Octobre Rose, grande foire d’automne 2

Des courses, des danses, des conférences, des ticheurtes roses imprimés par milliers, des soutiens-gorge que l’on accroche dans des lieux publics.

La foule, les femmes, l’armée des combattantes contre le cancer du sein…

Toujours dans la même logique que précédemment, tout cela part d’un bon sentiment.

Pourquoi critiquer des mobilisations contre le cancer du sein. Faudrait-il accepter le cancer du sein et ne rien dire ?

Mais que dit-on exactement sinon que l’on est contre. Moi aussi, je suis contre…Mais cela ne fait pas avancer le schmilblick.

Faut-il, pour avoir le droit de dire que l’on est contre le cancer du sein,   accepter en même temps de nourrir le commerce du cancer ?

Octobre Rose s’est engouffré dans une brèche et l’a élargie en précipice.

Comment se fait-il que des « armées » de femmes se sont levées ? D’où vient cet engouement collectif ?

Ce qui, entre autres, a fait historiquement le lit de son succès, était le néant de la relation médecin patient.

Dans notre cas, la maladie emmurait la patiente dans le silence. Celle-ci se sentait abandonnée, mutilée, vivante encore mais anéantie, détruite par des soins invasifs la transformant en non-femme. Les chirurgiens étaient globalement des hommes aux techniques halstediennes très mutilantes. Ils coupaient puis se détournaient de ces femmes. La parole n’était pas encore dans l’air du temps, ni l’empathie, à peine un peu de pitié. On taisait le cancer, comme tout cancer d’ailleurs…C’était une sorte d’enfer terrestre.

C’est ici une réflexion concernant le cancer du sein, mais elle peut s’élargir à tout le domaine médical. Le patient était un objet, un cas, une maladie et la science exerçait un art dont l’objectif était la guérison non pas le soin, le patient qui persévérait dans sa maladie était un mauvais patient. Nous sommes encore dans la réaction à ce constat de patient objet. Le soin industriel, dépersonnalisé est encore là, même si à présent on en a conscience et l’on tente de pallier cette situation.

L’émergence des associations de patients est issue de cet état de fait, et une fois de plus nous vient des Etats-Unis, avec la nécessité de construire dans cette santé commerçante un contre-pouvoir. Ce sont des associations de consommateurs.

Octobre Rose est arrivé en avatar consécutivement à cette situation.

Son succès repose sur ce croisement de niveaux. Chercher de nouveaux remèdes à la maladie, chercher à améliorer la qualité de vie par des soins moins mutilants et surtout donner la parole à la patiente.

C’est du moins l’objectif annoncé. L’émotion a enfin eu le droit d’être exprimée. Et l’émotion a pris toute la place.

Or il faut être prudent quand on agit sous le coup de l’émotion. On est fragile, aisément manipulable et l’on se considère toujours dans son bon droit. L’objectif déclaré d’Octobre Rose a séduit les femmes, les a charmées et elles passent à côté de l’objectif réel. Pire encore, elles en ont l’intuition et ont décidé de passer outre. Cette occasion de s’exprimer, de dire son émotion, de se sentir comprises par la médecine est trop neuve, trop belle. C’est une aubaine. Je comprends tout ça, je l’ai ressenti aussi.

Il suffit de lire les nombreux communiqués de presse pour observer ce mouvement collectif. Des enfants dans les écoles portent des ticheurtes roses, des infirmières sont sollicitées par leurs hôpitaux pour vendre le dépistage sur la grand place de leur ville, des militantes accrochent un soutien-gorge devant leur mairie, des médecins forment des bénévoles à répondre aux arguments anti-dépistage, des marques de lingerie adaptée aux femmes opérées organisent des défilés et j’en oublie beaucoup. C’est la foirfouille du cancer du sein.

Il n’est pas possible de critiquer Octobre Rose, il n’est pas possible de se questionner au sujet du dépistage. La cause est sacrée. Il faut tout prendre en bloc…C’est un tabou.

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