Transition médicale

Il n’échappe à personne que les temps changent. Selon le même principe que la transition énergétique, il faudrait peut-être imaginer une transition médicale.

Reprendre les données à la base et les réfléchir au risque de foncer droit dans le mur.

De nouvelles technologies ont fait irruption dans notre espace médiatique ces dernières années. Certaines sont faciles à comprendre comme la télémédecine ou les objets connectés qui ne sont que des outils facilitateurs. Juste des outils.

Que le diabétique puisse de façon autonome contrôler sa glycémie ou l’hypertendu contrôler sa tension, pourquoi pas. Que la télémédecine soit une aide au diagnostic quand un patient ne peut se déplacer ou habite loin d’un hôpital est vrai aussi. Mais ces technologies sont des outils et les outils ne sont rien sans le bon artisan qui va avec.

Après cela, il y a les progrès dans l’imagerie médicale. On voit tout et même plus, et ce tout qui se voit est considéré comme un potentiel pathologique. Cela se complique.

Taches sur les poumons, traces d’AVC, foies kystiques et « gras », biologies atypiques. Plus on cherche, plus on trouve. Et on cherche beaucoup, et on déstabilise des patients qui sont dans l’illusion d’un corps « pur » et demandent à le retrouver. Là l’outil commence à prendre beaucoup de place et domine l’artisan (ou le technicien ?) qui ne sait que renvoyer vers d’autres outils.

Puis les analyses génétiques. Elles donnent des pourcentages de probabilité d’être un jour malade. D’un instant à l’autre une personne saine se conçoit malade uniquement par le fait d’un test. Ensuite on « soigne » les testés comme on soigne les malades alors qu’ils ne le sont pas. Il existe un outil certes, mais on ne sait pas s’en servir. Comme si on tuait un moustique posé sur une vitre en portant un gant de boxe.

Si parfois une recherche génétique peut avoir du sens, il faut en envisager l’usage et le soin qui va avec autrement, au risque sinon de transformer le pays en un grand hôpital, au risque de pourrir la vie de tous ceux qui ne penseront plus qu’à leur santé et à leur survie en oubliant de vivre.

Nous sommes tous des malades potentiels, c’est ainsi. On meurt rarement en bonne santé. Il est même nécessaire que notre santé se dégrade pour enfin pouvoir mourir.

Alors, où met-on le curseur ? Où peut-on dire qu’on est en bonne santé ou malade ?

Que veut dire « être malade » ? Jusqu’où peut aller la prévention sans devenir intrusive et liberticide? A-t-il un sens de vouloir tout prévenir ? Et à quel prix ?

Or nous sommes en « crise ». Elle plonge le pays dans la dépression et crée un sentiment « d’urgence ». Et l’urgence empêche de réfléchir.

Beaucoup d’entre nous ressentent quelque chose de comparable à « l’ostalgie ».

La part que nos politiques consacrent au tourisme mémoriel en est la preuve.

On se souvient la larme à l’œil des symboles de ce progrès en marche. À l’emporte-pièce : la résistance et la victoire sur le totalitarisme, la puissance de notre industrie nucléaire, la pilule et l’avortement, l’airbus et les voitures.

Les politiques regardent en arrière et tentent de faire comme si on y était encore ou essaient de réanimer de beaux restes.

Mais il est difficile voire impossible de ressusciter l’industrie trop chère chez nous. Et bien qu’on se refuse à le reconnaître l’industrie nucléaire a piégé le pays dans l’illusion du progrès.

Quant à la victoire sur le totalitarisme…Je vous laisse juges !

Mais la pilule…L’avortement, et par extension tout ce qui touche à la santé, voilà la poule aux œufs d’or. Avec les nouvelles technologies médicales…le marché est ouvert.

Un jour, la France fut un pays prospère et disait d’elle-même qu’elle avait le meilleur système de santé au monde, elle le dit encore!

J’avais été surprise aux Etats-Unis de la place de la santé dans l’espace public. J’avais été surprise qu’une femme me demande dans le train « are you healthy » https://martinebronner.wordpress.com/2013/05/24/are-you-healthy-la-sante-aux-etats-unis/ comme si elle me demandait si j’ai des enfants ou si j’habite en ville…Et en fait je me disais que la croissance matérielle (et le commerce qui va avec) était au bout de ce que l’on pouvait faire. On ne va pas acheter une troisième voiture, un autre frigo, un deuxième four à raclette. En revanche dans le flou de ce qu’est la « santé »,   on peut créer indéfiniment de nouveaux besoins.

Étrangement la santé devient une sorte de bien matériel !

Le « are you healthy ? » serait une question au même niveau que « As-tu le dernier i-phone ? ».

Il est significatif qu’un de nos anciens ministres retourne à l’école, une école très chère, pour créer une entreprise dans le domaine médical.

Il apprend à vendre, mais apprend-t’il à comprendre ce qu’il vend ? Apprend il à en mesurer les tenants et les aboutissants ?

Il va attendre de ce marché de la santé un retour sur investissement.

La santé est conçue comme une opportunité de marché créatrice d’emplois et de richesses. Et cela d’autant mieux que notre pays cherche à se valoriser et à réanimer des domaines où il dit exceller.

Nos édiles continuent à rêver de croissance et celle-ci se ferait selon des modèles qui font partie de l’imaginaire de notre identité nationale :-une industrie médicale de l’excellence.

Allier à la fois le souci que l’on a de la santé du citoyen et en faire par la même occasion un domaine de ressources financières, l’occasion est trop belle, trop alléchante. De plus un certain discours de médecins-hommes d’affaires poussent à la roue au prétexte de retards que nous prendrions face aux Etats-Unis plus décomplexés et de ce fait augmentent encore ce sentiment d’urgence.

C’est une non-pensée politique. Continuer à promouvoir ce type d’industrie sans la réfléchir, c’est promouvoir la systématisation et de ce fait la dépersonnalisation. Les attitudes systématiques sont absorbées par le souci de leur propre fonctionnement et rentabilité et oublient quel sens elles ont.

L’obsession de l’excellence via la technologie fait fi de la personne qui en est l’objet et n’intègre pas l’humain doté de sa propre vision du monde.

Il ne reste in fine que l’outil face à un client. Et nos institutions organisent la catastrophe. La médiatisation de produits de santé est faite par des communicants qui vendent un produit comme si la santé était un litre d’huile ou une paire de chaussettes. Les médecins qui restent semblent se défausser sur les communicants de leur rôle de médiateurs, de veilleurs. Voyez le MIS, institut du sein de Montpellier qui vend le dépistage de façon « ludique » avec un compteur de femmes engagées ! Voyez Gustave Roussy, a priori une grande maison qui finance des films sans en examiner le contenu.

Les institutions shuntent le généraliste et font vacciner la foule par le vendeur du vaccin. En fait les institutions tentent d’enlever l’intermédiaire entre les actes et le client. Elle veut enlever le médiateur et la variable d’ajustement. Elle veut enlever celui qui réfléchit au lieu d’appliquer.

Ce comportement est l’enfant monstrueux de l’idéologie de la croissance et de l’idéologie post-chrétienne d’une gauche qui décide de ce qui est bon pour les autres.

Knock avec les beaux yeux et la moustache de Schweitzer !

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