Tiers payant généralisé et crise de la médecine 1

D’où je parle pour m’autoriser à parler de médecine ?

Avant tout de ma situation de patiente.

Puis accessoirement de ma situation d’épouse de médecin généraliste. Généraliste et syndiqué.

Et finalement de ma place de citoyenne.

Voilà qu’une bonne partie du monde médical est en ébullition. Tous les médecins sont vent debout.

Pas tous au sens de chacun, mais tous les types de médecins.

Secteur 1 et 2, urgentistes, hospitaliers, libéraux, salariés, généralistes, internes et spés, cliniques privées et service public.

Tout cela à partir de cette annonce qu’est la généralisation du tiers payant.

Alors de ma situation de patiente je réfléchis à ce que veut dire « tiers payant généralisé ».

Je n’ai jamais payé chez le radiologue, grâce à ma carte. C’est cher et chez moi le TPG existe depuis longtemps.

Quand j’allais chez une gynéco, la secrétaire regardait ma carte vitale avec dédain et je payais plein pot. Sans doute que c’est le prix à payer pour un « soin » personnalisé de sa féminité!

Ailleurs on me demande ma carte et je paie quand même, puis parfois rien. D’autres fois avec ma carte, je paie mais un peu moins. J’ai cessé de vouloir comprendre.

Pour finir le pharmacien prend ma carte et ne me demande rien, quoique pas toujours.

Tout ça, c’est quand même sous réserve d’avoir une carte vitale et du coup la carte vitale est comme la matérialisation de cette notion du tiers payant.

C’est un peu comme une carte bleue. Elle a le même format.

La carte vitale vue comme une carte de paiement ? Un peu, oui.

Dans mon petit porte-monnaie très humble il y a deux cartes, la carte bleue et la carte vitale. Et c’est bien pratique.

Le TPG ne peut être conçu que comme une avancée par les patients. Pour le patient comprendre par ailleurs ce que cela implique en complication pour les médecins est bien plus difficile.

Nous les patients, pas chacun d’entre nous mais beaucoup d’entre nous, ne maîtrisons pas la complexité du système. Le TPG contribuerait à le simplifier.

On comprendrait mieux ? Tout dans la médecine est compliqué. Être souffrant est compliqué en soi et le monde médical n’arrange rien à cette complication. Le verbiage indigeste des médecins, les offres multiples des mutuelles, le fonctionnement administratif et lent des caisses, le soin privé en hôpital public, le soin public en clinique privée…Franchement, c’est obscur. Et ma carte vitale est juste le petit rai de lumière d’une lampe de poche au bout de ses piles.

Pas grand-chose, mais sans elle je tombe.

En tant qu’épouse, je n’ai pas grand-chose à ajouter. Sinon que d’un commun accord nous avons décidé de renoncer aux contrôles de paiement des tiers payant sous peine d’y passer des jours et des nuits. Tant pis. Et bien que refusant la généralisation du tiers payant, l’essentiel des patients du cabinet paie en tiers payant !

C’est paradoxal mais bizarrement, je le comprends.

La citoyenne que je suis écoute la radio et lit le journal. Certains disent que le tiers payant pousse à la consommation et le refusent sous ce prétexte, et d’autres disent que ce n’est pas vrai. Je ne sais pas. Mais je pense comme d’habitude que nous sommes différents. Sans doute que certains abusent, et d’autres non…Faut-il pour autant punir l’ensemble d’une population à partir de quelques situations d’abus ? Peut-être que le payeur, soit la CPAM, pourrait contrôler le patient qui abuse. Tout simplement.

Et sans attendre du médecin que celui-ci fasse la police. Il est déjà assez difficile de faire le médecin.

Mais la citoyenne se questionne au sujet du poids symbolique de cette petite carte et de ce qu’elle représente dans nos imaginaires.

C’est vraiment quelque chose cette carte vitale qu’on nous somme d’avoir toujours avec nous comme une assurance, une béquille, un talisman, un sésame.

Parfois, maintenant, elle peut même servir comme une carte d’identité. Et pour cause, il suffit d’y jeter un œil et d’être démasqué :- Ah! Vous êtes en ALD ?

Finalement l’image de l’homme moderne se précise à partir du contenu de son portefeuille. L’homme moderne paie des biens de consommation avec sa carte bleue et paie des biens de santé avec sa carte vitale.

L’homme moderne témoigne de son obsession de la santé par la permanence physique de sa carte vitale, par tout ce discours social autour de ce petit objet pas vraiment obligatoire mais nécessaire.

Un jour peut être une carte vitale « gold »…

Mais aujourd’hui c’est encore la même pour tout le monde.

Comme si nous étions tous logés à la même enseigne…Et c’est faux. Même en obtenant le tiers payant généralisé.

C’est pourtant la posture étatique.

Le TPG ? Bien sûr que c’est mieux de ne pas faire l’avance des frais pour les patients qui n’ont pas de sous…Mais c’est bien tout. Les dépassements, les mutuelles, les choses certes essentielles mais non remboursées resteront à payer. Les vrais problèmes ne se règlent pas avec le TPG.

Mais cette annonce de TPG n’est que le déclencheur. Elle a un défaut. Elle laisserait entendre que le mécontentement des médecins est du à un problème de rémunération. Ce serait juste une histoire de sous. Il suffit d’observer comme ce ras-le-bol est consensuel pour savoir que la crise est profonde et bien plus large qu’un simple problème d’argent qui n’en est que le symptôme.

C’est une crise de la médecine au sens large, une médecine qui fonctionne en roue libre depuis longtemps et ne sait plus ce qu’elle est. Elle s’est disloquée, éparpillée et a perdu sa cohésion. Se greffe là-dessus l’irruption brutale de nouvelles technologies dont on ne mesure ni le prix réel ni le prix symbolique.