Crise de la médecine et état d’esprit. On ne sait jamais!

Sauf si…Nous changeons d’état d’esprit.

Revenons donc aux essentiels.

Quel est l’objectif de notre système de soin ? Le meilleur état de santé d’une population.

Comment évaluer cet état de santé ?

Nous le faisons généralement à partir de l’espérance de vie, mais nous pourrions en quelque sorte renverser la proposition.

Et dire de façon provocatrice que si notre système est si coûteux c’est que notre population va mal et en a toujours besoin !

Car finalement l’idéal serait de définir ce meilleur soin à partir d’un recours minimal au service (avec une offre de soin gratuite bien sûr). Mon idéal à moi serait de ne pas avoir besoin du médecin et que celui-ci soit peu présent dans ma vie.

Or la population française n’est pas en mauvaise santé.

En revanche elle a beaucoup recours à la médecine. Elle y a recours parce que tout dans notre société lui dit d’y avoir recours.

Les institutions ne cessent de « parler » de santé et achètent des espaces publicitaires dans les médias. Se surajoutent à cela les publicités des mutuelles, les émissions grand public…Plus ma carte vitale présente dans mon porte-monnaie.

Et tout cela selon le même discours :

-Il vaut mieux …Car on ne sait jamais.

Vous avez mal à la tête, ce n’est sans doute rien mais si c’était un AVC.

Le bébé tousse, ce n’est sans doute rien mais…La bronchiolite.

Vous désirez une reconstruction, il vaut mieux avoir un deuxième sinon un troisième avis.

Et là il y a symptôme, mais nos institutions disent :

-Il n’y a rien, pas encore, mais cela ne saurait tarder et propose coloscopies, mammographies, frottis, contrôles de la peau…Car le cancer guette le désinvolte.

Vous êtes tombés, ce n’est sans doute rien mais une radio…Mais un scanneur. Et vaccinez vous, même si le vaccin n’est pas adapté, car on ne sait jamais!

La société a poussé le vice jusqu’à exiger des certificats d’aptitude pour tout. Aucun risque ne saurait être pris.

Les médecins institutionnels demandent des certificats de reprise pour les enfants malades, exigent des prescriptions d’antibiotiques sans savoir si le bobo est d’origine bactérienne ou virale…

Et là, brusquement, il faudrait que le citoyen, que les petites gens fassent le tri et se défassent de ces conseils devenus injonctions.

L’espace public s’occupant de santé est immense.

Les hôpitaux sont souvent les principaux employeurs des régions. La santé est « LE sujet de conversation » d’une population qui de plus est vieillissante.

C’est un constat…S’il faut tenter de trouver un remède… je propose d’abord de :

-Ranger

Les institutions dont l’objectif est de veiller à la santé de la population se sont trompées et ont laissé glisser leur « cœur de cible » de la population vers l’individu. Elles s’adressent à l’individu en le renvoyant à l’éventuelle urgence de son cas personnel :-ce n’est rien mais au cas où…

Elles fonctionnent face à la population avec des arguments d’émotion qui n’ont pas lieu d’être quand il n’y a pas d’interlocuteur. Quelqu’un de chair et d’os avec lequel on peut discuter et travailler cette émotion.

Que l’individu angoissé (car on ne sait jamais) se précipite vers les solutions proposées sans se questionner plus avant est donc évident.

Ranger, c’est aussi faire ce que l’on connaît et non pas se substituer à l’autre au risque de se méprendre et de proposer des gestes superflus. Que le médecin fasse de la médecine et non de la gestion et inversement sauf cas très particulier.

Il n’est pas cohérent de demander au pharmacien de vacciner avec un produit qu’il vient de vendre. Ce raccourci est malsain, c’est une porte ouverte vers des imprudences et de dangereux raccourcis.

De même que les payeurs, les caisses ne peuvent demander au médecin de réguler l’abus du patient qu’elle-même autorise. Elle ne devrait pas se substituer au médecin en faisant de la médecine à sa place voir par exemple avec Sophia.

Ce type de comportement mène à des actes superflus, des errances, des morcellements de tâches, des patients sur soignés quand d’autres sont négligés, des échecs.

L’institution quand elle imagine l’intervention du généraliste l’imagine comme un relais à son propos, qui exécute ses consignes et elle attend de lui qu’il règle les paradoxes institutionnels qui sont l’injonction à la consommation et la nécessité d’économiser.

Elle va plus loin encore. Elle privilégie les actes techniques médicaux au détriment de la présence humaine.

Moi, patiente, j’ai besoin de quelqu’un qui sache résister à ce « jusqu’auboutisme ». Il me faut l’élément humain et compétent qui peut ranger, qui peut me dire que là le scanneur est fort utile ou qu’en revanche, mon anémie peut s’arranger toute seule, et surtout quelqu’un qui peut me l’expliquer. Il peut grâce à l’échange me renvoyer à la réalité de mon corps et me proposer la réflexion.

En exemple, il peut me décrypter la proposition d’essai thérapeutique autrement que comme un remède miracle ou une solution de la dernière chance. Vraiment le patient cancéreux qui signe pour l’essai thérapeutique, est-il réellement informé « à charge et à décharge » ? J’en doute.

Il y a bien quelques allusions, un ressenti, une vague idée de

«  généraliste  essentiel en tant que pivot d’un système de soins ».

C’est partiellement vrai mais très insuffisant. Le généraliste n’est pas un dispacheur ou un organisateur. Il est bien plus que cela.

Du moins pour moi, patiente.

Mais qu’est-il réellement. Ou que voudrais-je donc qu’il soit?

Pour moi,

Le médecin généraliste veille au meilleur état de santé d’une personne*.

De ce fait son action vise à la cohérence et à la cohésion de l’ensemble des soins qui sont proposés à la personne et cela en connaissance de cette personne et en accord avec elle.

*individu de l’espèce humaine considéré en tant que sujet conscient et libre                     LE ROBERT.

 De fait ce défaut de réflexion a généré une frénésie de décisions, d’actes, de mises en œuvre qui ont toutes un prix mais n’apportent pas ou très peu de résultat en termes de santé. En revanche cela donne du travail à ceux qui les conçoivent et les mettent en œuvre.

Au-delà de cette critique des institutions, il me semble difficile d’attendre d’elles qu’elles s’organisent pour disparaître ou s’effacer mais elles peuvent prendre conscience de cet aspect délétère qui est le morcellement du patient et la déshumanisation et s’organiser pour que le généraliste puisse être conçu comme le contrepoids à ce comportement.

De même que l’offre de soins devient si vaste et complexe qu’un patient tout seul, face à un expert certes mais un expert en morceau de patient, est bien démuni pour faire le tour de la question en connaissance de cause. Je ressens très nettement une poussée commerciale pour le recours aux « innovations », le dernier truc à la mode terriblement coûteux et dangereux mais voilà face à la maladie, à la mort… on ne se donne pas le temps de réfléchir.

Il existe de formidables outils qui sont :

– La sécurité sociale avec son accès aux soins pour tous. Pourvu que ça dure !

-De jeunes médecins, qui ne sont pas dupes du poids de l’argent en médecine

-De vieux médecins, qui ne sont pas dupes non plus.

Avec tout cela, en faisant évoluer notre état d’esprit vers un partenariat, en comprenant que le patient ne demande qu’à choisir pour lui-même si toutefois on lui explique et on lui laisse ce choix, on devrait arriver à recréer une médecine générale digne de ce nom.

En revanche l’enseignement universitaire doit être repensé afin de former les étudiants en médecine générale à savoir chercher les bonnes informations dégagées de conflits d’intérêts. L’enseignement doit être confié à des généralistes qui boutent les labos hors des cours afin que le passage des étudiants à l’hôpital soit fait en connaissance de cause. Il faut inclure l’éthique, la lecture critique, des séances de réflexion entre avantages et inconvénients des soins, en prise de risque, en épidémiologie à partir de la médecine générale, en relation au patient et aux familles, en réflexion anthropologique et cultures étrangères. Bref des sciences humaines, beaucoup plus.

Je jette tout cela un peu sans savoir vraiment, je le reconnais, sinon que les internes que je rencontre me disent apprendre beaucoup de choses mais peu qui ont à voir avec la pratique en médecine générale et peu qui ont à voir avec la relation complexe au patient.

Et je ne peux que souhaiter que les médecins installés prennent des internes et des externes…

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