Une petite idée sur une « culture rose »

Y aurait-il une proximité entre la « culture gay » et la « culture rose » ?
On défile dans les rues, en « gay pride » et en « courses roses ». On accroche un ruban à sa poitrine, on a ses stars porte-drapeaux et victimes sacrificielles.
Et tout ça nous vient des États-unis…
Peut-être que la proximité s’arrête à la forme ?
La culture gay n’a a priori rien de consensuel. Elle est un havre, un refuge pour une population exclue de la société en particulier par une norme religieuse qui faisait la norme sociale. Elle s’est structurée entre autres dans la revendication de soin dès l’apparition du sida et dans la revendication de considération et d’acceptation dans la dépénalisation de l’homosexualité. De fait la communauté gay existait avant le sida, mais le sida l’a fortement soudée.
Elle a en quelque sorte su remodeler rapidement un «environnement de pensée » sur l’homosexualité (quand bien même les vieilles représentations restent présentes). Ces choses se sont faites dans le rapport de force, dans la provocation parfois, dans la réaction à l’ordre établi. Mais, les lignes ont bougé.
La culture rose, c’est un peu différent. La société est unanimement mobilisée contre le cancer du sein. Ce n’est pas une maladie que certains associent à un comportement dit déviant (quoiqu’on pointe quand même du doigt ces vilaines femmes qui ne font pas de sport, qui fument et boivent, qui mangent du chocolat et se gavent de pâtisseries).
Elle s’est comme élaborée selon le modèle de la « culture gay ». Faute d’imagination ou pour faire pareil, elle a repris l’idée du ruban en l’édulcorant et en a fait un ruban de fille plus soft.
Une « gay pride » est une manifestation déjantée, une exhibition païenne, un pied de nez aux convenances. Une course rose est un défilé d’uniformes de ticheurtes roses avec en guise d’épaulette le petit ruban et des danses au pas de l’oie.
Pourtant il y a quelque chose dans l’émergence de la culture rose qui serait comme une réaction à un ordre établi. C’était l’ébauche d’une démarche féministe et puis, rapidement elle est devenue son contraire, ou peut-être faut-il y voir un féminisme « soft » ?
Il y a bien eu la volonté de faire savoir que la maladie touche une population importante d’un seul sexe et que cette maladie touche à son identité. De même que revendiquer un soin qui s’articule autour de ce point identitaire était donner de la considération à cette spécificité et sortir d’un soin limité à la femelle gestante. Les femmes ont progressivement investi l’idée de féminité autrement qu’en la niant, la cachant, ou en ayant honte de cette féminité encombrante dite hystérique.
Par un logique retournement de situation, ces spécificités identitaires ont été accaparées par un même système infantilisant. On a finalement bien voulu reconnaître ce drame féminin comme réel. Mais on l’a regardé aussitôt comme préjudiciable au bonheur des hommes.
Eh oui! une femme malade de ses seins est moins désirable…Et si elle souffre psychiquement et qu’elle déprime, sa libido en berne va nuire à celle de son mari.
On voulait d’abord être soignée et considérée en tant que femme meurtrie dans cette féminité oblitérée par une médecine unisexe dominée par le modèle masculin. Mais en tant que femme, non en tant que femme-enfant ou femme-objet.
Ce qui veut dire que ce cancer du sein, de drame personnel est devenu drame social. Des femmes de président des États-Unis avaient été touchées et le disaient. Soudain on en parlait.
Mais en même temps, les femmes ont laissé se structurer l’image de cette féminité selon l’angle du désir masculin. Elles ont en quelque sorte figé cette notion de « féminité » dans des stéréotypes, toujours selon le regard masculin.
Si la culture gay est plus sauvage et libertaire, ce n’est pas le cas de la culture rose aussitôt appropriée et construite par le génie du marketing.
La pseudo culture rose est accaparée totalement par le commerce de la santé et de la beauté. Il suffit de regarder qui sont les financeurs et comment cette culture s’exprime.
Ce côté féministe, à l’égal de la couleur de la robe de Barbie, s’est pastélisé et affadi, il n’a même pas eu le temps d’émerger en fait.
La « culture rose » est surtout politiquement correcte.
En revanche l’intrusion progressive de cette culture dans les pays émergents, très souvent musulmans, reste une forme de féminisme. Un féminisme « doux » où il ne s’agit pas de revendiquer une liberté inaudible par les hommes mais un droit au soin de la féminité. Dire que l’on soigne ce qui fait la féminité c’est dire aussi que la société reconnaît et accepte son existence et surtout… Soignée dans le cadre de ce que l’on soigne chez un être humain… c’est dire que l’on est un être humain. C’est donner aux femmes un statut qui ne serait plus celui du bétail, qui une fois de plus ne les réduit pas à leur fonction de femelle gestante.
J’ai rencontré en France des Algériennes dont le mari envisageait leur retour au pays et la répudiation comme on jetterait un objet défectueux. Cela signifiait pour elles l’arrêt des soins.
C’est aussi pour les jeunes citoyennes et relais d’opinion de ces pays qui soutiennent la « culture rose » une prise de parole de femme…C’est un début. On voit là que l’enjeu dépasse le problème médical en soi.
C’est tout juste un problème politique sinon éthique ou même simplement humain. Les femmes sont des hommes comme les autres !
Ce qu’elles ne mesurent pas, c’est la perfidie du message. Quand elles entrevoient de prendre enfin leur vie, leur destin en main en acceptant ce modèle occidental de ce qui leur semble un « progrès » médical, elles changent à peine de maîtres. Elles font par ce biais le marché d’un commerce de santé.
Commerce pour l’industrie médicale et cosmétique de l’occident et pour une élite médicale (et masculine en grande part) de leurs propres pays.

Cela dit, un point commun de ces cultures et non des moindres est la célébration du « corps » et la relation à faire entre : – corps- identité- sexe(-ualité).

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