Démocratie en santé, ah bon !

Le Monde « science et médecine » du 23 novembre relate la décision de la HAS de faire évaluer les médicaments et les dispositifs médicaux par les patients avant que ceux ci soient mis sur le marché.

En soi la décision est respectable mais présente des limites qui n’ont pas ou peu été envisagées.

La HAS consultera et confiera l’évaluation à des associations de patients. Mais les associations de patients vivent en bonne partie du soutien de l’industrie pharmaceutique et du soutien institutionnel.

Le conflit d’intérêt saute immédiatement à la figure .

Mais voilà que l’on peut lire plus loin dans l’article que pour éviter ce souci du conflit d’intérêt le vote sera interdit au patient, leur avis ne sera que consultatif.

C’est toujours une démocratie à deux vitesses, qui « veut » et qui ne « peut » pas.

Traduction littérale d’un dicton alsacien : « wi well on kan net ».

 

Ma démocratie sanitaire choisirait au hasard, sur tout le territoire, auprès de spécialistes et de généralistes, des patients inconnus et anonymes tout juste représentatifs d’eux-mêmes qui pourraient ainsi donner un avis dénué de (presque) toute influence.

 

Les associations de patients, immensément utiles par ailleurs, sont aussi des usines à formater les cerveaux de leurs membres.

  • Choisir d’intégrer ce type d’association est déjà un premier tri.
  • Être membre, suivre les réunions et adhérer impliquera obligatoirement une adhésion de pensée. C’est normal, c’est le fonctionnement humain. On se réchauffe d’une pensée commune, nous en sommes tous là, certains plus que d’autres mais c’est ainsi.
  • Être une association reconnue, voire financée par l’industrie et souvent en plus petite part par l’institution suppose la présence de ceux-ci au moment des assemblées générales ou de réunions publiques de ces mêmes associations.

C’est une forme de reconnaissance du ventre. Elle est souvent inconsciente de la part du membre lambda de l’association mais elle n’est pas inconsciente du tout de la part du financeur.

Les conférences ou les autres réunions associatives où seront invités les « financeurs penseurs » en santé opéreront forcément une direction de pensée, des suggestions de pensée, un brassage de mots et d’expressions idiomatiques représentatifs d’une pensée du moment et conduisant un comportement, une attitude désormais en voie de généralisation.

Les associations de patients défendent certes le patient, c’est vrai, mais elles le construisent aussi selon le prisme de fonctionnement d’un patient modèle que l’on imaginera à partir de représentations de ce que doit être notre société et non pas de ce qu’elle est.

Demander l’avis à un patient sans influence d’une machine à respirer ou d’un médicament, c’est obtenir simplement un avis. Demander un avis à une association ou à ses représentants c’est obtenir un avis certes, mais influencé par les implications de ce nouveau dispositif selon son impact « sociétal » et selon la pensée générée par l’institution et l’industrie.

La question de cette merveilleuse démocratie sanitaire continuera à rester posée si on continue à vouloir construire le patient au lieu de l’accepter tel qu’il est.

Est-ce vraiment une démocratie que l’on cherche ou un moyen terme. Une sorte d’illusion de démocratie ? Un simulacre.

 

Beaucoup de personnes ont loué la concertation citoyenne concernant le dépistage du cancer du sein. Ils se sont laissés embarquer par l’envergure du projet, grande machinerie (sans doute très onéreuse par ailleurs) ayant la volonté de recueillir l’avis à la fois du peuple, des experts, et des technocrates.

Pourtant la concertation citoyenne semblait inappropriée dans ce contexte de controverse scientifique qui devait se résoudre en confrontant les scientifiques avec leurs travaux et leurs conflits d’intérêts.

Sérieusement que peut l’avis de madame Dupont ou le mien pour définir de la justification d’un acte médical quand je n’ai pas la formation scientifique pour en juger ?

Est ce que cette concertation devait appeler le peuple à la rescousse devant une poignée de médecins critiquant une attitude médicale parce que le dépistage semble largement plébiscité par les femmes ?

Et après ? À présent que le dépistage a été critiqué plus que jamais, saura t’on après ce « choix » du peuple prendre les dispositions dans le sens de ce qui a été exprimé ?

Même si, et pour cela il suffit d’écouter Frédéric de Bels de l’INCa  congrès 2016 F de Bels, même si les conclusions de cette concertation vont à l’encontre de ce que ses organisateurs en attendaient.

Si l’institution n’est pas capable d’autocritique, si elle ne respecte pas ce peuple consulté par ailleurs, si elle fait de la démocratie un simulacre…

Elle court à la fois le risque de la décrédibilisation et le risque d’un retournement aléatoire contre son « maître ».

Au nom du soutien de toutes les attitudes institutionnelles en santé (H1N1, dépistage du cancer du sein, Alzheimer etc) l’institution provoque le rejet de la vaccination, du dépistage, des traitements en général.

Bref comment continuer à faire confiance ? Ce défaut de confiance plonge la population dans la paranoïa.

Après, le peuple ira voter, et là tout est possible, car il en va de la démocratie en général comme de la démocratie sanitaire en particulier.

Est ce beaucoup de bruit pour rien ? Au sujet de 2e avis

 

 

Il existe désormais un site français « 2e avis ».

https://www.deuxiemeavis.fr/

Un truc de fou où en échange de 295 euros, soit le montant d’une douzaine de consultations en secteur 1, le patient a l’immense privilège d’obtenir un avis médical non remboursé sans avoir vu de médecin.

 

Serait-ce une critique facile et de mauvaise foi ?

Le site n’est pas fait dans un esprit de lucre.

C’est fait pour rendre service, pour combler un vide, pour trouver l’expert qu’il nous faut.

Serais-je de mauvaise foi en disant qu’il ne m’est pas utile de savoir que le premier membre du « conseil scientifique » (sans doute le chef) est titulaire de la légion d’honneur et de l’ordre national du mérite ?

Serais-je de mauvaise foi si je me demandais comment on fait pour « lutter » contre la perte de chance, objectif déclaré de ce site, en demandant 295 euros non remboursés ?

 

J’ai trouvé d’autres sites, dont un site suisse.

http://fr.leading-medicine-guide.ch/Deuxieme-avis-medical

Il propose gratuitement des noms de médecins « experts » pour des patients en quête d’autres avis pour la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche.

Le nom de ces médecins est gratuit, et le deuxième avis est éventuellement remboursé par leur sécurité sociale ou des assurances.

Les médecins sont cooptés par d’autres qui les jugent experts en leurs domaines respectifs.

Aucune mention de titres honorifiques. On ne fait pas l’étalage de multiples fonctions dans des instances officielles.

Seules les compétences médicales compteraient.

 

Que ces sites soient commerciaux ne fait aucun doute.

Mais ils n’éprouvent pas le besoin de se justifier. Justifier à partir d’une histoire personnelle pourquoi ce site fut créé…Tenter de persuader que malgré les apparences « deuxième avis » n’est pas cher.

Et du coup se retrouver avec les ricanements de certains, dont les miens.

Car « deuxième avis » est dans cet irréductible écart de la reproduction d’une posture institutionnelle d’une « santé pour tous »  sans « pertes de chances » blablabla et d’une démarche commerciale qui ne s’assume pas.

En plein dans le mille du paradoxe institutionnel qui réussit à commercialiser une médecine qu’elle dit vouloir gratuite, de « pointe » et pour tout le monde.

 

Bon, personne ne m’oblige à donner mon numéro de carte bleue et à passer du statut dit « passif » de patient à celui dit « actif » de client, n’est-ce pas.

Il me suffit de consulter le confrère indiqué par mon généraliste et celui-ci est remboursé par la sécurité sociale.

 

Mais est-ce aussi simple ?

 

J’ai lu Grange Blanche avec délices et celui-ci relève le problème essentiel.

À partir de grange blanche     (et les billets suivants)

doc du 16    en parlait déjà. C’est l’adressage.

 

C’est un problème d’adressage, bien plus que de deuxième avis.

Trouver le confrère compétent pour répondre aux problèmes des patients est une gageure. Patients et médecins sont dans des impasses.

 

Or tous ces sites visent pour l’essentiel les patients alors que ce qui fait réellement défaut est une plateforme interactive pour médecins.

 

Ce site n’est qu’un site parmi d’autres. Ils se créeront inévitablement et le feront dans une logique d’opportunisme marchand. Ils ne se posent pas de questions d’éthique ou de meilleur soin. Ils proposent moins encore d’agir selon le principe médical de « d’abord ne pas nuire ».

Et c’est bien pour cela que ces sites s’adressent avant tout aux patients.

Le patient cherche une solution à son problème et désire « agir » et cesser de subir. C’est un réflexe de survie psychique. Il ira forcément vers le conseil actif.

Ces conseils seront toujours des conseils d’action dans la mesure où cette attitude nourrit l’objectif commercial du site.

La réponse donnée sera en deçà de ce que l’on peut en attendre, mais jettera de la poudre aux yeux du patient.

 

Les sites commerciaux renverront le patient vers des médecins qui auront payé pour faire partie des « experts ». D’autres médecins qui sont experts (et le sont peut-être plus) ne seront pas cités parce qu’ils ne se seront pas abonnés au site. Parce que cela ne les intéresse pas ou parce qu’ils sont en plein exercice de leur expertise et qu’ils n’éprouvent pas le besoin d’augmenter leur nombre de patients.

 

Grange Blanche le dit très bien, même si le problème de l’adressage ne peut se réduire à cette solution, globalement il suffit d’envoyer le cas qui nécessite une expertise à un assistant des hôpitaux au CHU le plus proche pour toucher « l’expert » du moment.

De plus le deuxième avis sera remboursé.

 

Ces sites mangeront les petits sites moins commerciaux et plus artisanaux grâce à leur réactivité, leur pragmatisme, leur compétence (organisationnelle plus que médicale) en répondant à cet imaginaire en construction d’un « nouveau patient », le patient moderne.

Il s’agit donc de sortir de la figure archaïque du patient docile, celui qui « abandonne » son corps au médecin (parce que le patient n’y comprend rien) pour aller vers un patient éclairé qui choisit selon une offre comme je choisis mon café au supermarché (et cela en toute connaissance de cause !).

 

Il est entendu implicitement que plus c’est cher, plus c’est de qualité.

Il est entendu implicitement que le dernier qui parle a raison, surtout s’il est plus cher.

Quel client serait prêt à imaginer que le  produit  qu’il vient de payer 12 fois plus cher sera de moins bonne qualité et qu’il se sera donc fait avoir en beauté ?

Il est entendu implicitement que le choix se fera un jour en fonction des mutuelles qui auront signé des accords avec les médecins, les groupes hospitaliers, les laboratoires pharmaceutiques et le choix du patient sera illusoire et sérieusement téléguidé par la couleur de la carte bancaire.

 

Au-delà du deuxième avis certains de ces sites proposent d’autres services comme le recueil du dossier médical.

http://www.activdoctors.fr/propos/qui-sommes-nous/

Les mêmes proposent des services aux entreprises de « prévention médicale » visant à réduire l’absentéisme.

Voilà que le patient qui transmet ses données de santé les transmet en quelque sorte à son entreprise. Ce patient est devenu client puis  agent de production  et en tant que tel se retrouve sous surveillance.

À quand le tableau dans le restaurant d’entreprise où seront notés poids, tension, et kilomètres parcourus pour chaque employé ?

Voilà ce que sont ces sites commerciaux et cela « deuxième avis » ne l’est pas. Pas encore.

Il n’est donc que le premier des sites français avec les défauts de sa « francitude ».

Il arbore en drapeau l’émergence de ce nouveau patient responsable et avisé qui veut et sait choisir pour lui-même. Mais ce patient-là est terriblement seul. Existe-t’il d’ailleurs ?

 

Quelle merveilleuse et horrible illusion de vouloir du patient qu’il devienne client.

Ce serait certes plus simple mais totalement contreproductif à l’aune de sa santé.

Peut-on sincèrement imaginer que les patients dans leur ensemble puissent choisir de façon optimale quand on sait que le domaine médical est compliqué.

Quand on sait qu’être impliqué soi-même brouille totalement la compréhension de la situation quel que soit le niveau intellectuel du patient.

 

Le médecin traitant est un médiateur idéal entre ce monde technique et compliqué de l’expertise et l’univers du patient dont il connaît le contexte et la vision du monde.

Avant de pouvoir demander un deuxième avis, il faut pouvoir, le cerner, l’élaborer, le définir.

Ce deuxième avis, quand il est utile, est forcément lié à une situation complexe et un patient lambda dans une situation complexe est bien seul si son médecin traitant ne l’aide pas.

Après il faut trouver !

 

Vivement la plateforme interactive où des médecins échangent leurs avis, leurs questionnements, leur carnet d’adresses…

Dominique Dupagne nourrit un tel projet en Île-de-France.

La mise en place d’un tel site est un travail immense pour que celui-ci soit efficace. Il faut faire le recueil de données et les réactualiser régulièrement. Il faut surtout faire une modération intelligente afin que le site apporte à la fois du contenu et soit bien géré.

 

Un travail pour les nouvelles Unions ?

Pour que les sites commerciaux ne continuent pas à s’engouffrer dans ce vide ?

Idéalement ce serait à l’état de penser le fonctionnement de la médecine. Mais l’état ne comprend pas les enjeux.

L’état perçoit la médecine à partir d’un univers de gens sains qui imaginent la maladie. Et quand un décideur peut enfin se mettre dans la peau du patient, c’est-à-dire quand il est malade, il use de ses privilèges en imaginant que ces privilèges sont accessibles à tous, bercé par le discours institutionnel qu’il fabrique lui-même. Souvenons nous du cancer de Mme Bertinotti.

Ce patient, moderne- citoyen- responsable- sachant, tel que le décideur l’imagine est rarissime. C’est le fruit de l’idéologie d’une pensée dominante qui vise à supprimer le rapport de dissymétrie entre médecin et patient afin de supprimer le pouvoir de l’un sur l’autre.

À la place, il n’y aurait certes plus de dissymétrie, mais il n’y aurait plus rien du tout et le patient reste seul devant son deuxième avis, comme il est seul quand il range son caddie au supermarché.

Le problème n’est pas tant dans la dissymétrie que dans l’état d’esprit du médecin et du patient.

Ce type de plateforme doit à travers son sérieux et son indépendance dépasser de loin l’avantage du recours à une plateforme commerciale afin d’être considéré comme un incontournable.

Cela n’empêchera pas les plateformes commerciales de se créer et d’exister, mais en réduira forcément l’usage.

Si un patient n’a pas de médecin médiateur ces plateformes commerciales ne peuvent que prospérer en donnant l’illusion au patient d’avoir trouvé la meilleure réponse à son problème.

Mais les médecins seraient-ils capables d’accepter ce type de plateforme sans se cacher derrière leur déontologie ?

Comment faire pour citer des experts sans en vexer d’autres, sans un jour pouvoir rayer leur nom de la liste ?

Comment faire pour dépasser cette attitude typiquement française de la génuflexion face à la hiérarchie et aux titres honorifiques. Toutes ces circonvolutions embrouillent la réalité et exigent de tous ces médecins de tenir un discours convenu et institutionnel par loyauté envers ceux qui les flattent.

J’entends déjà toutes les réticences et frilosités que l’on justifiera par l’exception française pendant que des sites américains qui ne se posent pas de questions inondent la toile de leur opportunisme marchand.

 

En tant que patiente je peux me débrouiller toute seule pour trouver un dentiste qui maîtrise la pose des implants. Je peux en cherchant bien et en faisant fonctionner un réseau de relations trouver un bon chirurgien pour mon genou mais c’est déjà difficile.

Je ne peux pas toute seule, sans un bon médiateur, comprendre si tel essai thérapeutique qui m’est proposé est utile pour moi ou pour d’autres patients.

Je serai toujours devant l’indigence d’un discours convenu et répété à l’envi.

Ce discours vers lequel chacun, au moment où il est reconnu par les institutions, se précipite.

Discours qui réduit la médecine à ces quelques propositions à la mode où mon esprit suspicieux n’entend que le projet commercial et idéologique sous-jacent.

Gloire à l’innovation, l’interdisciplinarité, l’essai clinique, la recherche, la technologie de pointe etc…Et haro sur la distance critique qui nuit au rêve commercial et à l’illusion de faire perdurer la grandeur supposée de la « médecine française ».

Mais attention à ne pas renverser le sens, les Français ne doivent pas être conçus comme un cheptel au service de l’industrie médicale et se trouver malades bien malgré eux.

Certes oui, il faut innover, ne pas hésiter à travailler en équipe et faire de la recherche mais ce sont des moyens, des outils, ce ne sont pas des fins en soi.

Surtout ne pas oublier ce qui fait le sens de la médecine : la santé du patient.

 

L’expert souvent hospitalier sera toujours dans la promotion de l’essai thérapeutique ou d’un traitement qui est le sien parce que sa vie professionnelle en dépend et parce qu’il y croit puisqu’il ne fait que ça.

Les propositions de soins seront comme dans les  recommandations. Elles seront faites pour un corps unique de patient médian. Celui que je ne suis pas. C’est d’ailleurs pour cela qu’il me faut un deuxième avis.

Je ne vois qu’un médecin traitant pour m’aider à être lucide et à faire mon choix et ne pas méconnaître le réel, mon réel.

Il peut m’écouter sans ironie et mépris quand je lui demande si réellement la maladie cesse d’évoluer avec un traitement alternatif glané sur Internet. Il peut même me conseiller d’y avoir recours hors « recos » car sa vision du soin est différente.

Sa vision du soin dépasse le seul avis d’expert du moment. Il y ajoute son expérience professionnelle d’ « équilibreur », sa curiosité de non-sachant, sa capacité à penser et soupeser une information scientifique et sa considération de mon cas personnel avec ma vision du monde et ma situation dans mon environnement.

Son seul intérêt va vers le meilleur soin de son patient.

Il n’est pas impliqué ou intéressé dans une histoire de recherches, de publications, ou dans le fonctionnement de son service.

Il m’aide à faire mon choix et à l’intérioriser.

 

 

 

Des corps dans l’arène

J’ai buté. Je me suis cogné le nez sur la photo d’un buste féminin tatoué suite à un cancer du sein: http://www.konbini.com/fr/tendances-2/des-tatouages-pour-souligner-la-beaute-des-survivantes-du-cancer-du-sein/

Et en même temps j’ai encore dans les yeux la statue vue au musée archéologique d’Athènes de ce corps parfait de Zeus ou peut-être Poséïdon http://fr.wikipedia.org/wiki/Pos%C3%A9idon tout nu et carrément beau.

Que de questions sur la beauté, sur le corps masqué et montré, sur notre époque et d’autres !

Les statues de corps féminins dans l’Antiquité sont souvent sculptées en y intégrant des tissus, des vêtements quand les corps masculins peuvent être entièrement nus.

En fait les statues d’homme sont à la gloire du corps masculin, musclé, svelte, bien proportionné.

La perfection des mains, du nombril, de la toison pubienne, le léger renflement que je n’ose appeler bourrelet au-dessus des hanches témoignent de l’attention portée à créer un objet devant représenter la beauté.

En revanche les corps féminins me semblent plus plats, plus ternes, ils sont presque neutralisés si je puis dire. En tous les cas pas vraiment sexy alors que les statues d’homme…

Donc bref, la beauté dans l’Antiquité c’est l’homme.

En particulier le corps de l’homme, un corps construit et modelé par la pratique du sport. Un corps-soma qui est beau parce qu’il est structuré par l’effort, la constance et la variété de l’exercice. Beau parce qu’il est le produit du travail, de la régularité et du sens de la mesure de la psyché qui se construit avec ce corps.

Aujourd’hui, le corps de l’homme entièrement nu n’est pas pensé comme beau. Montrer le pénis et les bourses est un geste délibérément violent et donne tout de suite un caractère quasi pornographique à l’image. Au cinéma par exemple, on se débrouillera pour obtenir l’illusion du corps nu sans toutefois en montrer le sexe.

Entre temps le partenariat soma-psyché est devenu le conflit corps-esprit.

En revanche, vous l’avez remarqué sans doute, les seins des femmes sont toujours montrés, et finalement rien de pornographique n’est suggéré si toutefois l’image de ces seins respecte « les codes».

Tout est affaire de codes.

La beauté est désormais du côté des femmes, ou mieux, du côté d’une certaine féminité. La beauté est devenue affaire de courbes et d’harmonie du corps féminin selon la perspective de la sensualité.

Il ne s’agit plus de témoigner de vertus morales par la beauté du corps, il s’agit pour ces corps d’inspirer la douceur et le désir.

C’est un objet conçu à l’usage des enfants et des partenaires sexuels !

J’ai toujours été questionnée par le tatouage et son effet sur ce que l’on voit du corps. Lors d’un voyage il y a une vingtaine d’années en Angleterre, j’étais surprise sur la plage de voir tant d’hommes tatoués. Parfois tout le torse et les bras étaient recouverts d’images et leur corps semblait quasi habillé.

L’impression de nudité avait disparu et je plaignais leurs partenaires de ne jamais avoir le privilège de voir des corps entièrement nus, comme si ces images en ôtaient une part d’intimité.

Il suffirait sans doute de tatouer le sexe pour le désincarner en quelque sorte, pour le déposséder de la brutalité de sa chair. Il en perdrait cette charge provocatrice qu’il porte actuellement.

Et c’est bien un peu de cela qu’il s’agit avec ce tatouage des seins. La violence de cette image de seins qui ne suit plus les critères normatifs de la beauté est masquée par le dessin. La chair disparaît.

Et les seins réapparaissent en quelque sorte en dessous d’un « vêtement » en suggérant une beauté qui, désormais invisible, respecte à nouveau les codes.

Ces seins sans mamelons, avec leur grande cicatrice et leurs formes bosselées et irrégulières (un chirurgien maladroit, une photo post-op ?) font basculer de ce statut de beauté vers son contraire, une monstruosité.

Ce qui est défini comme devant être beau est d’autant plus laid quand les « codes » en sont bouleversés.

Le sport comme le tatouage est donc un travail de l’image du corps qui cherche à rendre ce corps « beau ».

Le premier construit et sculpte le corps, le deuxième habille et masque pour laisser réapparaître un corps différent.

Il n’échappe à personne que les deux supposent un travail de ce corps et de l’abnégation.

Cette « esthétique » particulière est associée à un implicite de la souffrance. Pour être beau il faut souffrir.

Plus tard cette notion arrivera à son paroxysme dans l’arène des gladiateurs.

Non pas que le public soit là pour voir des corps nus se battre. En revanche le public est là pour voir des corps d’hommes souffrir et les glorifier ou les honnir selon la beauté du combat et leur aptitude à dépasser la souffrance.

Les gladiateurs étaient les stars de l’époque et en sont devenus les sex-symbols.

Les gladiateurs se battaient, se blessaient, se soignaient avec les meilleurs médecins, kinés, nutritionnistes…Et gagnaient leur notoriété avec cette assiduité, cette compétence au combat et cette aptitude au dépassement de soi.

Ces corps mortels, se réparaient et se relevaient comme Schwarzenegger dans Terminator.

Puis si par malchance ils mouraient, ils disparaissaient de la mémoire de leur public comme s’ils avaient failli dans un contrat d’invincibilité.

Cela dit, il fallait mourir avec panache, aujourd’hui on doit mourir « dignement ».

Veut on un corps qui bien qu’aux prises avec le monde, reste jeune, beau et invincible ? Un corps qui survivrait éternellement aux affres du temps qui passe, au désordre de la maladie…

Un corps deviendrait plus beau encore de ce qu’il réussit à surmonter et dominer sa condition!

Du coup je pense à certaines stars, aux « angelinas » dont la beauté est implicitement associée désormais à la souffrance et au dépassement de soi. Chaque semaine ou presque, une autre actrice révèle sa double mastectomie et généralement le mari de celle-ci parle de son courage et de sa détermination.

Est ce que les « angelinas » seraient les gladiatrices des temps modernes ?

Lisant les nombreux commentaires et courriers louant leur beauté, leur courage, leur abnégation, je me pose sincèrement cette question.

Serait-ce à nouveau un corps glorifié par la foule en tant que témoin d’aptitudes morales au dépassement, au renouveau, à la conquête voire même à la re-création d’un corps nouveau ?

La star passerait de ce statut, intouchable, évanescent, lointain à un être de chair qui pourrait être toi ou moi, mais un être de chair éternellement (ou presque) renouvelé.

Est ce dans le seul but de pouvoir se présenter dans l’arène et attendre des pouces qu’ils soient levés pour glorifier les héros qui ont su vaincre la faiblesse que ces stars se racontent?

Je ne sais pas.

Cette affaire de « corps » est compliquée et mystérieuse. Je me suis toujours questionnée au sujet de cette nécessité d’être reconstruite après une mastectomie. Qu’est ce que réellement la féminité avec cet impératif catégorique largement partagé par l’ensemble d’une société.

Ne pas se faire reconstruire serait-ce laisser la fatalité gérer notre devenir ? Serait-ce accepter…Et donc renoncer au combat dans l’arène ? Est il si mal vu de « faire avec » ?

Je pense sincèrement que beaucoup de personnes « croient » à la domination du corps par l’esprit comme s’il suffisait de nier la maladie en supprimant ses stigmates pour que celle-ci nous laisse tranquilles.

Mais que peut-on penser de ce rôle que joue la douleur ?

Le corps meurtri par le cancer et irréparable en tant que tel sera tatoué…et souffrira encore par le tatouage. Le corps meurtri par le cancer ou l’hypothèse de sa survenue sera remodelé par de nombreuses opérations et souffrira encore…

Je pense sincèrement que beaucoup de personnes croient qu’il faut payer et « mériter » de gagner contre la maladie et cela en souffrant beaucoup et dignement.

Cela dit se faire tatouer le côté mastectomisé ou opéré est de plus en plus courant. Il est vrai que le tatouage est à la mode mais c’est une façon de dompter et d’apprivoiser le crabe sans toutefois vouloir en rayer les traces. C’est une autre démarche que la reconstruction qui selon les paroles des patientes est souvent considérée comme devant être un épilogue à la maladie et la laisser derrière soi. Le tatouage ne veut pas supprimer les traces de la maladie mais en quelque sorte « faire avec » voire les magnifier.

Cette arène a une fonction cathartique.

Le cancer du sein est représenté comme la guerre des femmes. Leur corps est leur champ de bataille.

Transition médicale

Il n’échappe à personne que les temps changent. Selon le même principe que la transition énergétique, il faudrait peut-être imaginer une transition médicale.

Reprendre les données à la base et les réfléchir au risque de foncer droit dans le mur.

De nouvelles technologies ont fait irruption dans notre espace médiatique ces dernières années. Certaines sont faciles à comprendre comme la télémédecine ou les objets connectés qui ne sont que des outils facilitateurs. Juste des outils.

Que le diabétique puisse de façon autonome contrôler sa glycémie ou l’hypertendu contrôler sa tension, pourquoi pas. Que la télémédecine soit une aide au diagnostic quand un patient ne peut se déplacer ou habite loin d’un hôpital est vrai aussi. Mais ces technologies sont des outils et les outils ne sont rien sans le bon artisan qui va avec.

Après cela, il y a les progrès dans l’imagerie médicale. On voit tout et même plus, et ce tout qui se voit est considéré comme un potentiel pathologique. Cela se complique.

Taches sur les poumons, traces d’AVC, foies kystiques et « gras », biologies atypiques. Plus on cherche, plus on trouve. Et on cherche beaucoup, et on déstabilise des patients qui sont dans l’illusion d’un corps « pur » et demandent à le retrouver. Là l’outil commence à prendre beaucoup de place et domine l’artisan (ou le technicien ?) qui ne sait que renvoyer vers d’autres outils.

Puis les analyses génétiques. Elles donnent des pourcentages de probabilité d’être un jour malade. D’un instant à l’autre une personne saine se conçoit malade uniquement par le fait d’un test. Ensuite on « soigne » les testés comme on soigne les malades alors qu’ils ne le sont pas. Il existe un outil certes, mais on ne sait pas s’en servir. Comme si on tuait un moustique posé sur une vitre en portant un gant de boxe.

Si parfois une recherche génétique peut avoir du sens, il faut en envisager l’usage et le soin qui va avec autrement, au risque sinon de transformer le pays en un grand hôpital, au risque de pourrir la vie de tous ceux qui ne penseront plus qu’à leur santé et à leur survie en oubliant de vivre.

Nous sommes tous des malades potentiels, c’est ainsi. On meurt rarement en bonne santé. Il est même nécessaire que notre santé se dégrade pour enfin pouvoir mourir.

Alors, où met-on le curseur ? Où peut-on dire qu’on est en bonne santé ou malade ?

Que veut dire « être malade » ? Jusqu’où peut aller la prévention sans devenir intrusive et liberticide? A-t-il un sens de vouloir tout prévenir ? Et à quel prix ?

Or nous sommes en « crise ». Elle plonge le pays dans la dépression et crée un sentiment « d’urgence ». Et l’urgence empêche de réfléchir.

Beaucoup d’entre nous ressentent quelque chose de comparable à « l’ostalgie ».

La part que nos politiques consacrent au tourisme mémoriel en est la preuve.

On se souvient la larme à l’œil des symboles de ce progrès en marche. À l’emporte-pièce : la résistance et la victoire sur le totalitarisme, la puissance de notre industrie nucléaire, la pilule et l’avortement, l’airbus et les voitures.

Les politiques regardent en arrière et tentent de faire comme si on y était encore ou essaient de réanimer de beaux restes.

Mais il est difficile voire impossible de ressusciter l’industrie trop chère chez nous. Et bien qu’on se refuse à le reconnaître l’industrie nucléaire a piégé le pays dans l’illusion du progrès.

Quant à la victoire sur le totalitarisme…Je vous laisse juges !

Mais la pilule…L’avortement, et par extension tout ce qui touche à la santé, voilà la poule aux œufs d’or. Avec les nouvelles technologies médicales…le marché est ouvert.

Un jour, la France fut un pays prospère et disait d’elle-même qu’elle avait le meilleur système de santé au monde, elle le dit encore!

J’avais été surprise aux Etats-Unis de la place de la santé dans l’espace public. J’avais été surprise qu’une femme me demande dans le train « are you healthy » https://martinebronner.wordpress.com/2013/05/24/are-you-healthy-la-sante-aux-etats-unis/ comme si elle me demandait si j’ai des enfants ou si j’habite en ville…Et en fait je me disais que la croissance matérielle (et le commerce qui va avec) était au bout de ce que l’on pouvait faire. On ne va pas acheter une troisième voiture, un autre frigo, un deuxième four à raclette. En revanche dans le flou de ce qu’est la « santé »,   on peut créer indéfiniment de nouveaux besoins.

Étrangement la santé devient une sorte de bien matériel !

Le « are you healthy ? » serait une question au même niveau que « As-tu le dernier i-phone ? ».

Il est significatif qu’un de nos anciens ministres retourne à l’école, une école très chère, pour créer une entreprise dans le domaine médical.

Il apprend à vendre, mais apprend-t’il à comprendre ce qu’il vend ? Apprend il à en mesurer les tenants et les aboutissants ?

Il va attendre de ce marché de la santé un retour sur investissement.

La santé est conçue comme une opportunité de marché créatrice d’emplois et de richesses. Et cela d’autant mieux que notre pays cherche à se valoriser et à réanimer des domaines où il dit exceller.

Nos édiles continuent à rêver de croissance et celle-ci se ferait selon des modèles qui font partie de l’imaginaire de notre identité nationale :-une industrie médicale de l’excellence.

Allier à la fois le souci que l’on a de la santé du citoyen et en faire par la même occasion un domaine de ressources financières, l’occasion est trop belle, trop alléchante. De plus un certain discours de médecins-hommes d’affaires poussent à la roue au prétexte de retards que nous prendrions face aux Etats-Unis plus décomplexés et de ce fait augmentent encore ce sentiment d’urgence.

C’est une non-pensée politique. Continuer à promouvoir ce type d’industrie sans la réfléchir, c’est promouvoir la systématisation et de ce fait la dépersonnalisation. Les attitudes systématiques sont absorbées par le souci de leur propre fonctionnement et rentabilité et oublient quel sens elles ont.

L’obsession de l’excellence via la technologie fait fi de la personne qui en est l’objet et n’intègre pas l’humain doté de sa propre vision du monde.

Il ne reste in fine que l’outil face à un client. Et nos institutions organisent la catastrophe. La médiatisation de produits de santé est faite par des communicants qui vendent un produit comme si la santé était un litre d’huile ou une paire de chaussettes. Les médecins qui restent semblent se défausser sur les communicants de leur rôle de médiateurs, de veilleurs. Voyez le MIS, institut du sein de Montpellier qui vend le dépistage de façon « ludique » avec un compteur de femmes engagées ! Voyez Gustave Roussy, a priori une grande maison qui finance des films sans en examiner le contenu.

Les institutions shuntent le généraliste et font vacciner la foule par le vendeur du vaccin. En fait les institutions tentent d’enlever l’intermédiaire entre les actes et le client. Elle veut enlever le médiateur et la variable d’ajustement. Elle veut enlever celui qui réfléchit au lieu d’appliquer.

Ce comportement est l’enfant monstrueux de l’idéologie de la croissance et de l’idéologie post-chrétienne d’une gauche qui décide de ce qui est bon pour les autres.

Knock avec les beaux yeux et la moustache de Schweitzer !

J’aurais été invitée à parler d’octobre rose.

Je serais là, me tortillant sur ma chaise avec l’étrange sentiment d’être le petit caillou dans la chaussure, le truc qui enquiquine.

J’aurais été là, face à des femmes, des anciennes patientes, des toujours patientes, des amies et des filles de patientes.

J’aurais été un peu gênée de dire que je n’aime pas octobre rose.

Ce serait dire que, si je n’aime pas octobre rose qui est contre le cancer du sein, c’est donc que je serais pour !

Puis je être pour ? Et si je ne suis pas « pour » le cancer du sein, serait-ce dire qu’en fait je nie la réalité du cancer du sein, son existence, sa cruauté ?

Comment ? Et je le vois dans ce regard perplexe et interrogateur de mon public fictif, comment est ce possible d’être contre ? Comment est ce possible de ne pas aimer ce moment de communion pour la « cause » ?

Alors que, enfin nous sommes tous réunis dans la ferveur de l’émotion collective, dans un grand mouvement de solidarité contre cette horrible maladie.

Car voilà si octobre rose ne me convainc pas, si je n’aime pas que la foule me dise ce que je dois penser, je pourrais au moins avoir le bon goût de ne rien dire.

Et je sais que si je disais qu’octobre rose est un schmilblick commercial, certaines me répondraient : -Et alors ? C’est toujours mieux que rien ?

Si je disais que pour s’inscrire en ligne à la course le site me redirige vers des magasins de sport pour acheter des chaussures, on me répondrait que c’est l’occasion ou jamais de me mettre au sport et surtout que si ces maisons sponsorisent il est normal qu’il y ait un retour sur investissement…

Si je questionnais pour connaître la provenance de ces masses de ticheurtes roses peut-être de ces pays où de toutes petites mains cousent pour une aumône, on me dirait :-Arrête, m…., Tu nous gâches la fête.

Vous avez entendu, c’est une fête !

Si je disais que sous couvert de réunir des fonds pour la recherche certains grands noms de l’industrie cosmétique se régalent doublement au passage en vendant beaucoup plus que d’habitude grâce à cette publicité bon marché, et que même KFC (kentucky fried chicken) et Smith & Wesson (avec un beau petit colt rose pour femme) en faisaient partie mais que là quand même…on a un peu fait le ménage ;  on me dirait : – Ouais, mais c’est les « States », chez nous ce n’est pas pareil. Et puis oui c’est un peu vrai, mais c’est pour la bonne cause !

C’est pour que plus de femmes s’informent au sujet du dépistage.

Là je me tortillerais plus encore sur ma chaise et je chercherais du regard les institutionnels dans la salle, ceux qui organisent, ont des idées, créent des slogans, publient des affiches et réfléchissent à comment fabriquer l’ « éthique » du dépistage.

Octobre rose et toute la machine qui va avec, c’est eux, c’est leur bébé. Comment faire pour dire que je ne supporte plus les cris de leur bébé avec son éternel pyjama rose.

Comment faire pour qu’ils cessent la manipulation des mots, les discours convenus et stéréotypés, ce que Rachel Campergue appelle le « storytelling » du cancer du sein. C’est grâce à elle que j’ai compris tout ça. Avant je sentais qu’il y avait un lézard, une distorsion entre le discours du cancer du sein et la réalité mais je ne savais pas vraiment en quoi. D’ailleurs elle décortique tout ça dans son nouveau livre. http://www.amazon.fr/Octobre-Rose-mot-maux-libert%C3%A9-ebook/dp/B00O4EUM2O/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1412296814&sr=8-2&keywords=rachel+campergue

Je dirais que le dépistage, c’est bien quand on est informé correctement des avantages et des inconvénients. Parce qu’il y a aussi des inconvénients. Et dans l’état actuel des connaissances scientifiques il n’y a pas urgence et les femmes peuvent réfléchir et choisir à tête reposée.

C’est le moment où je me tortillerais encore sur ma chaise en regardant les médecins cette fois-ci. Car je sais que je ne m’autoriserais pas trop à parler de dépistage.

On laisse les trucs scientifiques aux médecins, les patientes ne comprennent pas. À elles on ne laisse que l’émotion.

J’aurais bien trop peur qu’un médecin se cache derrière sa science, je ne me vois pas lui dire que les études sans conflits d’intérêts…Devant un public agacé du petit caillou dans sa chaussure et convaincu de mon ignorance et de ma pédanterie. Imaginez…

J’ai déjà écrit sur octobre rose et rien n’a changé donc les billets sont toujours d’actualité.

Je vous rappelle les travaux de La Cochrane

Conformément à la politique de la Collaboration Cochrane, le Centre Cochrane Français ne reçoit pas de financement provenant de source commerciale ou de toute autre source à but lucratif ayant un intérêt réel ou potentiel dans les conclusions d’une revue spécifique.

Entre autres partenaires financiers de la Cochrane:

la HAS, le ministère de la santé et des affaires sociales, l’INSERM, Parie-Descartes etc

Conclusions : Dépistage du cancer du sein par mammographie

 Le dépistage par mammographie utilise la radiographie pour détecter un cancer du sein avant qu’une grosseur ne soit palpable. L’objectif est de traiter le cancer de manière plus précoce afin d’accroître les chances de guérison. Cette revue inclut sept essais portant sur 600 000 femmes âgées de 39 à 74 ans randomisées pour des mammographies de dépistage ou une absence de mammographie. Les études rapportant les informations les plus fiables montraient que le dépistage ne réduisait pas la mortalité par cancer du sein. Les études qui étaient potentiellement les plus biaisées (les moins rigoureuses) indiquaient que le dépistage réduisait la mortalité par cancer du sein. Néanmoins, suite au dépistage, certaines femmes se voient diagnostiquer un cancer qui n’aurait pas entraîné de maladie ou de décès. À l’heure actuelle, il est impossible d’identifier les femmes concernées, qui risquent donc de subir une ablation du sein ou de la grosseur et de recevoir une radiothérapie inutilement. Si l’on considère que le dépistage réduit la mortalité par cancer du sein de 15 % au bout de 13 ans de suivi et que le surdiagnostic et le surtraitement s’élèvent à 30 %, cela signifie que, pour 2 000 femmes invitées à participer à un dépistage au cours d’une période de 10 ans, un décès par cancer du sein sera évité et 10 femmes en bonne santé qui n’auraient pas été diagnostiquées si elles n’avaient pas participé au dépistage seront traitées inutilement. En outre, plus de 200 femmes se trouveront dans une situation de détresse psychologique, d’anxiété et d’incertitude importantes pendant des années en raison de résultats faussement positifs.

 Les femmes invitées à participer à un dépistage devraient être pleinement informées des effets bénéfiques et délétères. Pour garantir le respect du choix éclairé des femmes envisageant de participer à un programme de dépistage, nous avons rédigé une brochure factuelle destinée au grand public et disponible dans sept langues à l’adresse http://www.cochrane.dk. En raison des importants progrès réalisés en matière de traitement et d’une plus grande sensibilisation au cancer du sein depuis la réalisation de ces essais, il est probable que l’effet absolu du dépistage soit aujourd’hui plus limité. De récentes études observationnelles suggèrent que le dépistage entraîne davantage de surdiagnostics que dans ces essais et une réduction limitée ou inexistante de l’incidence des cancers avancés.

 Pour en savoir plus :

http://cochrane.fr/index.php?option=com_k2&view=item&id=4827&recherche=cancer+sein&Itemid=537

et s’il n’y avait que le corps?

Voilà que, pourtant loin l’une de l’autre, « culture gay et culture rose » ont quelque chose en commun.
Il se passe quelque chose avec le « corps ».

Revenons un instant à une brève définition de la « culture » : -La culture est, selon le sociologue québécois Guy Rocher, un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer des personnes en une collectivité particulière et distincte. (Guy Rocher, 1969,88).

Il y a donc une « culture gay » avec ses artistes, ses hommes politiques, ses écrivains, ses productions artistiques à la fois produit « de et pour » l’homosexualité, ses rites, coutumes et bannières que l’on retrouve à date régulière tous les ans, voire sa maladie…
C’est identique pour une « culture rose » qui elle aussi, quoique depuis moins longtemps, a ses artistes, ses hommes et femmes politiques, ses productions littéraires ou cinématographiques, ses rites annuels, ses objets spécifiques. Et bien sûr, et c’est évident dans ce cas précis, sa maladie.
Tentant de comprendre pourquoi d’une maladie peut germer une culture, je cherche…Et je compare.
En France, le cancer du poumon a tué 30000 personnes en 2012. La même année 11000 femmes mouraient d’un cancer du sein. Bientôt il y aura autant de décès dus au cancer du poumon auprès des femmes que de cancer du sein.
Qui le sait ? Qui en parle ? Malgré l’énormité du chiffre, y a-t-il une culture « cancer du poumon » ?
Une culture qui pourrait s’élaborer par exemple autour du rôle social de la cigarette, autour de stars devenues icônes de la maladie, de productions culturelles et rituelles en lien avec la maladie. Pourtant il y a eu Bashung, Brel et Bécaud, Dominique Baudis, Robert Mitchum ou Steve mac Queen… Est ce que dès l’instant où leur nom est évoqué nous pensons à cette maladie ? Où sont les rites et coutumes, les célébrations à date fixe?
Il semblerait qu’une « culture » n’émerge pas de l’ampleur d’un phénomène, c’est autre chose, mais quoi ?

J’observe, et j’observe que je ne vois qu’une chose dans une « gay pride » : -le corps.
La « gay pride » est le lieu de la présence du corps, on ne voit que lui.
Les fesses, les sexes, les muscles se montrent. Comme mis en relief, exhibés, affichés, adulés. Et c’est là une façon de dire ce que l’on est.
Les maquillages, les costumes et les tatouages ne masquent pas les corps, mais les identifient et les caractérisent.
Chacun, chacune se montre et affirme son individualité, sa singularité, sa différence en tant qu’individu dans un groupe plus vaste dont la problématique est identique. Une problématique majeure de sexualité qu’il faut absolument dire afin de vivre en paix avec soi-même et les autres. C’est le passage nécessaire pour lever le mensonge.
Il y a un côté grotesque à la gay pride, certes, mais très réjouissant car totalement délirant et assumé.
Il s’agit d’un corps que l’on ne refuse plus, presque d’un corps qui dicterait sa loi quand la société imaginait précédemment que dans cette situation « contre-nature » il suffisait que l’esprit dicte la sienne.
Dans la culture rose, c’est aussi une affaire de corps. Et comme pour la « culture gay » c’est un problème d’identité.
Tiens, « rose » comme le triangle rose des déportés homosexuels, les ballets roses, et les robes à volants des gentilles petites filles !
Le rose des femmes ou le rose de la chair ou les deux à la fois?
C’était déjà le sujet d’autres billets. Le sein est l’objet fétiche de la publicité. S’il l’est ce n’est pas une construction ex-nihilo, le sein est l’objet par excellence du désir masculin et en même temps il est le symbole de la féminité.
C’est peut-être le seul objet (et le mot objet est inadapté) qui peut être à la fois support à la pornographie et à la grâce. Il y a quelque chose d’essentiel que je peine à définir dans le sein, il est « esprit de la chair ».
Ce sein a permis au Christ de vivre, c’est par et grâce à lui qu’il a vécu. C’est grâce à ce sein allaitant que Marie est devenue mère de Dieu. S’il y a dans la religion le refus de la chair dans l’immaculée conception, elle est acceptée et célébrée en revanche avec ce bébé allaité par sa mère.
Que d’images et de statues de « mères à l’enfant ».
Enfin une petite présence de femme dans une religion monothéiste !
Mais…. Le sein est aussi cette chair « sexuelle », juste un moteur à l’excitation, un jouet, un truc mou.
Voilà que la culture rose porte en soi le culte croisé de cet « esprit de la chair ».
Un « corps en gloire » de chair divine et sexuelle.
C’est peut-être pour cette raison que l’expression de la culture rose peut être tout et son contraire. D’une immense vulgarité avec ses soutifs en guirlande, ses visages frottés entre des seins, son commerce éhonté ; totalement désincarné avec ses armées de coureurs et coureuses roses ; bouleversante à la vue d’un corps opéré, surtout bouleversante à la vue du regard du patient opéré.
Et c’est aussi pour cette raison que toucher à ce sein est toucher à l’identité. Requestionner cette notion de féminité si floue, si ténue et sacrée à la fois oblige à la reconstruire ou au moins à la réfléchir.
Il y a indéniablement un aspect « born again » dans la culture rose. Comme il y a un aspect « just born » dans la culture gay. Si je ne vois rien de religieux dans la culture gay c’est bien parce que l’objectif semble être de vivre tel que l’on est, ici et maintenant.
Cette affaire de corps me questionne comme si ce « corps en gloire » qui apparaît serait une suite logique à l’effondrement de notre capacité à croire en la vie après la mort.
Réellement qui y croit encore à une vie après la mort? Et s’il n’y avait que le corps ?
Pas si simple et pourtant.
En même temps qu’il existe une culture rose, en même temps les nombreuses églises évangéliques ont de plus en plus d’adeptes. Aux Etats-Unis, en Chine, en Afrique noire, au Brésil…
La Corée du Sud, championne au monde de la consommation de chirurgie esthétique, est évangélique depuis longtemps déjà (et commence à voir une baisse de ses adeptes). Ce lien que je vois est-il réel ou est-ce une coïncidence ? Je ne sais pas.
Mais ces églises trouvent leur succès dans leur inscription dans le quotidien. Elles promettent un monde meilleur non pas dans l’au-delà, mais ici-bas.
Ne nous arrêtons pas tout de suite. Dans la « culture rose » tourne en spirale l’esprit évangéliste des Etats-Unis mais aussi cette idée délirante de transhumanisme du corps augmenté.
Et s’il n’y avait que le corps ?

Une petite idée sur une « culture rose »

Y aurait-il une proximité entre la « culture gay » et la « culture rose » ?
On défile dans les rues, en « gay pride » et en « courses roses ». On accroche un ruban à sa poitrine, on a ses stars porte-drapeaux et victimes sacrificielles.
Et tout ça nous vient des États-unis…
Peut-être que la proximité s’arrête à la forme ?
La culture gay n’a a priori rien de consensuel. Elle est un havre, un refuge pour une population exclue de la société en particulier par une norme religieuse qui faisait la norme sociale. Elle s’est structurée entre autres dans la revendication de soin dès l’apparition du sida et dans la revendication de considération et d’acceptation dans la dépénalisation de l’homosexualité. De fait la communauté gay existait avant le sida, mais le sida l’a fortement soudée.
Elle a en quelque sorte su remodeler rapidement un «environnement de pensée » sur l’homosexualité (quand bien même les vieilles représentations restent présentes). Ces choses se sont faites dans le rapport de force, dans la provocation parfois, dans la réaction à l’ordre établi. Mais, les lignes ont bougé.
La culture rose, c’est un peu différent. La société est unanimement mobilisée contre le cancer du sein. Ce n’est pas une maladie que certains associent à un comportement dit déviant (quoiqu’on pointe quand même du doigt ces vilaines femmes qui ne font pas de sport, qui fument et boivent, qui mangent du chocolat et se gavent de pâtisseries).
Elle s’est comme élaborée selon le modèle de la « culture gay ». Faute d’imagination ou pour faire pareil, elle a repris l’idée du ruban en l’édulcorant et en a fait un ruban de fille plus soft.
Une « gay pride » est une manifestation déjantée, une exhibition païenne, un pied de nez aux convenances. Une course rose est un défilé d’uniformes de ticheurtes roses avec en guise d’épaulette le petit ruban et des danses au pas de l’oie.
Pourtant il y a quelque chose dans l’émergence de la culture rose qui serait comme une réaction à un ordre établi. C’était l’ébauche d’une démarche féministe et puis, rapidement elle est devenue son contraire, ou peut-être faut-il y voir un féminisme « soft » ?
Il y a bien eu la volonté de faire savoir que la maladie touche une population importante d’un seul sexe et que cette maladie touche à son identité. De même que revendiquer un soin qui s’articule autour de ce point identitaire était donner de la considération à cette spécificité et sortir d’un soin limité à la femelle gestante. Les femmes ont progressivement investi l’idée de féminité autrement qu’en la niant, la cachant, ou en ayant honte de cette féminité encombrante dite hystérique.
Par un logique retournement de situation, ces spécificités identitaires ont été accaparées par un même système infantilisant. On a finalement bien voulu reconnaître ce drame féminin comme réel. Mais on l’a regardé aussitôt comme préjudiciable au bonheur des hommes.
Eh oui! une femme malade de ses seins est moins désirable…Et si elle souffre psychiquement et qu’elle déprime, sa libido en berne va nuire à celle de son mari.
On voulait d’abord être soignée et considérée en tant que femme meurtrie dans cette féminité oblitérée par une médecine unisexe dominée par le modèle masculin. Mais en tant que femme, non en tant que femme-enfant ou femme-objet.
Ce qui veut dire que ce cancer du sein, de drame personnel est devenu drame social. Des femmes de président des États-Unis avaient été touchées et le disaient. Soudain on en parlait.
Mais en même temps, les femmes ont laissé se structurer l’image de cette féminité selon l’angle du désir masculin. Elles ont en quelque sorte figé cette notion de « féminité » dans des stéréotypes, toujours selon le regard masculin.
Si la culture gay est plus sauvage et libertaire, ce n’est pas le cas de la culture rose aussitôt appropriée et construite par le génie du marketing.
La pseudo culture rose est accaparée totalement par le commerce de la santé et de la beauté. Il suffit de regarder qui sont les financeurs et comment cette culture s’exprime.
Ce côté féministe, à l’égal de la couleur de la robe de Barbie, s’est pastélisé et affadi, il n’a même pas eu le temps d’émerger en fait.
La « culture rose » est surtout politiquement correcte.
En revanche l’intrusion progressive de cette culture dans les pays émergents, très souvent musulmans, reste une forme de féminisme. Un féminisme « doux » où il ne s’agit pas de revendiquer une liberté inaudible par les hommes mais un droit au soin de la féminité. Dire que l’on soigne ce qui fait la féminité c’est dire aussi que la société reconnaît et accepte son existence et surtout… Soignée dans le cadre de ce que l’on soigne chez un être humain… c’est dire que l’on est un être humain. C’est donner aux femmes un statut qui ne serait plus celui du bétail, qui une fois de plus ne les réduit pas à leur fonction de femelle gestante.
J’ai rencontré en France des Algériennes dont le mari envisageait leur retour au pays et la répudiation comme on jetterait un objet défectueux. Cela signifiait pour elles l’arrêt des soins.
C’est aussi pour les jeunes citoyennes et relais d’opinion de ces pays qui soutiennent la « culture rose » une prise de parole de femme…C’est un début. On voit là que l’enjeu dépasse le problème médical en soi.
C’est tout juste un problème politique sinon éthique ou même simplement humain. Les femmes sont des hommes comme les autres !
Ce qu’elles ne mesurent pas, c’est la perfidie du message. Quand elles entrevoient de prendre enfin leur vie, leur destin en main en acceptant ce modèle occidental de ce qui leur semble un « progrès » médical, elles changent à peine de maîtres. Elles font par ce biais le marché d’un commerce de santé.
Commerce pour l’industrie médicale et cosmétique de l’occident et pour une élite médicale (et masculine en grande part) de leurs propres pays.

Cela dit, un point commun de ces cultures et non des moindres est la célébration du « corps » et la relation à faire entre : – corps- identité- sexe(-ualité).