Fake-medecine et homéopathie – contre la construction de l’hypocondrie sociale

Fake médecine lance une pétition contre la tolérance institutionnelle face aux médecines alternatives.

Voir http://fakemedecine.blogspot.fr/p/qui-sommes-nous.html

Selon eux la tolérance institutionnelle apporte une caution de sérieux aux médecines alternatives.

Comment comprendre que la sécurité sociale rembourse de la poudre de perlimpinpin quand par ailleurs elle dérembourse à tout va des médicaments « traditionnels » considérés comme inutiles ?

Chaque citoyen est légitime quand il pense que ce qui est remboursé par la sécurité sociale a fait ses preuves dans le cadre d’une médecine dite « scientifique ».

Logique.

Fake médecine s’attache à la critique de toutes les médecines alternatives. Mais il est vrai que dans son texte le groupement des pétitionnaires donne une place de choix à l’homéopathie.

 

La levée de bouclier a été massive. L’homéopathie est LA médecine de nos rêves.

1 inoffensive (sans effets secondaires)

2 personnalisée

3 garantie par une longue écoute du praticien

4 préventive

5 remboursée par certaines mutuelles et en partie par la sécurité sociale.

 

En plein dans le désir d’une époque.

L’homéopathie a désormais un statut de médecine alternative « officielle ». C’est paradoxal mais c’est comme ça.

 

À côté de cela le mot « allopathe » est un gros mot. Le consulter c’est rencontrer le diable en rase campagne entre chien et loup. On n’y voit pas bien clair, on ne sait pas où on va et d’où l’on vient, ni dans quoi on s’engage vraiment. La médecine conventionnelle, en ce moment, c’est un peu ça !

La menace est vague, quelque chose d’inexpliqué sur fonds de scandales médicaux, d’opacité scientifique et de conflits d’intérêts.

 

Difficile effectivement de critiquer l’homéopathie quand les amies ne jurent que par elle. Le service d’oncologie renvoie vers l’homéopathe afin de mieux « supporter les chimios ».

Et ça marche.

Les copines subissent toujours, mais mieux.

Elles gèrent, se donnent un coup de main à elles mêmes mais surtout elles ont enfin trouvé un médecin auquel elles peuvent dire leur peur, leur douleur.

L’oncologue sait bien que la chimio c’est galère, mais ne veut pas l’entendre, ne peut pas l’entendre, ne sait pas l’entendre. Il est soulagé de pouvoir botter en touche…Trouver une solution sans s’en occuper lui -même.

L’époque aime cela et l’organise avec bonne conscience : envoyer chez quelqu’un d’autre.

L’ interdisciplinarité a aussi l’avantage de ne pas se poser trop de questions en trouvant la solution dans le renvoi vers l’autre. Plus on morcelle moins on est concerné.

Et comme le dirait Docteurdu16, cela fait tourner un système santéo-industriel.

Finalement ce n’est pas bien glorieux pour cette médecine dite « scientifique » de recourir au charlatan.

Mais en définitive c’est bienvenu quand même! C’est un réel coup de main et les homéopathes sont des médecins, à la différence d’autres « alternatifs », donc pas vraiment des magiciens ou des charlatans.

Toujours ce paradoxe institutionnel !

Cela dit malgré le recours à l’homéopathe spécialisé, la plupart des patients souffrent de la chimiothérapie.

Mais en communication médicale et en particulier dans le cancer, on aime raconter les belles histoires. On connaît aussi les histoires moins belles mais la communication officielle préfère les taire sauf quand cela les arrange.

 

Et si jamais l’homéopathie ne fait pas du bien, au moins elle ne fait pas de mal.

C’est ce que beaucoup de journalistes disent. Combien de fois posent ils cette question aux fake-médecins :- mais si l’homéopathie ne fonctionne pas ou uniquement grâce à l’effet placebo et ne nuit pas, pourquoi vous gêne t’elle tant ?

C’est le moment de lire Docteurdu16 :

« La prescription d’un placebo est une rupture du pacte de confiance avec le patient puisqu’on lui ment sciemment.

http://docteurdu16.blogspot.fr/2018/03/lhomeopathie-la-medecine-sans-les.html

Mais lui ment on sciemment quand on y croit ?

 

Il reste que l’essentiel est dans le mot « confiance ».

Sans doute faudrait-il mettre un bémol au sujet de cette confiance.

Est-ce une confiance en un médecin transmetteur d’un savoir médical enseigné dans les facultés sur des bases scientifiques ? Un médecin qui saura soigner grâce à ce qu’il sait de la médecine (et sait ne pas savoir) et du patient (et avec lui). Un projet certes humble mais parcouru par un principe de réalité.

Ou est-ce une confiance en un médecin que l’on conçoit comme le détenteur d’un savoir ésotérique oscillant entre la magie et la recette de cuisine ? Voire même un gourou ou quelque chose d’approchant ?

C’est peut être cela qui agace les fake-médecins, ce pouvoir des alternatifs relevant parfois du religieux, du charismatique face à la platitude du conventionnel.

Ces médecines alternatives se définissent souvent comme constituant et s’inscrivant dans l’ordre du monde, comme s’intégrant aux lois de l’harmonie universelle.

Si par malheur on ne perçoit pas clairement cette inscription dans l’ordre du monde et que l’on doute de ce mode de fonctionnement c’est parce que des savoirs ancestraux sont perdus et que la modernité avec sa technologie a brouillé les pistes.

Le projet de l’allopathe simple vecteur de l’état du savoir à un moment donné est bien fruste à côté de cela.

De plus cette médecine dite « douce » sous entend que le médecin conventionnel est une brute.

 

L’homéopathie se défend bien avec ce type de règles et manie parfaitement la construction de l’uchronie.

Faire un traitement de fonds avant l’hiver pour éviter la grippe : -moi j’ai pas chopé de grippe cette année parce que j’ai fait un traitement de fond.

Certes, mais d’autres qui n’ont pas eu recours à l’homéopathie n’ont pas été malades non plus.

Et pour les homéopathisés malades quand même : – C’était pas la grosse grippe parce que j’ai fait un traitement de fond…

Ceux qui auront été malades auront les commentaires avisés des connaissances :- T’as pas fait de traitement de fond ?

Parfois c’est bien pire, les enfants non malades en hiver le sont grâce au traitement de fond. Les petits malades quant à eux iront avec leur maman chez l’allopathe ( l’homéopathe a au moins trois semaines de délai pour les rendez-vous, normal il prend du temps) et une fois guéris le seront grâce aux granules complétant les médications dégoûtantes de la médecine conventionnelle.

Nulle part il n’est dit que le patient peut guérir tout seul de la maladie, même de certaines maladies sérieuses et que, dans ce cas, ce n’est pas un miracle parce que le corps utilise ses propres ressources.

 

C’est ce que l’on peut reprocher en particulier et surtout à l’homéopathie.

Que dire de la construction du rapport au corps de l’enfant dont la maman attend à la sortie de l’école avec les tubes de granules dans la main car ils doivent impérativement être ingérés à 16h 30 mn sous peine d’inefficacité et cela tous les jours pendant plusieurs mois ?

Et si c’était une sorte de construction de l’hypocondrie, quelque chose qui imposerait une relation maniaque à l’horaire, à l’ingestion de produits, présupposant qu’il faut agir sur le corps et que celui-ci est imparfait ou inapte à se réparer tout seul.

Quelle relation de dépendance se noue entre une mère et son enfant quand la mère sauve la vie de son enfant chaque jour en lui donnant des petits grains à croquer ou quand elle lui nuit parce qu’elle a cinq minutes de retard.

Quelle perception aura l’enfant de ce qu’est son corps et sa potentielle fragilité et résilience si celui-ci doit être médicalisé tous les jours à heure précise avec des trucs minuscules selon un décompte ultra tatillon sans qu’il se soit passé quoique ce soit.

 

Non, l’homéopathie n’est pas un traitement anodin, car il n’existe pas de traitement anodin.

L’acte de traiter en soi présuppose qu’il y a nécessité à le faire et dépossède le patient d’imaginer la possibilité d’une guérison spontanée voire même de considérer qu’il n’est pas malade, ou de considérer qu’il peut attendre et que la nature fait bien les choses.

 

Ce rapport de « confiance » et la nature de cette confiance évoquée plus haut est au centre du propos.

Mais gare au raccourci.

L’abus de pouvoir, la spéculation uchronique, le mensonge au patient ne sont pas le privilège de l’homéopathie encore moins une attitude systématique ou délibérée. Loin de là.

Beaucoup d’allopathes pratiquent une médecine de gourou et reprochent ce comportement à l’homéopathe.

Finalement ce n’est pas tant l’homéopathie qui fait la différence mais l’état d’esprit du thérapeute et celui du patient.

C’est dans la position que prend le thérapeute, et celle que le patient accepte que se passent les choses.

Pour le patient il s’agit d’obtenir que le thérapeute lui donne une place d’être pensant au sein de sa propre consultation.

Les patients ne sont plus prêts à accepter de confier leur corps au médecin et de laisser faire sans droit de regard. Ils aspirent à comprendre les mécanismes qui sont en jeu et tentent par ce fait de maîtriser ce qui se passe.

Hélas tout ne se maîtrise pas et c’est là que tout commence.

1 dans la capacité pour un médecin de dire que tout ne se maîtrise pas ou ne nécessite pas d’être maîtrisé.

2 dans la capacité du patient à entendre que tout ne se maîtrise pas ou ne nécessite pas d’être maîtrisé.

 

Le savoir et les compétences médicales ont considérablement évolué.

Le patient peut guérir autrement que grâce à la prière, à la chance ou à la magie.

Et pourtant les vieilles habitudes perdurent.

Les médecins continuent pour beaucoup à officier de façon rituelle comme s’ils étaient des demi-dieux ou des prêtres en refusant de partager leurs connaissances.

Ils n’ont pas le temps ou-et pensent que le patient ne peut pas comprendre ou-et ne veulent pas partager un savoir qui leur donne du pouvoir.

Voire même ils semblent penser que le patient se sent mieux quand il ne sait pas tout.

C’est quand même en grande partie une histoire de pouvoir médical auquel les médecins ne veulent pas renoncer.

 

Le délire de la maman avec ses petits granules est uniquement un désir de maîtrise de la santé de son petit en tentant d’éviter totalement le risque de la maladie. L’idée de penser que l’enfant peut guérir tout seul et que son corps est programmé pour la guérison est entièrement évacuée.

Somme toute l’homéopathie soigne surtout des maladies qui guérissent toutes seules. Dans les cas plus compliqués les homéopathes prescrivent d’autres médicaments comme tout le monde.

Par ailleurs les enfants n’ont plus le droit d’être malades quand les parents travaillent, que les crèches refusent les enfants enrhumés et que chaque bobo laisse croire que les parents sont désinvoltes et donc de mauvais parents. Il en découle ces délires préventifs sous forme de traitement de fond, d’osthéopathie pour les bébés etc…

Pour le patient croire aux médecines alternatives qui recourent à des théories obscures et complexes qu’il ne comprend pas, permet de ne pas penser et de confier la problématique de sa santé à l’expert tout en pensant qu’il est à la pointe du progrès puisque le phénomène est au goût du jour.

Ce patient là préfère plutôt croire que comprendre afin de tenir sa posture de déni face à la réalité.

Par ailleurs la conscience de la nocivité des médicaments conduit une certaine population à chercher des moyens inoffensifs de se soigner.

La médecine conventionnelle est décrédibilisée par le conflit d’intérêt que plus personne n’ignore.

Des médicaments allopathiques prescrits et remboursés pendant des décennies sont soudain considérés comme inefficaces, rien n’est expliqué au patient et celui-ci ne sait plus dégager le vrai du faux et fait ce qu’il peut avec ce qu’il a.

 

Il est scandaleux de rembourser le médicament homéopathique comme il est scandaleux de prescrire et de rembourser les anti-Alzheimer, les anti-cancéreux hors de prix et inefficaces…

L’institution est elle même dans l’abus de pouvoir quand elle décide de l’obligation vaccinale au détriment de la pédagogie et de la réflexion concernant le vaccin.

L’abus de pouvoir de l’INCa, d’éminents cancérologues et d’institutions qui se nourrissent sur la bête comme les nombreuses associations de dépistage se loge dans la construction uchronique où l’on se permet de dire au patient qu’il a la vie sauve grâce au dépistage.

Peut-être que oui, peut-être que non ! Un peu d’humilité serait bienvenue. Et dans une telle incertitude scientifique l’éthique impose un discours clair, informé et nuancé. Un discours qui n’impose pas sa position et son choix mais le laisse au patient.

Le comportement face à l’homéopathie et aux autres médecines n’est qu’un épiphénomène.

Aujourd’hui des médecins-gourous se disent formés scientifiquement et refusent le doute, refusent en fait l’attitude scientifique.

Les mêmes médecins créeront (parfois à l’aide de laboratoires pharmaceutiques) des services de soins de support en proposant de plus en plus de pratiques pseudo-médicales : yoga, taïchi ou autres.

La présence de ces méthodes dans nos hôpitaux leur donne une crédibilité et finira par laisser entendre qu’elles font partie du soin et qu’elles sont nécessaires pour guérir.

Du coup les mutuelles embrayent et remboursent en partie ou en totalité.

C’est vrai que c’est le grand n’importe quoi.

Il serait quand même plus utile et cohérent de mieux rembourser les essentiels. Voir, entendre et manger, les lunettes, les appareils auditifs et les dents.

 

Il ne s’agit pas de confondre le plus avec le mieux.

La course en avant où le constat de l’insuffisance de la médecine conventionnelle conduit vers la quasi officialisation des médecines alternatives échouera.

Les médecines alternatives sont, tout comme la médecine conventionnelle, récupérées par des systèmes marchands qui vont être de plus en plus présents et performants. Les patients se détourneront de cette solution quand ils se sentiront protocolisés, instrumentalisés, réduits au statut de consommateurs au même titre que dans la médecine conventionnelle.

C’est une forme d’empilement de deux médecines où il s’agit avant tout de remplir.

-remplir le vide

 

Car la notoriété brutale des médecines alternatives présente plusieurs visages.

Pour le patient :

-Eviter « la nuisance » la iatrogénie de la médecine conventionnelle car il est désormais acté que médicaliser peut nuire.

-S’inscrire dans l’ordre du monde, trouver un sens dans ce qui désormais semble insensé.

Pour l’institution médicale

-Compléter dans l’illusion de la douceur une médecine brutale et incomplète (en cancérologie en particulier) mais en même temps garder un œil sur l’affaire, continuer à contrôler.

-Séduire le client avec une offre alléchante car il y a là une réelle opportunité commerciale.

-Et surtout faire une prise en charge totale.

Il existe une sorte d’utopie de prise en charge totale qui rêve d’un patient qui de la prévention jusqu’à la guérison est entièrement capté par le système.

Comme si l’institution médicale craignait que le patient lui échappe, elle le veut tout à lui.

Elle soigne le corps, s’occupe de sa psyché, surveille l’alimentation et l’exercice, fait cela de préférence en HAD pour que le système essaime dans le monde domestique jusqu’à inclure les proches au sein de ce système.

Jusqu’au moment où le domicile, l’espace public… Tout ressemble et devient un immense hôpital.

Critiquer les médecines alternatives ne suffit pas pour réhabiliter la médecine conventionnelle. C’est au sein d’elle-même qu’elle devra trouver une solution. Le problème est surtout dans le « trop de médecine ». C’est la surmédicalisation qui nuit.

 

Et aussi : https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/les-medecines-alternatives-font-elles-plus-de-mal-que-de-bien

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