Si aujourd’hui le dépistage organisé n’existait pas, le mettrait on en place?

Donc L’INCa concerte, fait une enquête d’opinion et après ?

LA question est celle-ci.

Si aujourd’hui le dépistage organisé n’existait pas, le mettrait-on en place en connaissant les études citées par l’INCa ?

Je rappelle brièvement leurs conclusions :

Pour Catherine Hill

En conclusion, le dépistage du cancer du sein est plus utile que dommageable, mais le bénéfice n’est pas énorme et ce n’est pas une folie que de le refuser. Il a été proposé aux femmes qui ont beaucoup surestimé le bénéfice par méconnaissance du risque : une réduction de 20 ou 30 % n’aura pas un effet considérable si le risque est faible. Par ailleurs, les inconvénients, en particulier le surdiagnostic, ont été complètement occultés. Une femme qui refuse le dépistage du cancer du sein est beaucoup moins déraisonnable qu’une femme qui continue à fumer car le tabac tue un consommateur régulier sur deux.

Pour L’institut Cochrane

Si l’on considère que le dépistage réduit la mortalité par cancer du sein de 15 % et que le surdiagnostic et le surtraitement s’élèvent à 30 %, cela signifie que, pour 2 000 femmes invitées à participer à un dépistage au cours d’une période de 10 ans, un décès par cancer du sein sera évité et 10 femmes en bonne santé qui n’auraient pas été diagnostiquées si elles n’avaient pas participé au dépistage seront traitées inutilement. En outre, plus de 200 femmes se trouveront dans une situation de détresse psychologique, d’anxiété et d’incertitude importantes pendant des années en raison de résultats faussement positifs. Afin que les femmes puissent être pleinement informées avant de décider de participer à un programme de dépistage, nous avons rédigé une brochure factuelle destinée au grand public et disponible dans sept langues à l’adresse http://www.cochrane.dk. En raison des importants progrès réalisés en matière de traitement et d’une plus grande sensibilisation au cancer du sein depuis la réalisation de ces essais, il est probable que l’effet absolu du dépistage soit aujourd’hui plus limité. De récentes études observationnelles suggèrent que le dépistage entraîne davantage de surdiagnostics que dans ces essais et une réduction limitée ou inexistante de l’incidence des cancers avancés.

Pour l’étude Marmot

The best method of assessing both the positives and negatives of breast screening would be a randomised control trial. However, in the absence of an RCT and with publically available data, the level of overdiagnosis can be estimated by extrapolation. However, the results are sensitive to the assumptions used to set up the model, and are limited by the age extension roll out between 2002 and 2004.

 

The decision on how to adjust the regression modelling has the biggest impact on the results. However, the adjustments to the model that best represents the level of breast cancer would be in the absence of screening is unclear.

 

This extrapolation method assumes that the risk of breast cancer has increased at a constant rate as the period used to estimate the expected level of breast cancer ends. In addition, it assumes that the quality of case ascertainment by registries and diagnostic methods has remained stable over time. Although in theory it would be possible to adjust for these effects, how to adjust for them in practice would create further uncertainty in the estimates produced because different methods would create a further range of possible overdiagnosis estimates.

D’évidence ce qui devrait motiver un choix médical s’adressant à toute une population est un bénéfice certain et réel pour cette même population. À la lecture des deux premières études, le constat est clair. Le gain de mortalité est faible, voire très faible et le surdiagnostic difficile à chiffrer mais bien réel.

Pour la troisième étude, j’attends que l’INCa propose une traduction !

Il y a donc de fortes probabilités que le dépistage organisé tel qu’il existe aujourd’hui ne serait pas proposé.

Or l’INCa propose une concertation pour améliorer le dépistage. C’est donc clairement un dépistage qui continuera à exister mais dont on reconnaît l’imperfection puisqu’il doit être amélioré.

Mais regardons la réalité commerciale en face. Les hôpitaux, les cliniques privées et radiologues libéraux se sont organisés pour répondre à cette demande. Certains cabinets verraient leur chiffre d’affaires décroître de façon vertigineuse. Il existe quand même beaucoup de femmes à irradier ! Des postes de secrétaires, de manipulateurs en radiologie seraient amenés à disparaître et ce ne serait qu’une répercussion commerciale directe. Des institutions,  des communicants qui organisent et couvrent le dépistage n’auraient plus de travail. Sans compter toutes les répercussions en termes de baisse de traitements, d’actes d’exploration, d’opérations, de reconstructions puis de prothèses, sous-vêtements et prise en charge psychologique etc

C’est vertigineux.

Mais ce n’est pas tout. On ne peut pas se limiter aux répercussions commerciales bien qu’elles soient essentielles. Tous les acteurs du dépistage en vivent certes, mais y croient aussi. Les deux sont intimement liés. On veut y croire si on en vit…Et si on pense que d’autres survivent grâce à ce que l’on fait, on est conforté dans ces actes.

Nous vivons tous dans des milieux plus ou moins étanches et nous nous nourrissons tous du même discours en faisant abstraction généralement de ce qui ne répond pas à notre vision du monde.

Pour ce qu’il en est des femmes en général, difficile pour elles d’imaginer que ce qui fut un jour une vérité médicale, donc considérée comme une vérité scientifique, ne l’est plus à présent. Malheureusement notre système de pensée est fruste et ne laisse guère de place à la nuance sans compter qu’il existe un contexte émotionnel majeur dès que l’on parle de cancer du sein.

Voilà donc une quasi-impossibilité à cesser le dépistage organisé. D’autant plus que nous parlons d’une démarche officielle, déclarée, structurée et codifiée et que nous oublions totalement de parler du dépistage individuel qui fait autant de ravages sinon plus.

Inévitablement cesser le DO reviendrait à augmenter les chiffres du DI.

Le DO est une sorte de survivance de l’esprit d’une médecine de dispensaire où le grand et bon docteur décide pour le bien d’une foule ignorante et immature.

Et là se glisse en douce un tout nouveau style de dépistage. Un dépistage requis pour une personne particulière selon son patrimoine génétique. Les dépistages sont plus précoces et s’adressent à des femmes plus jeunes.

La saga Angelina a tenu le monde du « sein » en haleine pendant de nombreux mois.À sa suite des stars ont « outé » leurs doubles mastectomies, leurs tests génétiques, leurs gentils maris, la mère malade, les sœurs, tantes etc

Aussitôt le cancer du sein est devenu une histoire de famille. Il suffit qu’une tante soit décédée de cette maladie pour que nombre de femmes se sentent concernées et mues par une pulsion irrépressible vers la mammographie salvatrice en oubliant totalement la réalité de la mammographie. L’examen est très imparfait, surtout quand on est jeune.

En cela L’INCa a raison, il faut faire évoluer le dépistage.

Mais avec quelques préalables.

Nos institutions, communes et hôpitaux doivent se désengager entièrement d’Octobre Rose, c’est une nécessité absolue.

Octobre Rose justifie son existence par l’objectif de la sensibilisation au cancer du sein. La sensibilisation suppose que l’on puisse tout dire ou montrer dès l’instant où cela concerne le cancer du sein. Et de fait on dit tout et on montre tout et surtout n’importe quoi.

Le sujet est important et grave et ne se satisfait pas d’approximations.

Octobre Rose est une machine à fric où ceux qui ont les moyens de communiquer, donc l’argent, gagnent en couverture médiatique. C’est donc l’argent qui gère ce que l’on dit du cancer du sein, y compris ce que l’on dit de « médical ».

Si les institutions ne se désengagent pas d’octobre rose tout sera fait pour vendre les tests génétiques, les mammos pour les femmes jeunes, entre deux promos de crèmes et de sous vêtements au prétexte du bien commun. Il n’est pas possible de mélanger le commerce, la bonne médecine, et l’émotion. C’est ingérable.

Quand les communes, les institutions, et hôpitaux s’associent à octobre rose elles soutiennent la pauvreté de son discours. Elles soutiennent avec l’argent public les sociétés qui en profitent.

Nos institutions doivent cesser la démarche incitative vers le DO.

Cette attitude ne se justifie pas médicalement. Il faut si on désire ce fameux « patient acteur » ou « citoyen responsable » laisser le choix à qui de droit.

Pour l’égalité des soins…Ce sera l’objet d’un autre billet.

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  1. Bonjour,
    J’adhère à tout cela et la question, me semble-t-il, est bien de savoir comment organiser la désorganisation du dépistage organisé. Dans toutes les décisions politiques révolutionnaires il faut laisser une porte de sortie aux tenants de l’ancien ordre : il faut donner des arguments aux pro DO pour qu’ils puissent se désengager et réunir un Comité de Réconciliation. Et surtout, je crois, ne pas laisser les femmes en plan pour qu’elles sachent qu’il est possible de guérir d’un cancer du sein même sans dépistage.
    Bonne journée.

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