Publicité…cancer du sein

Sensibiliser au cancer du sein ne veut rien dire. Depuis qu’Octobre Rose a « démocratisé » le cancer du sein en appelant tout le monde sans nuance à se manifester contre la maladie (ce qui entre nous, nous fait une belle jambe car ne change rien à la réalité du cancer), depuis les écrans de télé, les ordinateurs, les murs des villes arborent dans une belle unanimité des représentations de seins nus.

On crée un climat de terreur où dans un premier temps on capte la population par l’image emblématique de la  séduction, pour aussitôt la terrifier à l’idée de la perdre.

Il y a là un yoyo perfide dans une promesse de jouissance que l’on associe aussitôt à la mort. Éros et thanatos, vite fait bien fait.

 L’opportunisme marchand étant ce qu’il est, le « pinkwashing » est apparu.

Faisant miroiter deux sous pour la recherche, de nombreuses sociétés se sont associées au label « rose » afin d’inciter les femmes à acheter sous le couvert d’une bonne cause.

C’est répugnant à deux égards au moins. D’une part, les marques associées à ce label retirent un bénéfice intéressant grâce à ce simulacre d’investissement, mais par ailleurs les consommatrices jouant ce jeu sont dans un réflexe égocentrique absolu. 

Comme si elles donnaient pour se prémunir de ce qui leur pend au nez, comme si elles donnaient, convaincues qu’un jour elles aussi seront concernées, tout se fait dans ce paradoxe et cette idée vague. Je ne vois pas le même engouement pour une pathologie exotique, ce système repose entièrement sur le fait de se sentir concerné.

En effet bien que cette pathologie existe partout au monde, elle a quelque chose de typiquement occidental au sens où :

-Elle touche les femmes dans ce qui les « fait femme » dans notre société du paraître. Le sein est leur vitrine, c’est dans le décolleté que se niche et se révèle la femme.

Il suffit de relever le nombre de magasins de sous-vêtements, le nombre d’opérations esthétiques visant à augmenter ou réduire leur volume…Il suffit de regarder comment les femmes sont habillées en été et quel soin est apporté au jeu du « caché-montré »…Il suffit de relever dans les paroles masculines ce qui concerne les seins des femmes et les qualifie de « bonnes » avec ce geste éloquent des deux mains en coupe devant soi suggérant un soutien gorge bien rempli.

Il suffit simplement d’observer tout ce qui dans notre espace visuel cache-montre des seins, tourne autour des seins.

C’est vertigineux.

Et l’effet pervers de cette obsession du sein est qu’elle a pris une forme entièrement commerciale.

Normal, Le sein est l’outil publicitaire par excellence. Et c’est bien parce qu’il a ce pouvoir de sidération, de captation de l’esprit que le publicitaire s’en sert.

Pour les hommes poser une femme séduisante à côté d’une voiture suggère un horizon de potentialités. Elle sera à lui si toutefois il possède la voiture.

Pour les femmes, poser une femme séduisante à côté d’un parfum suggère un horizon de potentialités, elle séduira tout comme le modèle si toutefois elle possède le parfum.

Oui mais là c’est une femme en modèle…Non pas uniquement une paire de seins. Certes, mais non seulement les seins concentrent, réduisent en eux le concept de féminité mais de plus l’objectif final, cet horizon de promesses n’est pas très ambitieux. Ce n’est pas d’un potentiel de relation qu’il est question mais d’un potentiel de sexualité. Tout ça est affaire de corps, affaire de pulsion.

Donc on observe là un système totalement auto-référent. Une grosse et lourde boule de pétanque qui roule sur elle-même.

Le sein comme outil de séduction, il scotche celui qui le regarde et l’empêche de réfléchir. Mais, perfide, il séduit celle qui veut s’en servir pour séduire. La femme est elle- fascinée par ses propres seins. C’est sans fin et absolument nombriliste et totalement inconscient.

Comme un iceberg, il y a la partie émergée et la partie immergée.

La partie immergée, mort-maladie-mutilations-douleurs-traitements-, c’est certes là mais caché ; ce qui reste est ce que l’on voit et ce que l’on voit prend forme de réalité comme si ce n’était plus que cela : paraître, séduire.

Ce qui serait si horrible serait de détruire l’objet de publicité, ce qui serait si horrible serait de détruire ce avec quoi on se vend!

 Alors qu’est ce que ça donne dans les hôpitaux ? Comment observe t’on une mutation dans les soins de la maladie ?

 En parfaite suite logique, sa prise en charge se fait en miroir à ce qui précède, selon un mode consumériste absolu.

Je suis absolument épouvantée par ce qui se définit comme une prise en charge optimale à laquelle les patientes « auraient droit » du fait de l’horreur de la maladie, du fait de cette atteinte majeure à la féminité. Il n’étonne pas grand monde que les services de sénologie proposent des soins d’esthétique…proposent selon le cas des médecines douces ou installent dans leurs locaux des salles de sport !

Proposent comme si, venant à l’hôpital pour une cure de chimio, on allait dans un centre de remise en forme  se faire cocooner.

L’ensemble se veut certes gratuit sur place, mais définit ces soins comme étant propices, voire nécessaires à la guérison.

Dès l’instant où l’on sortira du cocon de l’hôpital, on pourra donc ouvrir le porte-monnaie pour les crèmes, les homéopathes en secteur 2, les salles de sport spécialisées s’il vous plaît ou les cours de taï chi eux aussi totalement adaptés aux spécificités de la pathologie.

Ah bon, adapté tout ça ? Qui me le prouve ? Y a-t-il des recherches ? Ou serait-ce un créneau en pleine expansion, un marché à créer ou l’argument de l’hyper adaptation à la pathologie définirait en même temps le fait que ceux-ci soient nécessaires pour guérir ou se maintenir « guérie » ?

Étonnant de voir avec quelle ardeur les médecins hospitaliers « officiels » tiennent des propos dévalorisants pour les médecines douces, puis leur réservent un espace « dédié »(j’ai horreur de ce mot) dans leurs services où soudain ces médecines auraient fait leurs preuves dans le lieu réservé de la « psychologie » des femmes qui comme chacun sait est plus que délicate et pénible.

On se moque du monde, on se moque des patientes que l’on chérit dans l’accessoire et néglige dans l’essentiel. Car cette surmultiplication d’offres est aussi une merveilleuse possibilité d’évitement pour les médecins qui occupent si bien leurs patientes qu’ils peuvent se limiter aux actes techniques et botter en touche pour ce qui relève de la relation et qu’on laisse obligeamment aux spécialistes de l’accessoire.

 Et puis étrangement cela va confiner cette pathologie aux choses du paraître et donner un souffle futile et léger à l’affaire quand en même temps c’est justement ce qui touche au paraître qui lui donne tant de cruauté.

Les pauvres non patients en cancer du sein mais en d’autres pathologies auront bien moins de considération car ils ont un cancer moins « glamour » et donc commercialement moins intéressant mais aussi émotivement moins touchant.

Lors de ma vie associative où je rencontrais une patiente pour parler cancer du sein, la voisine de chambre au moment où je m’en allais me dit :  « moi aussi j’aurais besoin de parler à quelqu’un…Mais je n’ai qu’un cancer de l’œsophage ! »

 

 

Publicités

4 réflexions au sujet de “Publicité…cancer du sein”

  1. Franchement, j’adhère totalement à cette vision alternative! Je trouve très audacieux et courageux de mettre un grand coup de pied au derrière du cancer politiquement et médicalement correct.

  2. Je comprends votre vision et certains arguments mais j’avoue que je ne l’approuve pas vraiment. Pour moi, si l’on parle plus du cancer du sein, c’est aussi parce qu’il provoque plus de décès en France que les autres cancers : le cancer du sein est le cancer provoquant le plus de décès et chaque année on dénombre 40000 nouveaux cas soit près du tiers des nouveaux cas de cancer.

    D’autres parts, je suis bien consciente que les marques font leur « com » sur le cancer, mais en même temps ne vaut-il pas mieux qu’elles soutiennent une cause de la sorte et reverse une partie de leurs bénéfices à cette cause plutôt que de reverser leur budget « com » à un club de foot ou tout simplement aux médias ?

    1. Au tout début de mon parcours dans le « crabe » je pensais aussi que c’était mieux que rien, ces « deux francs six sous ».
      Puis je me suis aperçue que les ressorts sont bien plus compliqués que ce que l’on imagine. Certains industriels peu scrupuleux auront intérêt à ce que la population acheteuse augmente. je ne parle pas du « petit » commerce de lingerie etc mais de la création d’une « pensée » au sujet du cancer du sein qui deviendra si présente, si enveloppante, englobante au sens où elle s’adressera à toutes les femmes en leur laissant entendre qu’elle sont toutes concernées. De ce fait elles iront plus facilement se faire dépister alors que l’acte n’est pas nécessaire, voire délétère. Je me permets de vous rendre attentive à la problématique du sur-soin, du sur-diagnostic qui engendre une prise inutile et dangereuse de médicaments, d’actes chirurgicaux dangereux, de reconstructions etc etc.
      Oui, le cancer du sein touche et tue beaucoup de monde et ce n’est pas les soutiens financiers qui y changent quelque chose…c’est sans doute même le contraire. Savez vous qu’il est proposé désormais à certaines patientes aux Etats-Unis de consommer des traitements préventifs type « tamoxifène »malgré l’importance des effets secondaires. je vous engage à ouvrir les liens de blogs d’autres patientes et vous y glânerez la réalité du cancer du sein ou non pas « un traitement idéalisé ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s