.