J’aurais été invitée à parler d’octobre rose.

Je serais là, me tortillant sur ma chaise avec l’étrange sentiment d’être le petit caillou dans la chaussure, le truc qui enquiquine.

J’aurais été là, face à des femmes, des anciennes patientes, des toujours patientes, des amies et des filles de patientes.

J’aurais été un peu gênée de dire que je n’aime pas octobre rose.

Ce serait dire que, si je n’aime pas octobre rose qui est contre le cancer du sein, c’est donc que je serais pour !

Puis je être pour ? Et si je ne suis pas « pour » le cancer du sein, serait-ce dire qu’en fait je nie la réalité du cancer du sein, son existence, sa cruauté ?

Comment ? Et je le vois dans ce regard perplexe et interrogateur de mon public fictif, comment est ce possible d’être contre ? Comment est ce possible de ne pas aimer ce moment de communion pour la « cause » ?

Alors que, enfin nous sommes tous réunis dans la ferveur de l’émotion collective, dans un grand mouvement de solidarité contre cette horrible maladie.

Car voilà si octobre rose ne me convainc pas, si je n’aime pas que la foule me dise ce que je dois penser, je pourrais au moins avoir le bon goût de ne rien dire.

Et je sais que si je disais qu’octobre rose est un schmilblick commercial, certaines me répondraient : -Et alors ? C’est toujours mieux que rien ?

Si je disais que pour s’inscrire en ligne à la course le site me redirige vers des magasins de sport pour acheter des chaussures, on me répondrait que c’est l’occasion ou jamais de me mettre au sport et surtout que si ces maisons sponsorisent il est normal qu’il y ait un retour sur investissement…

Si je questionnais pour connaître la provenance de ces masses de ticheurtes roses peut-être de ces pays où de toutes petites mains cousent pour une aumône, on me dirait :-Arrête, m…., Tu nous gâches la fête.

Vous avez entendu, c’est une fête !

Si je disais que sous couvert de réunir des fonds pour la recherche certains grands noms de l’industrie cosmétique se régalent doublement au passage en vendant beaucoup plus que d’habitude grâce à cette publicité bon marché, et que même KFC (kentucky fried chicken) et Smith & Wesson (avec un beau petit colt rose pour femme) en faisaient partie mais que là quand même…on a un peu fait le ménage ;  on me dirait : – Ouais, mais c’est les « States », chez nous ce n’est pas pareil. Et puis oui c’est un peu vrai, mais c’est pour la bonne cause !

C’est pour que plus de femmes s’informent au sujet du dépistage.

Là je me tortillerais plus encore sur ma chaise et je chercherais du regard les institutionnels dans la salle, ceux qui organisent, ont des idées, créent des slogans, publient des affiches et réfléchissent à comment fabriquer l’ « éthique » du dépistage.

Octobre rose et toute la machine qui va avec, c’est eux, c’est leur bébé. Comment faire pour dire que je ne supporte plus les cris de leur bébé avec son éternel pyjama rose.

Comment faire pour qu’ils cessent la manipulation des mots, les discours convenus et stéréotypés, ce que Rachel Campergue appelle le « storytelling » du cancer du sein. C’est grâce à elle que j’ai compris tout ça. Avant je sentais qu’il y avait un lézard, une distorsion entre le discours du cancer du sein et la réalité mais je ne savais pas vraiment en quoi. D’ailleurs elle décortique tout ça dans son nouveau livre. http://www.amazon.fr/Octobre-Rose-mot-maux-libert%C3%A9-ebook/dp/B00O4EUM2O/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1412296814&sr=8-2&keywords=rachel+campergue

Je dirais que le dépistage, c’est bien quand on est informé correctement des avantages et des inconvénients. Parce qu’il y a aussi des inconvénients. Et dans l’état actuel des connaissances scientifiques il n’y a pas urgence et les femmes peuvent réfléchir et choisir à tête reposée.

C’est le moment où je me tortillerais encore sur ma chaise en regardant les médecins cette fois-ci. Car je sais que je ne m’autoriserais pas trop à parler de dépistage.

On laisse les trucs scientifiques aux médecins, les patientes ne comprennent pas. À elles on ne laisse que l’émotion.

J’aurais bien trop peur qu’un médecin se cache derrière sa science, je ne me vois pas lui dire que les études sans conflits d’intérêts…Devant un public agacé du petit caillou dans sa chaussure et convaincu de mon ignorance et de ma pédanterie. Imaginez…

J’ai déjà écrit sur octobre rose et rien n’a changé donc les billets sont toujours d’actualité.

Je vous rappelle les travaux de La Cochrane

Conformément à la politique de la Collaboration Cochrane, le Centre Cochrane Français ne reçoit pas de financement provenant de source commerciale ou de toute autre source à but lucratif ayant un intérêt réel ou potentiel dans les conclusions d’une revue spécifique.

Entre autres partenaires financiers de la Cochrane:

la HAS, le ministère de la santé et des affaires sociales, l’INSERM, Parie-Descartes etc

Conclusions : Dépistage du cancer du sein par mammographie

 Le dépistage par mammographie utilise la radiographie pour détecter un cancer du sein avant qu’une grosseur ne soit palpable. L’objectif est de traiter le cancer de manière plus précoce afin d’accroître les chances de guérison. Cette revue inclut sept essais portant sur 600 000 femmes âgées de 39 à 74 ans randomisées pour des mammographies de dépistage ou une absence de mammographie. Les études rapportant les informations les plus fiables montraient que le dépistage ne réduisait pas la mortalité par cancer du sein. Les études qui étaient potentiellement les plus biaisées (les moins rigoureuses) indiquaient que le dépistage réduisait la mortalité par cancer du sein. Néanmoins, suite au dépistage, certaines femmes se voient diagnostiquer un cancer qui n’aurait pas entraîné de maladie ou de décès. À l’heure actuelle, il est impossible d’identifier les femmes concernées, qui risquent donc de subir une ablation du sein ou de la grosseur et de recevoir une radiothérapie inutilement. Si l’on considère que le dépistage réduit la mortalité par cancer du sein de 15 % au bout de 13 ans de suivi et que le surdiagnostic et le surtraitement s’élèvent à 30 %, cela signifie que, pour 2 000 femmes invitées à participer à un dépistage au cours d’une période de 10 ans, un décès par cancer du sein sera évité et 10 femmes en bonne santé qui n’auraient pas été diagnostiquées si elles n’avaient pas participé au dépistage seront traitées inutilement. En outre, plus de 200 femmes se trouveront dans une situation de détresse psychologique, d’anxiété et d’incertitude importantes pendant des années en raison de résultats faussement positifs.

 Les femmes invitées à participer à un dépistage devraient être pleinement informées des effets bénéfiques et délétères. Pour garantir le respect du choix éclairé des femmes envisageant de participer à un programme de dépistage, nous avons rédigé une brochure factuelle destinée au grand public et disponible dans sept langues à l’adresse http://www.cochrane.dk. En raison des importants progrès réalisés en matière de traitement et d’une plus grande sensibilisation au cancer du sein depuis la réalisation de ces essais, il est probable que l’effet absolu du dépistage soit aujourd’hui plus limité. De récentes études observationnelles suggèrent que le dépistage entraîne davantage de surdiagnostics que dans ces essais et une réduction limitée ou inexistante de l’incidence des cancers avancés.

 Pour en savoir plus :

http://cochrane.fr/index.php?option=com_k2&view=item&id=4827&recherche=cancer+sein&Itemid=537

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