à propos de no mammo

Ce livre fait un état des lieux du dépistage du cancer du sein.

En bref des analyses et recherches sérieuses et documentées démontrent que le dépistage du cancer du sein est inutile  voire délétère.

Inutile parce que le taux de mortalité ne baisse pas (il n’augmente pas non plus).

Délétère parce qu’ il y a beaucoup de surdiagnostics.

Le surdiagnostic implique des traitements, des opérations avec par voie de conséquence des effets secondaires à court et à long terme, sans parler de la détresse psychique.

Tout ça pour un surdiagnostic ! C’est cher payé !

Alors tentons de comprendre pourquoi, malgré l’évidence de l’inutilité du dépistage… on continue à dépister.

On continue à dépister parce que malgré tous les progrès qui ont été faits,….l’imaginaire existant autour du cancer du sein nous empêche de réfléchir.

Discuter du bien fondé du dépistage nous met face à une attitude muette, stoïque, presque sidérée au sens psychologique du terme. C’est tuer son père, sa mère et selon Rachel Campergue c’est tuer la poule aux œufs d’or.

Pour l’histoire d’argent je vous laisse avec No Mammo, c’est très bien expliqué et absolument dégoûtant.

Mais c’est plus qu’une histoire d’argent.

Opter pour la critique de ce qui semble si évident :

–      débusquer la maladie à ses débuts et donc donner une chance de survie,  c’est remettre en question des fondamentaux auxquels nous ne sommes pas prêts.

L’un des fondamentaux est de remettre en question une idée bien installée (plus on soigne tôt plus on augmente la survie).

Un autre des fondamentaux est la façon de considérer l’examen médical. Un résultat d’examen est scientifique, donc indiscutable.

Ni le patient, ni le médecin n’est apte à entendre que la science évolue, qu’un résultat n’est qu’un indice devant être conforté par d’autres indices…en fait que l’on peut encore douter.

Le patient veut être sûr pour pouvoir faire confiance. Il veut pouvoir sortir de cette image du cancer toujours mortel mais…toujours mortel avant les progrès de la science. Qui est prêt à entendre que « ptêt ben que oui, ptêt ben que non » ! C’est comme à la loterie, un coup tu gagnes, un coup tu perds. Personne.

Voilà pour le patient.

Mais qu’en est il du médecin ?

Il sait lui que les résultats sont ce qu’ils sont. Juste des indicateurs.

Mais le médecin lui aussi a envie de croire en la science.

D’abord il a une formation scientifique. On lui a rebattu les oreilles de longues années avec ça, on l’a flatté avec ça, lui disant que la science est la vérité et donc lui la détient. Ouaouhhhh !

Il faut avoir un cerveau très curieux et iconoclaste pour  accepter de critiquer la bible.

Le médecin veut des éléments objectifs et indiscutables qui lui permettent par sa propre assurance de rassurer les patients. Car ce patient qui craint la maladie et demande, ou ne demande rien mais attend que le médecin par son assurance le rassure, contamine le médecin avec sa peur et son angoisse.

Et cette brèche là, pour ne pas la combler, il faut être très fort.

Ou se laisser berner par les mêmes illusions.

Donc remettre en question cette double certitude :

-Il y a quelque chose à la mammo donc on agit.

– il n’y a rien à la mammo donc on ne fait rien   semble impossible.

Or il peut y avoir quelque chose et ce quelque chose –eh, oui- peut encore disparaître ou attendre quelques années.

Il peut ne rien y avoir, du moins que l’on voit, et il y a quand même quelque chose qui mériterait qu’on agisse.

Pensons qu’un médecin, sans vouloir à tout prix lui chercher des excuses, a une tendance innée à faire le « plus ». Pourquoi ? Parce qu’il n’est entouré que de malades et qu’il est lui aussi un être humain, il a peur.

Il a beaucoup de peine à se distancier de cet absolu d’horreur qui est le cancer et il a appris à mettre en route la grosse Bertha de tout cet attirail curatif.

Et il ne faudrait pas que l’on puisse lui reprocher de ne pas avoir tout fait, quand bien même certaines choses sont d’évidence, totalement inutiles.

Imaginons la patiente de 48 ans dire : -dr j’aimerais faire une mammo. Et le dr dirait, c’est inutile on n’a pas réussi à prouver statistiquement l’efficacité du dépistage. Deux mois après, cette femme constate l’existence d’une tumeur. Avec le marteau piqueur du « cancer pris à temps » imaginez la réaction de la patiente.

Comment ce médecin là va t’il justifier auprès de la patiente et de sa famille son attitude pourtant légitime.

Je repense comme ça au discours autour de la peine de mort. Et à  la question perfide du petit malin qui dit :- Ah bon, tu ne veux pas toi que celui qui a massacré ta fille soit tué ! Tu n’aimes donc pas ta fille à ce point là ? Tu ne l’aimes pas au point de ne plus penser, mais tout juste d’agir.

Finalement, à bien réfléchir, le crime de tuer un innocent qui donne une forte présomption de culpabilité ne choque pas grand monde!

Normal, la mort d’un enfant justifie tout.

Mais nous avons abandonné la peine de mort. Et la plupart d’entre nous ne remettent pas cet abandon en question.

Si l’on rapporte le raisonnement au dépistage, ce serait accepter que toutes ces femmes soient soignées, mutilées,  au nom de la sauvegarde d’autres qui seraient réellement malades.

Ce n’est pas correct. Au nom de ce grand effroi que donne le cancer du sein? Ce n’est pas correct.

Mais là aussi ce serait comme s’il fallait agir au lieu de réfléchir et le sacrifice de ces femmes saines semblent se justifier par la sauvegarde des femmes malades.

Non seulement c’est parfaitement dégueulasse mais en plus le raisonnement est faux. Abîmer certaines femmes n’en sauve pas d’autres.

Tant que le cancer du sein portera en lui cette image forte de « peste et de choléra », tant qu’on verra là le Mal absolu sans capacité à dédramatiser la situation on en sera à brasser… vainement .

On a toujours le temps d’attendre et de réfléchir. On a toujours le temps de soupeser les « pour » et les « contre ».

Soigner à bon escient sans stress, c’est aussi laisser une chance à la science de faire les vraies recherches aux bons endroits.

D’abord ne pas nuire.

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