Mammographie 2 regard de patiente

Donc à partir du post précédent. La mammographie est un cliché très imparfait. Il y a une variabilité associée aux différentes machines.

-Selon leurs marques

-Selon les différentes techniques

-Selon des variantes d’installation de la patiente dans la machine

-Selon les lecteurs, qui ne sont pas des machines mais des êtres humains.

Et tout cela en ajoutant des données physiologiques qui font que la structure du sein sensible aux variations hormonales peut changer et re-changer, et changer encore. Voilà pourquoi, nous sommes certes tenus de pratiquer cet examen, mais nous sommes aussi tenus de faire la démarche psychique de penser son imperfection.

Or la patiente n’imagine pas penser cette imperfection parce qu’elle l’empêcherait d’être confiante et sereine. Elle émettrait l’hypothèse qu’on pourrait ne pas voir…Et que le cancer « sournois » comme chacun sait continuerait son œuvre de l’ombre.

Or à quoi sert-il de chercher quelque chose et de se satisfaire d’une demi-mesure. La logique de l’examen implique d’une certaine façon que si on ne trouve pas, c’est qu’il n’existe rien parce que c’est l’objectif même du dépistage:-trouver quelque chose ou son corollaire implicite ne « rien » trouver (rien signifiant l’absence de « chose »).

Je parle là d’une mammographie de dépistage non pas de diagnostic où la pensée de l’examen est tout autre. La mammo de diagnostic s’appuie sur une trace qu’on tente d’identifier et de comprendre. Il y a une base, un socle à la recherche.

Je vois encore le sourire de la patiente croisée au cabinet de radiologie semaine dernière avec sa mammographie sous le bras. Elle n’a rien. Je doute que le médecin pense de la dame « elle n’a rien », s’il est honnête et cohérent, il pensera « je n’ai rien vu ».

Il y a donc un implicite très puissant du pouvoir de la mammographie. Pouvoir que les médecins peuvent nuancer si toutefois ils « pensent son imperfection ».

Là je ne peux qu’imaginer où se trouve le radiologue. Je suis patiente et je ne suis pas médecin. Mais je crois et si jamais un radiologue me lit…Il y a des différences de degrés dans cette pensée de l’imperfection.

1- Il peut tendre vers l’idée qu’il n’y a rien en se disant que les machines sont performantes et que grâce à une double lecture, la marge d’erreur est faible.

Puis le temps passe, le médecin est loin de ses années de fac. Il échange avec ses confrères qui disent :  « y a rien », il est conforté dans la qualité de ses lectures…Il est sûr de lui parce qu’un médecin qui n’est pas sûr de lui, c’est agaçant pour les patients et de fil en aiguille le fait de ne rien voir, même si tout n’est pas visible lui laisse croire que la technique est bonne.

Il se sentira dans une situation plus confortable que s’il était taraudé par l’idée que la technique est moyenne mais qu’il faut faire avec. La pensée de l’imperfection sera une posture, quelque chose que l’on dit mais que l’on ne conscientise plus.

2- Il peut penser cette imperfection et se dire qu’il est inutile d’en parler à la patiente pour ne pas l’angoisser. C’est le cas de beaucoup de radiologues.

3-Il peut se dire aussi que tout ça est un pari et que nous ne sommes pas à la loterie nationale. Est ce que le jeu en vaut la chandelle ? Ces radiologues sont peu nombreux, mais leur chiffre augmente. Et que va-t-il dire à la patiente ?

Un médecin est a priori formé pour douter. Mais par ailleurs son enseignement le convainc de la qualité scientifique de ce qu’il apprend. Il lit des articles d’ « experts », il se nourrit d’une pensée collégiale pour réussir à gérer la morsure du doute. Les chiffres, les algorithmes, les diagrammes à l’allure imparable rassurent. L’exercice de la médecine est un travail solitaire où allier une pensée scientifique et philosophique (au sens d’une attitude réflexive sur le monde) est âpre mais nécessaire.

Alors…. Un médecin désiré comme omniscient par le patient, un médecin désiré comme omniscient dans un parcours d’études où la part réflexive est si petite…Alors, ce médecin-là sera tenté de ne pas faire part de ses doutes ou mieux de les éliminer.

Du coup cette assurance réelle ou parfois feinte donnera au patient l’impression que le doute n’est pas possible.

Le résultat est que  tenir uniquement le discours de ce que l’on connaît exclut du discours le fait qu’on ne puisse pas tout connaître car l’examen a ses limites. Nombre de patientes sont fâchées contre des médecins qui n’ont pas tout vu, alors qu’on voyait déjà…Mais savent elles qu’on peut ne pas voir ou mal interpréter…

Le diable se mord la queue. Le médecin se nourrit de cette science qu’il affiche comme imparable…Le patient se saisit d’une médecine se disant dans l’imparable de la science.

 Est ce que cette « omniscience » jouée par les médecins et consentie par les patients est nécessaire ? Bref est-ce que l’illusion de ce savoir rassure vraiment ? Car l’objectif de tout cela est bien de rassurer !

 

 

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5 réflexions au sujet de “Mammographie 2 regard de patiente”

  1. Ce recul sur cet examen radiologique est pertinent.

    Oui, aucun examen quel qu’il soit n’est « sur » à 100%

    La mammographie a beaucoup de marge d’erreur et qui plus est elle est comme la plupart des examens opérateur dépendante ( d’où la deuxième lecture)

    Ce texte devrait être lu par beaucoup de médecins.

    Mais le doute est si « inconfortable » et les certitudes si confortables.

  2. Merci pour votre commentaire, pourtant il est martelé partout qu’aucun examen n’est sûr à 100%! Ce qui n’empêche pas de jouer ce jeu là avec tout ce que ça représente en désillusion. D’où mon obsession au sujet de ces paroles systématiques qui deviennent des automatismes mais qui ne sont pas « conscientisées », (le mot est moche mais je suis en panne de vocabulaire)…et cette façon de parler est d’usage à tous les niveaux.
    Il reste que ne pas être à 100% est relatif. Au pif, un examen à 23% de réussite est autre chose qu’un examen à 82%…

  3. Ça rime à quoi, votre pseudo-combat, tout juste bon à semer encore davantage le trouble ? La question du dépistage de masse ne se pose plus ! Etes-vous supérieure aux excellents experts internationaux ?

  4. Bonjour, je me réfère aux meilleurs experts internationaux, justement. Ceux qui n’ont pas d’intérêts commerciaux dans l’affaire. j’ai longtemps hésité à faire part de mes idées mais voyez-vous, je ne suis pas toute seule à me poser des questions…
    Si j’émets quelque doute quand à l’efficacité du dépistage de masse, c’est vrai…il est hors de question pour moi de conseiller à qui que ce soit de ne pas le faire. Je suis loin de toute prétention et je comprends que dans un tel climat anxiogène on se précipite au dépistage. Le coeur de mon propos est de questionner le tout et n’importe quoi d’octobre rose qui n’informe pas les patientes mais les manipule par le biais des émotions. je vous renvoie vers d’autres liens si vous êtes curieuse ikigai-de-crabahuteuse.over-blog.com

  5. 2 tweets sur la manipulation des femmes par octobre rose jouant de l’angoisse des femmes (mais pour la prostate, c’est le même processus pour les hommes).

    – illusion exemple sein, plus on dépiste, plus on trouve des « Kc », plus la mortalité ne change pas

    – le jour où l’info comprendra aussi http://www.formindep.org/-Depister-le-cancer-du-sein-.html …, octobre rose n’aura plus la même couleur

    Ce qui est troublant, le silence des « autorités » en matière d’information, de la ministre à ‘l’inca et à la HAS, qui tend à déconsidérer par principe les contestataires du dépistage, au prétexte qu’ils contribuent à troubler les esprits. Mais encourager les femmes à s’engager dans des démarches thérapeutiques lourdes sans bénéfice avéré ne trouble pas grand monde. A ce titre, s’opposer au dépistage, et dire pourquoi, n’est pas honteux.

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