Bétadine et bécassine sont dans un bateau…

 

Comment le patient et l’aidant du patient se débrouillent avec les injonctions discordantes.

 

Prise de rendez-vous pour une biopsie de l’abdomen.

Le stress est au maximum. L’aidant, c’est à dire moi, est averti par téléphone de la date et de l’heure. Un courrier postal suit avec le « consentement » à signer et les précautions pré-interventionnelles.

Dans le courrier une ordonnance de bétadine et la consigne de se doucher la veille et le lendemain matin avec la bétadine….en incluant les cheveux.

Le patient, c’est à dire une dame de quatre vingt ans ne peut envisager de sortir non coiffée de son appartement sans que cette réalité ne provoque des insomnies.

Mais bon, il faut se shampouiner à la bétadine pour faire un trou dans le ventre, c’est écrit.

Nous venons de lire les consignes quand une autre feuille accolée à la première nous tombe sous la main.

« Comment se laver avant une intervention ». Avec un gel douche tout neuf, ouvert pour l’occasion en se frottant ici et là, la veille et le jour même.

Point de mention de la bétadine, elle a disparu et le lavage des cheveux peut être fait jusqu’à trois jours avant si l’intervention ne se fait pas à la tête et au cou !

La question de la bétadine sollicite l’avis et les commentaires des quatre bécassines (j’en fais partie) proches de la patiente.

Les amies de la patiente, respectables dames entre 75 et 80 ans tranchent dans le vif.

Elles ne se sont jamais lavé les cheveux à la bétadine avant une intervention, même quand c’était écrit, d’ailleurs les autres copines non plus. Certaines disent même avoir menti délibérément à l’équipe médicale. Se laver les cheveux avec la bétadine sans mise en plis et coup de peigne équivaut au supplice de la roue, du pal et de l’écartèlement à la fois.

Mais bon, il faut se shampouiner à la bétadine pour faire un trou dans le ventre, c’est écrit.

L’aidant, perplexe devant une littérature hospitalière incohérente lit et relit, scrute à l’envers et à l’endroit et finalement tranche.

« Je serais toi, je me laverais les cheveux chez le coiffeur la veille et me doucherais le corps à la bétadine le soir et le lendemain. »

La biopsie est faite. La patiente a survécu.

 

Le surlendemain rendez-vous chez l’infirmière (dans un autre hôpital) pour la préparation de la pose de la chambre implantable.

Le trou sera fait sur le thorax, donc plus près de la tête.

« Madame, il faudra vous doucher entièrement de la tête aux pieds avec un gel douche et un shampoing non-ouverts le matin de l’intervention».

La patiente au fait désormais des pratiques hospitalières dit qu’il lui reste de la bétadine.

« Mais non » dit l’infirmière en riant. « Quelle idée, vous n’avez pas besoin de vous laver à la bétadine !

 

Accompagner un proche quand il nécessite des soins vous réduit, vous et le patient à une position de gourde.

Cette histoire de bétadine n’est qu’une infime part d’un discours incohérent et déstabilisant d’usage dans le monde médical.

Chacun contredit l’autre, met son grain de sel sans même qu’on le lui demande, propose ses hypothèses. Si par ailleurs on demande, il n’y a pas de réponse…

L’instance hospitalière, les services, les médecins, les infirmiers et -ières n’imaginent même pas comment les patients et aidants se raccrochent aux mots et ont besoin d’une parole cohérente, homogène.

 

Eh ben, c’est pas demain la veille !

 

 

 

 

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