Octobre Rose, grande foire d’automne 1

La kermesse va commencer. Octobre Rose s’annonce en fanfare. Mais

D’où nous vient « Octobre Rose » ?  

Tout droit des Etats-Unis. L’  « american cancer society » et « Imperial chemical industries » (Astra-Zeneca donc nolvadex, arimidex et faslodex), sous forme de partenariat ont créé ce mouvement de lutte contre le cancer du sein. Par la suite Estée Lauder, Avon, Komen etc ont sauté dans le train en marche…

Pour le « ruban », c’est autre chose. Charlotte Hayley qui avait créé un ruban pêche contre le cancer du sein a refusé de céder son idée à Evelyn Lauder voyant par avance tout l’intérêt commercial pouvant s’associer à ce petit objet. Mme Lauder a transformé le pêche en rose. L’idée semblait géniale, le rose s’associant au féminin ou du moins à un certain « féminin », celui très caricatural de la poupée « barbie » et de la robe de princesse.

Il n’est pas évitable de resituer « Octobre Rose » dans son contexte, sa culture d’origine :- les Etats-Unis.

Le pays est dans un explicite d’une santé marchandisée où l’on envisage le progrès comme se faisant forcément à l’aide de capitaux privés. À côté de cela, en corollaire, on accepte d’une certaine manière comme un juste retour sur investissement le fait que ces mêmes sociétés privées se régalent au passage. Continuer ce raisonnement de façon paroxystique et imaginer que ces mêmes sociétés privées ont intérêt à augmenter le nombre de patients afin d’augmenter leurs revenus est moins évident, et pourtant absolument logique.

Mais Octobre rose se situe dans un cadre plus large encore, celui de la volonté de Richard Nixon d’éradiquer le cancer en l’espace de 25 ans grâce aux progrès de la science.

Avoir marché sur la lune avait fédéré toute une nation derrière soi glorifiant ainsi la puissance de ce qui se disait alors être le monde libre et surtout le progrès scientifique. Il fallait maintenant un autre grand projet…Ce serait la disparition du cancer.

Nous sommes au croisement de deux volontés. L’une est celle de la science mise au service du commerce et vice-versa. L’autre est ce projet bienveillant et moderne qui réunira tous les citoyens dans un même élan. Ce mélange de registres fait partie des Etats-Unis. Les citoyens américains sont coutumiers de ce fonctionnement.

Dans l’ensemble la critique d’Octobre Rose aux Etats-Unis se tourne plus vers le « pinkwashing », démarche commerciale qui profite du cancer du sein pour se faire de l’argent sans restituer les gains à la cause. Estée Lauder explose ses cours en bourse pour rendre à la cause deux francs six sous etc.

On peut d’ailleurs trouver des sites Internet qui indiquent à quel organisme le consommateur américain peut se fier sans que la cause qu’il croit aider se voie flouée. Car cette réflexion se fait dans l’esprit d’une consommation consentie et entretenue. Il faut consommer, mais consommer « bien ».

Et, quitte à me répéter mais cet élément me semble important, le citoyen nord-américain sait que sa santé fait l’objet d’un commerce. Il en est d’accord ou non, mais cet arrière-plan financier existe dans sa conscience.

 Laissons là les Etats-Unis pour venir en France. Le contexte n’est pas identique. Cet arrière-plan nous est inconnu encore. Nous sommes dans un accès aux soins pour tous où l’on ne perçoit pas encore, ou peu, la santé comme un marché. Pour les Français en général la recherche médicale est d’abord imaginée pour le bien du patient, comme si celle-ci ne dépendait pas de financements privés. De même que l’on garde encore, même si en ce moment des idées neuves surgissent, l’illusion d’une médecine pour tous à la pointe du progrès qui agirait dans l’intérêt d’une population plus que pour le bien du portefeuille. Avoir commandé des montagnes de vaccins n’était pas jugé en fonction d’un gain commercial mais bien plus comme une faute de jugement ou un excès de principe de précaution.

Donc ce bulldozer commercial d’Octobre Rose vient, à l’aide de sa communication, s’imposer dans notre paysage en tentant d’exporter son système sous couvert de bonnes intentions.

D’où d’ailleurs ce flou délibéré dans l’énoncé des objectifs. Il ne s’agirait pas de promouvoir l’industrie ou la pharmacie; Octobre Rose dit vouloir « sensibiliser », et comment critiquer ce projet qui ne dit rien. Qui serait contre une sensibilisation ? Que veut dire « sensibilisation » ?

Plus malin encore, Octobre Rose milite pour lever des fonds pour la recherche –Très bien, que dire contre ce projet ?

Mais le contenu principal d’Octobre Rose est de pousser à la mammographie de dépistage dans le cadre du dépistage organisé. Certains auront observé les parutions des deux derniers mois suggérant un dépistage dès quarante ans et cela à l’aide bien sûr de résultats de « recherches », la caution pseudo scientifique n’étant jamais très loin. Histoire de faire d’une pierre deux coups, Octobre Rose désire mobiliser les rebelles qui ne viennent pas encore, et mobiliser celles qui ne sont pas encore « invitées » d’où cette démarche vers les femmes de quarante ans. C’est tout simplement une logique économique de croissance. L’objectif réel est de trouver de nouveaux clients. Le reste n’est qu’un alibi.

Mais sommes nous d’une incommensurable naïveté ou bêtise ?

Trouver en France qui est vraiment aux manettes d’Octobre Rose est un vain travail. Mais dans l’ensemble le financeur des campagnes est le citoyen français par le biais de ses impôts et celui qui en profitera restera le laboratoire pharmaceutique, le fabricant de mammographes, les organismes qui vivent du cancer etc.

Oui, mais les femmes en profiteront aussi si la science progresse ! Nous ne sommes pas dans une maladie orpheline. Il est dans l’intérêt des laboratoires de découvrir des choses à vendre, ils investissent de toute façon dans ce domaine de recherche. Ce n’est pas moi qui suis cynique, c’est Octobre Rose.

 

Il n’est pas possible d’envoyer de « bons baisers d’Auschwitz ».

Nous n’avons pas visité les blocks des pays.

Je ne m’en suis même pas aperçue, occupée que je suis de mes pensées et pressée de finir cette visite difficile.

Nous retournons donc à l’entrée du camp 1 avec nos billets.

Le gardien nous reconnaît et étonné nous demande pourquoi nous sommes de retour.

 

La journée a été longue nous n’irons pas voir tous les blocks.

Chaque pays dont des ressortissants ont été à Auschwitz bénéficie d’un block dont il peut faire un lieu d’exposition selon son désir.

Le block français est bien fait. S’il nous plaît c’est qu’il répond sans doute à ce que nous Français en attendons, à la vision du monde qui est la nôtre.

D’un côté du block nous scrutons la galerie de photos, des photos de déportés dans la vie de tous les jours.

J’ai une pensée pour Manuela, son Cher Léon et tout son travail de mémoire reposant en grande partie sur les photos.

Les jeunes femmes en chapeau souriant au photographe, les enfants endimanchés cheveux sages, rangés et aplatis par la brillantine , les familles très sérieuses parents assis devant et enfants debout derrière savamment positionnés selon leurs tailles, une main sur l’épaule du grand-père.

D’autres photos moins protocolaires, hommes et femmes devant leurs voitures, à vélo, en pique-nique, dans la montagne, à la mer…Heureux, vivants, ensemble…Avant.

De l’autre côté des plaques verticales de marbre blanc pour chaque convoi avec les chiffres et les provenances.

 

Celui de la Russie est illustré de l’imagerie typiquement « soviétique » des libérateurs russes. La première chose que l’on voit en arrivant dans le block est un film qui tourne en boucle à la gloire de l’armée russe avec un fonds sonore de chants patriotiques et de coups de canons. Une œuvre de propagande !

Ailleurs des photos de médecins soviétiques examinant un enfant objet d’expériences pseudo-médicales. Regards souriants et fiers des cinq hommes en blouse blanche face à ce petit être qui, il faut bien le dire, est une fois de plus objet de « l’expérience médicale ».

 

J’étais curieuse de voir celui des roms ou des sintis en sachant que ces cultures ne sont pas dans le même travail de mémoire. La muséographie semble plus décousue et inorganisée, les lieux sont moins « travaillés » que les autres blocks qui ont dépensé des fortunes pour des matières nobles et des équipements techniques sophistiqués.

Dans le block hongrois il est surtout fait référence aux tortionnaires.

Le nom et les photos de généraux nazis organisant la déportation chapeautent chiffres et photos de ceux qui ont été déportés.

C’est une mémoire dont la pensée va vers les coupables.

Une part importante de l’exposition est consacrée au régime antisémite de Miklos Horthy.

Le mémorial organisé par Yad Vashem présente au rez de chaussée des films et des images de juifs d’Europe dans la vie d’avant guerre, pays après pays.

J’y vois la photo de Kafka, Freud et d’autres.

À l’étage, sur des écrans alignés au plafond, le mémorial a choisi de diffuser les extraits des discours nazis les plus explicites où il est question de solution finale.

Chaque écran propose le même extrait de film avec des traductions en langues différentes.

 

Nous ne croisons presque personne dans ces blocks.

 

C’est quand même dingue de penser que les villes allemandes (80%) et leurs populations ont été bombardées, quasiment rayées de la carte, comme Mannheim, Dresde, Hambourg, Cologne et d’autres et pas une bombe n’est tombée sur Auschwitz et ses voies de chemin de fer.

 

C’est fini. La visite est finie. Je ne voulais pas venir craignant un trop plein d’émotions et refusant une forme de voyeurisme, une certaine désinvolture liée à la condition de touriste.

Il ne se vend pas de carte postale ici, il n’est pas possible d’envoyer de « bons baisers d’Auschwitz ».

 

J’ai été agréablement surprise par le comportement du public. Toutes les personnes que nous croisions, quelle que soit leur tenue vestimentaire, leur âge, leur provenance ou leur confession étaient calmes, attentives et respectueuses.

Si j’étais professeur, je ferais ce voyage avec mes élèves. Plus le temps passe, plus les traces s’émoussent et disparaissent.

Quand les derniers témoins seront morts nous aurons encore les images et les voix. Heureusement. Mais l’histoire rangera ces événements dans un passé de plus en plus lointain. Ce sera un chapitre dans un livre, une partie du roman national, un événement qu’on pourra ranger dans un espace de temps et de lieu comme s’il était possible de le désolidariser de son contexte, comme s’il n’était qu’un accident de l’histoire.

Nous ne nous sentirons plus concernés, j’en ai peur.

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Birkenau

Savez vous que « Buchenwald » veut dire forêt de hêtres ?

Buchenwald a été nommé ainsi pour ne pas le nommer de son vrai nom « Ettersberg » trop associé à la culture allemande.

Goethe aimait y méditer.

 

Ici c’est le bouleau : die Birke.

Une immense plaine marécageuse recouverte d’une forêt de bouleaux.

C’est donc dans cette grande étendue que nous déambulons en entrant par l’édifice que tout le monde connait. Une tour-mirador de brique rouge avec une ouverture arquée en son milieu où passent les rails du train, flanquée des deux côtés d’immeubles d’égale longueur.

L’endroit est immense.

Au camp 1 nous sommes comme dans le quartier d’une ville parce que les maisons sont rapprochées les unes des autres, parce que le regard bute sur des immeubles de deux étages.

Ici c’est l’étendue qui s’impose. Une plaine avec un ciel immense.

Les arbres ne sont plus là, ils sont repoussés à la limite du camp.

Uniquement des baraques, strictement parallèles les unes aux autres. Les rails fendent tout droit le camp, les quais sont larges en réservant une forme d’esplanade. Tout est construit en fonction des trains.

Grossièrement Auschwitz 1 serait plus un camp de concentration quand Birkenau serait dédié à l’extermination, même si en réalité les fonctions se sont mélangées.

Au bout du camp gisent les blocs de béton des fours crématoires sabordés par les nazis en déroute.

L’endroit est si vaste, si ample, comme rempli et avalé par l’espace qu’il en résulte une impression de petitesse, de fragilité où rien ne protège du vent, de la pluie, de la neige, ni même du soleil.

Les limites de l’espace sont les tours des fours crématoires et la forêt de bouleaux au loin.

Il ne reste plus beaucoup de baraques, mais il subsiste beaucoup de cheminées. L’ironie veut que ces cheminées n’aient pas servi. Pour cela les déportés auraient du couper du bois, avoir des outils et la force nécessaire pour s’en servir.

J’imagine une fois de plus le raisonnement des nazis. Si les déportés ont froid, qu’ils se réchauffent en cherchant du bois, les cheminées sont là.

De même que les déportés peuvent être propres. Il y a des porte- savons dans les sanitaires comme si l’existence du porte savon impliquait la présence et l’usage du savon.

Le porte-savon a été l’objet de beaucoup de commentaires dans le groupe.

Chacun a son explication et moi il me reste l’idée qu’un représentant de commerce habile a réussi à vendre ses céramiques porte-savons en graissant la patte du nazi qui a fait construire le camp. Idem pour la construction des cheminées.

Cela permettait en outre un sentiment de bonne conscience, une illusion de construire un endroit digne de loger des êtres humains.

Peut-être.

 

Nous nous arrêtons devant le mémorial et…

J’ai toujours un problème avec ces monuments. Jamais beaux, jamais suffisamment parlants, inscrits dans leur époque ils ne traversent pas le temps. Ils finissent par perdre leur sens si toutefois un jour ils l’avaient eu.

Le lieu parle en soi.

Je repense au choix compliqué d’un mémorial à la vue de la rampe d’accès de la chambre à gaz.

Les déportés descendent et entrent sous terre dans un long vestiaire, puis dans la chambre à gaz. Les corps sont montés juste au dessus pour être incinérés dans le four.

J’ai enfin compris le sens de ce monument proposé (et refusé) en mémoire de la shoah à Berlin : Une grande roue de fête foraine (la fête nazie) qui tourne et s’enfonce dans la terre.

 

Les camions qui passent…

 

Les camions qui passent, la foule nombreuse et bigarrée allègent le poids symbolique du camp.

C’est rassurant pour moi d’entendre les grincements des freins de camion. Bien plus que d’entendre le silence du vide.

Je crois même que je m’y accroche un peu.

Est ce que les chauffeurs des camions savent à côté de quel lieu ils passent ? Comment pensent-ils la présence de ce lieu et les habitants d’Oswiecim comment vivent-ils le voisinage du camp?

Nous déambulons entre les blocks en croisant de temps à autres de petits abris anti-aériens destinés à protéger les gardiens du camp.

Il n’a jamais été bombardé, les abris ont été inutiles.

Sur la place d’appel, une petite guérite en bois abritait le gardien du froid et de la pluie pendant les longues séances d’appel. Ces objets destinés au confort des gardiens me paraissent totalement incongrus.

Je ne cesse de me demander dans quel état d’esprit peut se trouver un soldat dans un petit édicule à l’abri du froid face à une foule de personnes affamées, grelottantes, quasi nues !

Je sais que la réflexion est bête…au vu du reste… à quelques mètres du mur d’exécution, et de la chambre à gaz.

Mais cette pensée ne lâche pas.

Les nazis seraient donc des personnes sensibles et fragiles !

Ils écrivent peut-être dans leurs lettres aux parents, à leurs épouses ou fiancées qu’il fait atrocement froid dans leurs guérites en bois et leurs familles se désolent de leur inconfort!

Leurs casquettes, leurs manteaux, leurs gants, leurs cravaches, leurs bottes… Leur attitude en général témoigne d’une sorte de raideur de robot qui les mécanise et les désincarne de sorte que mon imaginaire semble refuser qu’ils puissent avoir le souci de leur bien-être.

C’est à la fois ridicule et pitoyable.

 

Le monsieur à la kippa demande à la guide pour quelle raison ni Auschwitz, ni le chemin de fer menant à Auschwitz n’ont jamais été bombardé.

Je ressens dans son regard une rage désespérée.

La guide répond comme il est d’usage de répondre.

« On voulait sans doute ne pas bombarder les déportés. »

Face à l’inanité de sa propre réponse elle finit par hausser les épaules.

 

Nous allons dans la chambre à gaz.

J’ai marché dans ce cube de béton où des milliers de personnes ont vécu la terreur et sont mortes sans comprendre pourquoi.

Les lieux sont vides à présent et silencieux.

Nous allons sortir du camp et dans un instant de panique je crains de ne pas en trouver la sortie. Elle se cache derrière un tournant, comme si l’endroit pour sortir du camp n’avait pas été pensé.

Nous devons passer un portique métallique qui, ironique et cruel, refuse de céder à ma poussée.

 

La visite guidée comporte celle d’Auschwitz1 plus Auschwitz-Birkenau.

Le camp « primitif » d’Auschwitz existait déjà avant guerre en banlieue d’Auschwitz (Oswiecim en Polonais). Il fut considérablement agrandi avec Birkenau et Monowitz. Il ne reste rien de Monowitz.

En revanche Birkenau est resté un lieu de visite à deux kilomètres approximativement du camp1. Une navette nous emporte avec le reste de notre groupe vers Birkenau.

 

 

Nous ne sommes pas dans un monde parallèle…

Être à Auschwitz c’est confronter son imaginaire à d’autres imaginaires, rencontrer une vérité que l’on pense universelle mais savoir aussi que cette vérité restera toujours à géométrie variable.

Auschwitz représente pour moi avant toute chose la shoah.

Mais au moment de la visite des cellules dans le block du tribunal, il m’apparaît clairement que cette visite est autre chose pour beaucoup de Polonais.

L’une des cellules est celle de Maximilien Kolbe un prêtre polonais canonisé par Jean-Paul II.

Il représente le martyre de la Pologne sous l’occupation nazie. Faire de lui un résistant politique serait abusif.

Il ne s’agit pas de cela.

Kolbe prisonnier à Auschwitz parce qu’il refuse de renier le Christ s’est proposé pour mourir à la place d’un autre détenu père de famille nombreuse.

Ce père de famille nombreuse a été emprisonné pour avoir aidé des juifs.

Maximilien Kolbe endosse en sa qualité de martyr, la souffrance de la Pologne. Une Pologne venant au secours des juifs.

La lecture de cet événement peut se faire de plusieurs façons.

Le martyre de Kolbe peut être pris au premier degré. Il a choisi de mourir à la place d’un père de famille. Point barre.

Il peut aussi représenter une Pologne catholique et juive restant unie et solidaire sous l’occupation.

Mais son martyre peut être celui d’une Pologne qui a en quelque sorte « subi » le nazisme du fait de sa philosémie ou mieux du fait de la présence de juifs sur le sol polonais.

Et cette vision du monde ferait rejaillir sur les juifs la responsabilité du drame de la Pologne.

Le prêtre a une personnalité très forte, un engagement catholique pour le culte marial très volontaire et une réelle détermination à faire entrer tout non catholique dans le droit chemin par le biais de la conversion. On dit de lui qu’il est antisémite tant il hait les francs-maçons et les communistes qui seraient tous juifs selon lui.

Finalement c’est un antisémite par tradition catholique, dans une certaine mesure comme Martin Luther.

Non pas que le juif à l’instar de l’idéologie nazie doive disparaître. Mais en revanche, d’évidence, le juif n’est pas dans la vraie foi et est considéré d’autant plus sacrilège qu’il refuse la révélation du Christ vivant.

Il faut donc qu’il se convertisse afin de reconnaître ce qui étymologiquement s’impose dans le christianisme : la figure centrale du Christ.

Et cette conversion là est pour Kolbe la plus belle conversion, la plus aboutie, la plus complète, celle qui tend vers la réalisation de l’universalisme catholique.

Le sacrifice de Maximilien Kolbe est donc d’autant plus remarquable que la cause juive n’est vraiment pas la sienne !

 

Et pourtant dans les faits, Maximilien Kolbe aide et soutient en ces temps difficiles tous les hommes quelle que soit leur confession.

Il y a un immense écart entre le monde de la pensée de Maximilien Kolbe et sa vie.

L’Homme n’est jamais à court de paradoxes !

Il suffit de repenser à l’antisémitisme de Martin Heidegger et son amour pour Hannah Arendt. De même que Hannah Arendt a continué à soutenir Heidegger.

 

Que dire…Sinon que le pape est venu à Auschwitz commémorer devant 500.000 fidèles le souvenir de Maximilien Kolbe, figure emblématique de la Pologne.

Un autel était posé sur le quai d’Auschwitz-Birkenau et une grande croix avec une couronne d’épines christianisait les lieux.

Mais le pape a « oublié » de parler des juifs.

 

Rappelons quelques proportions qui n’ôtent rien à la tragédie polonaise : 90% des morts à Auschwitz sont juives.

 

Je déambule dans le block du tribunal toute entière à mes réflexions puis nous sortons voir le mur des exécutions. Quelques fleurs gisent au sol.

Derrière le mur sur une grande voie de circulation on voit le haut des camions qui défile et on les entend grincer et souffler quand ils freinent.

Nous ne sommes pas dans un monde parallèle, Auschwitz c’était ici , dans le monde.

 

Lettre à nos institutions, sortons d’ octobre rose. Suite

En juillet 2015 apparaissait sur twitter une lettre ouverte à nos institutions concernant l’engagement et le financement pour octobre rose. https://martinebronner.wordpress.com/2015/07/09/lettre-a-nos-institutions-sortons-doctobre-rose/ La lettre a été lue et relayée mais n’a trouvé aucune réponse institutionnelle.

En début d’année 2016, cette même lettre a été envoyée par la poste au Ministère de la Santé, à l’INPES, à l’INCa (institut national du cancer), à la HAS, à la Ligue contre le cancer, à Unicancer, et aux Agences régionales de santé.

Afin de rendre nos grandes villes attentives au devenir de leurs subventions et donc de notre argent, j’ai envoyé cette même lettre à Strasbourg, Paris, Montpellier, Marseille, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Nancy, Metz, Belfort, Besançon, Lyon, Toulouse, Lille, Nantes.

La HAS a répondu rapidement pour dire qu’octobre rose ne relevait pas de leurs attributions.

Marseille dit ne pas intervenir, Toulouse me félicite pour mon engagement et dit ne soutenir que ce qui relève de l’information scientifique et médicale et Lyon a retransmis la lettre à la conseillère déléguée à la prévention santé….

Ces communes ont eu au moins la délicatesse de répondre. Même si j’attends toujours que la déléguée à la prévention santé de Lyon me fasse part de ses pensées. À Lyon le sujet est d’une actualité d’autant plus forte qu’il y a eu « courir pour elles » et le billet de Manuela http://fuckmycancer.fr/seriously/enervee/les-courses-roses-encore/ et tout ce questionnement concernant l’argent récolté pour la « cause » du cancer du sein.

Ma jolie ville de Strasbourg est muette. Dimanche il y a des élections… Comment un citoyen ignoré par ceux qu’il n’a cessé d’élire peut il réagir devant si peu d’intérêt ? Il est vrai que si ma petite voix manque, ça ne changera pas grand-chose.

Mais le plus important est que le ministère de la santé, l’INCa et les ARS n’ont rien à dire. Rien, rien de rien…

Au passage j’ai une petite pensée pour la crabahuteuse dont la jolie lettre au Pr Vernant est toujours sans réponse. http://lacrabahuteuse.fr/2016/05/lettre-ouverte-au-professeur-j-p-vernant/ C’est certes un autre sujet mais qui d’une certaine façon rejoint le premier.

Il s’agit d’un discours institutionnel au sujet du cancer du sein qui tente de créer une réalité par son discours et qui, incapable d’écouter les (vrais) malades reste dans le déni de la (vraie) réalité.

Il est l’heure. Auschwitz 2

La foule de visiteurs se masse pour passer sous le portique.

Nous entrons dans l’entonnoir.

Les gardiens polonais impassibles gèrent le flux.

Il y a un quelque chose dans cette gestion de masse qui me rappelle inévitablement le fonctionnement de ce lieu.

Une fois passé le portique, le retour n’est plus possible.

Le groupe de visiteurs français est muni d’audio-guides bleus.

La guide polonaise se présente. Elle est professeur de collège en congé de maternité.

Nous sommes une bonne dizaine. Deux jeunes filles, un homme d’âge mûr muni d’un gros appareil photo, deux femmes dans la cinquantaine avec un homme, un couple plus âgé dont le monsieur se couvre d’une kippa en même temps qu’il s’équipe de l’audio-guide.

De petites étoiles de papier argenté forment une frise sur sa kippa. Elles brillent au soleil.

De jeunes retardataires nous rattraperont par la suite.

Le monsieur à la kippa se rapproche de la guide. Ou serait-ce l’inverse ?

Notre petit groupe est devant le camp et nous allons passer sous le fameux portail « Arbeit macht frei ».

Oserais je ? Ce portail en fer forgé avec une belle courbe en son milieu, la barrière avec le petit panneau un peu rouillé où il est écrit « HALT », les barbelés accrochés aux piliers de béton recourbés dans leur partie haute, les fixations électriques en porcelaine blanche et les alignements de lampadaires ronds en tôle ont maintenant un petit côté désuet, une allure de décor de cinéma, un style « usine » qui revient à la mode.

C’est une impression terrible que de percevoir ces lieux comme un décor.

Les immeubles, rectangles de brique rouge, alignés régulièrement les uns à côté des autres, rappellent les cités minières du nord. Chaque immeuble est numéroté et appelé « block » comme dans ma cité quand j’étais petite !

De jeunes arbres ont été plantés. Y avait il des arbres au camp d’ Auschwitz ? Y avait il ces trottoirs et ces pavés ? En scrutant les photos d’époque je vois quelques arbres mais le sol est nu. Les déportés devaient patauger dans la boue quand il pleuvait.

Trouvaient ils du réconfort sous les arbres, au contact d’un peu de nature ?

 

Un block est destiné à témoigner des conditions d’existence des détenus. Les sanitaires sont égayés de dessins tendres et naïfs peints par un déporté. Une goutte de douceur qui semble impossible dans un tel océan de brutalité.

Dans le couloir je regarde les alignements de photos des premiers déportés polonais ainsi que leurs dates : naissance, arrivée dans le camp et décès. La moyenne de vie dans le camp est de deux ou trois mois guère plus.

Dans un autre block derrière toute sa longueur vitrée le musée expose des cheveux. Ils sont désormais tous de la même couleur, semblent de la même texture.

L’une des jeunes filles est très tendue, le monsieur à la kippa s’éloigne du groupe de temps à autre.

Je passe au large de la vitrine de vêtements d’enfants.

 

Les vitrines.

Cheveux, lunettes, brosses et peignes, casseroles, valises, boîtes, chaussures…

J’imagine le travail de tri.

Rationalisation, tri, rangement, un travail mécanique et répétitif produisant une sorte d’absence à soi-même, d’hébétude où l’objet du tri est détaché de sa fonction première et surtout de son propriétaire.

Il ne sera plus qu’un objet identique à l’autre dont la seule fonction sera de contribuer à faire « un tas ».

Seulement faire « des tas » d’objets identiques et surtout ne penser à rien.

J’imagine le déporté hésitant devant les « tas », ne sachant pas où poser un objet non classé, non répertorié, affolé par la crainte d’être puni.

J’imagine le nazi imbu de sa fonction, apposant des tampons, faisant des circulaires administratives de ce que l’on met dans les tas.

Le tas des brosses :-brosses à cheveux, brosses à dents, brosses à vêtements, brosses à chaussures, brosses à récurer, blaireaux, brosses à ongles, brosse à reluire.

Va-t-il y mettre les peignes ? Le peigne est il une brosse ?

Je me surprends à penser que ces vitrines en d’autres lieux seraient des objets d’art.

Ici elles n’ont pas de noms. La façon de les nommer est toujours en deçà de la réalité qu’elles représentent.

Et après en pensée je vois encore des « tas ». Mais cette fois-ci des tas de corps.

Des tas de corps, décharnés, disloqués, enchevêtrés. Leurs noms sont perdus, disparus avec les cheveux, les barbes, les vêtements, l’odeur du parfum, la chair.

Dans une vitrine des prothèses en tous genres, des béquilles, des mains et des jambes de bois, des corsets.

On dit que ces objets étaient envoyés dans les villes et les campagnes allemandes pour dépanner les nécessiteux. Les cheveux servaient à fabriquer du tissu…Les châles de prière servaient comme draps.

Mais ces gens qui étaient bénéficiaires de ces objets…Se demandaient ils d’où ils provenaient ?

Nous entrons dans le block du tribunal.