Plan cancer 3 bis, le mien…

La nécessité d’impliquer le médecin traitant surgit d’évidence déjà à la lecture du plan cancer 2. Trois fois sur quatre, le patient va directement chez son médecin traitant en sortant de chez l’oncologue. Le plan cancer 3 établit le même constat, mais rien ne change.

Cette réalité s’impose pourtant et demande à être explorée et comprise.

Face à la reconnaissance de cette réalité, les concepteurs de plans cancer tentent de se servir de ce fait et de remodeler une place au médecin traitant et ça ne marche pas.

Cette place que l’on remodèle, le généraliste refuse de la prendre. Combien de fois entend on des remarques de type :- ça leur est égal, ils n’ont pas le temps, ils ne viennent pas quand nous les invitons, ils râlent et ne proposent rien.

Mais en fait le généraliste a déjà une place auprès de son patient que l’institution n’a jamais interrogé ou qu’elle ne veut pas connaître.

Pourquoi ?

Peut-être parce que de loin, très schématiquement, la médecine est vue comme fille de la science. Plus on est spécialisé, plus on est considéré comme excellent et c’est à l’hôpital que cette excellence trouve la technologie nécessaire à son expression. Le soin du patient cancéreux est conçu comme un travail d’excellent artisan qui maîtriserait parfaitement son outillage, son « arsenal » thérapeutique. Précision de la chirurgie assistée de radiothérapie ou autre, alchimie délicate de chimios avec chambres implantables, potences bippeuses, machines ultramodernes et hyper dangereuses embétonnées dans des sarcophages que Tchernobyl nous envierait. Bref, l’excellence dans la modernité, la précision, la sophistication, la dangerosité, l’ hyperspécialisation et son corollaire : la complexité et l’opacité.

Un médecin généraliste est aux antipodes de ce schéma. Son excellence ne se mesure pas à son hyperspécialisation et au raffinement de sa technologie. D’ailleurs on dit rarement d’un généraliste qu’il excelle. On dit de lui qu’il est « bon ». Nous sommes dans d’autres registres, mais plus du tout dans la fascination d’une modernité. De ce fait l’excellence désirée dans le soin du cancer semble ne pas s’accommoder de ce qui se trouve hors des murs, hors des structures, hors des normes. Bref, le généraliste serait surtout un électron libre, solitaire, rétif à toute maîtrise, voire un incompétent.

Ceci n’est pas le fruit d’une analyse pointilleuse et élaborée. C’est tout le contraire, c’est un ressenti. Mais j’ai le sentiment que c’est sur ce ressenti qu’agissent les rédacteurs du plan cancer.

Un bruit de fond à l’ancienne, une vieille mélodie qui nous reste des trente glorieuses, un état d’esprit qui perdure et que nous ne questionnons jamais.

Un bruit de fond qui est à la source d’aberrations…

Pour l’essentiel le médecin traitant n’est donc envisagé que comme un rabatteur car la population vient spontanément à sa rencontre. Il repère dans le cheptel les éléments susceptibles d’être vaccinés, dépistés, soignés. Il repère dans le cheptel les éléments susceptibles de faire partie d’essais thérapeutiques.

Il transmet au cheptel la parole institutionnelle et, à cette fin, on lui créera les outils nécessaires. Information « objective » concernant les dépistages, information nécessaire à un bon adressage etc. On lui donnerait même un numéro de téléphone référent au centre anti-cancéreux du coin. Mais il n’est pas considéré comme partenaire, il est « aux ordres ».

Comment en tant que médecin généraliste ne pas s’agacer de tant de méconnaissance de la réalité de sa tâche. Le patient n’est là qu’un élément du cheptel et il est ignoré dans ce qu’il est simplement un être humain. Pourtant il est question de médecine personnalisée mais là encore le patient finit par être réduit à son « génome».

Le tout est en fait une question de point de vue.

Le plan cancer et son application visent une population, un groupe et déploie toute son énergie vers une uniformisation des comportements quand la médecine générale joue un rôle d’équilibriste et ne peut structurellement qu’agir au cas par cas. C’est d’ailleurs là tout son sens et son intérêt. La technologie du généraliste c’est son cerveau. Grâce à lui il analyse, évalue, hiérarchise l’interaction de son patient avec son environnement au sens large afin de trouver l’équilibre nécessaire au meilleur soin du patient.

En fait le plan cancer vise à optimiser ce qui concerne le cancer et non pas le meilleur soin du patient qui porte ce cancer.

Si on a une bonne représentation de comment soigner le cancer on passe complètement à côté de la personne.

Le médecin généraliste n’a pas besoin d’être compétent dans le cancer, pour cela il existe les oncologues, mais malheureusement les institutions focalisent sur la maladie au lieu de se focaliser sur la personne et ignorent qu’il faut une autre compétence.

Et pour cause. Car si nous savons que le domaine d’excellence de l’oncologue est le cancer, comme le domaine d’excellence du cardiologue est le cœur, nous ne savons pas vraiment quel est le domaine d’ « excellence » du généraliste. Pour l’instant on le verrait encore comme celui qui vulgarise les spécialités, touche un peu à tout après avoir lu et décliné dans toutes les spécialités un manuel de trucologie en 10 leçons.

Si je faisais confiance aux institutions, je suggérerais des états généraux de la médecine générale, ce ne serait pas du luxe !

Le médecin généraliste est au contact d’un patient qui ne se réduit pas à un cancer, il le connaît d’abord en tant que personne. Il connaît l’ensemble de son état pathologique, social, familial…Il connaît un être humain dans son environnement.

Le soin et son efficacité ne peuvent se mesurer qu’à l’aune du ressenti du patient que celui-ci exprime au médecin traitant. Quel intérêt pour le patient d’être guéri si celui-ci se ressent comme malade ?

Est il pertinent de proposer une chimiothérapie à un patient âgé quand celui-ci ne le désire pas ? Est il pertinent de ne pas proposer de chimiothérapie à un patient âgé qui le désirerait ?

Cette complexité d’analyse qui inclut une réflexion concernant la vision du monde d’un patient ainsi que l’état de son corps et de son psychisme est d’évidence du ressort du médecin traitant.

Le patient a choisi son médecin traitant tel qu’il lui convient. Il a pu le choisir parce qu’ils partagent des façons de voir la médecine et la santé, comme il a pu le choisir en opposition à sa propre vision du monde afin de trouver dans la parole du médecin un pendant à sa façon de voir les choses. En tous les cas, cela relève du choix du patient.

Si le patient se précipite chez lui c’est pour avoir une traduction de ce que l’oncologue lui a dit. Faire la relation entre ce domaine dit si compliqué, si ardu qu’est l’oncologie et le devenir de son propre corps en mots simples permet au patient de se rassurer ou au moins de se familiariser avec ce qui lui arrive. Le médecin généraliste est donc un interprète, un entremetteur, un pont, un partenaire et surtout un adaptateur.

Mais pas uniquement…Aller chez son médecin est le premier pas, absolument essentiel, que le patient va faire. Le cancer va prendre une place dans sa tête qu’il va falloir organiser et gérer. Cette démarche est la toute première d’un patient qui tente de prendre la main et d’intégrer ce schmilblick dans son univers.

Publicités

5 réflexions au sujet de “Plan cancer 3 bis, le mien…”

  1. Bonjour, ne pensez-vous pas que les patients ont dépassé ce stade du généraliste versus spécialiste ?
    Le rôle du médecin généraliste est primordial dans la phase d’acceptation de la maladie, dans le suivi du traitement et dans l’accompagnement du patient.
    Et je pense que le domaine d’excellence du généraliste est la proximité et la connaissance qu’il a du patient. Et ce n’est pas rien !
    Bonne soirée Martine

  2. Bien sûr que les patients n’en sont pas ou plus au stade du généraliste versus spécialiste mais nos institutions semblent toujours se trouver dans ce bruit de fond!!

  3. Merci Martine pour ce constat que je partage. Et comme le dit Iris, malgré le discours institutionnel, les patients ne sont pas dupes.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s